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Joe Biden annonce le retrait américain d'Afghanistan

Joe Biden parle dans un micro, derrière un lutrin arborant le logo du président des États-Unis et devant le drapeau américain.

Le président Joe Biden dans le salon du Traité lors de l'annonce sur le retrait des troupes américaines en Afghanistan

Photo : Reuters / Andrew Harnik

Le président Joe Biden a officiellement annoncé le retrait complet des troupes américaines déployées en Afghanistan d’ici la date symbolique du 11 septembre, après une présence militaire de deux décennies.

J'ai conclu que l'heure est venue de mettre fin à la plus longue guerre de l'Amérique. L'heure est venue de ramener les troupes américaines à la maison, a-t-il martelé depuis le salon du Traité de la Maison-Blanche, d’où George W. Bush avait annoncé le début de la guerre en Afghanistan, en octobre 2001.

Nous sommes allés en Afghanistan à cause d'une attaque horrible qui s'est produite il y a 20 ans. Cela ne peut pas expliquer pourquoi nous devrions y rester en 2021, a-t-il déclaré, assurant cependant que les États-Unis continueraient de soutenir le gouvernement afghan.

Les États-Unis avaient lancé l’opération Enduring Freedom en représailles aux attentats du 11 septembre 2001, perpétrés aux États-Unis par l'organisation terroriste islamiste Al-Qaïda et son chef Oussama ben Laden, qui étaient, selon Washington, abrités par le régime taliban de Kaboul.

« Je suis le quatrième président américain à gérer la présence militaire américaine en Afghanistan. Je ne transmettrai pas cette responsabilité à un cinquième. »

— Une citation de  Joe Biden, président des États-Unis

Il y a des membres du service [militaire] qui n'étaient pas encore nés lorsque notre nation a été attaquée, le 11 septembre 2001. La guerre en Afghanistan n'était pas censée être un engagement multigénérationnel, a-t-il ajouté, affirmant que les États-Unis avaient atteint leurs buts.

Nous avons été attaqués. Nous sommes partis en guerre avec des objectifs clairs. Nous avons atteint ces objectifs. Ben Laden est mort et Al-Qaïda est affaiblie en Afghanistan. Il est temps de mettre fin à cette guerre sans fin, a affirmé Joe Biden.

Il a indiqué que le retrait s'amorcerait en mai, ajoutant que les États-Unis ne se précipiteraient pas vers la sortie.

Son prédécesseur Donald Trump avait pour sa part fixé la date butoir du retrait complet au 1er mai, dans le cadre d'un accord historique avec les talibans, l'an dernier.

L'entente prévoyait le retrait de toutes les forces étrangères à cette date, à condition que les insurgés empêchent à l'avenir tout groupe terroriste d'opérer à partir des territoires afghans qu'ils contrôlent.

La violence sur le terrain entre les insurgés et les forces afghanes demeure néanmoins importante.

La Maison-Blanche a précisé que de hauts responsables de l'administration s'étaient entretenus avec les alliés de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) ainsi qu'avec des responsables de l'Union européenne et de l'ONU et une cinquantaine de membres du Congrès pour discuter de la décision de Joe Biden.

Le président américain s'est également entretenu avec le président afghan, Ashraf Ghani, plus tôt dans la journée et a aussi eu des échanges avec ses prédécesseurs George W. Bush et Barack Obama.

Ire des talibans

Le report de quatre mois du retrait complet des troupes américaines a provoqué l'ire des talibans.

Si l'accord est violé et les forces étrangères ne quittent pas notre pays à la date prévue du 1er mai, il y aura sûrement des problèmes et ceux qui ne respectent pas l'accord en seront tenus responsables, a tweeté avant l'annonce américaine formelle le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid.

Les insurgés avaient prévenu mardi qu'ils refuseraient, tant que le retrait de toutes les forces étrangères ne serait pas terminé, de participer à la conférence sur la paix en Afghanistan que la Turquie, l'ONU et le Qatar doivent organiser du 24 avril au 4 mai à Istanbul.

Les talibans devaient entamer des négociations de paix directes inédites avec le gouvernement afghan. Ces pourparlers piétinent depuis leur ouverture, en septembre.

Le renseignement américain a estimé, dans un rapport publié mardi, que le gouvernement afghan peinerait à résister en cas de départ de la coalition internationale.

Dans une lettre adressée récemment au président afghan Ashraf Ghani, le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, a d'ailleurs reconnu qu'un retrait américain pourrait entraîner des gains territoriaux rapides de la part des talibans.

Malgré les craintes croissantes d'une victoire de leur part et du retour d'un avatar du régime fondamentaliste qu'ils avaient imposé à Kaboul de 1996 à 2001, Washington a annoncé dès mardi la décision d'un départ sans condition, coordonné avec les autres pays de la coalition internationale.

Nous ne pouvons pas continuer de prolonger ou de renforcer notre présence militaire en Afghanistan dans l'espoir de créer les conditions idéales pour un retrait, a soutenu M. Biden mercredi.

Ce dernier, qui a évoqué de multiples consultations, semble être allé à l'encontre des recommandations du Pentagone, opposé à l'annonce d'une date pour le retrait.

La classe politique américaine est divisée. La majorité des démocrates, mais aussi plusieurs élus trumpistes, ont salué le rapatriement annoncé.

Des élus des deux camps ont cependant déploré un départ prématuré.

L'OTAN s'aligne sur Washington

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken lors d'une conférence de presse le 14 avril 2021 au siège de l'OTAN à Bruxelles

Photo : Getty Images / KENZO TRIBOUILLARD

Emboîtant le pas aux États-Unis, l'OTAN a aussi annoncé le retrait des troupes déployées par d'autres pays à partir du 1er mai.

Au total, 9600 militaires de 36 pays, dont environ le quart vient des États-Unis, participent à la mission Resolute Support de l'Alliance atlantique.

Nous sommes allés en Afghanistan ensemble, nous avons revu notre position ensemble et nous sommes unis pour nous retirer d'Afghanistan ensemble, a affirmé à Bruxelles le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, à l'issue d'une rencontre avec le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, et le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin.

M. Stoltenberg a dit prévoir le retrait de toutes les troupes d'ici quelques mois, se gardant de mentionner l'échéance fixée par Joe Biden.

Le Canada ne compte plus de soldats en Afghanistan depuis 2014. Allié de la première heure des États-Unis, il aura déployé 40 000 hommes et femmes dans ce pays en 12 ans. Au total, 158 d'entre eux y ont perdu la vie.

Une guerre longue, meurtrière et coûteuse

Des soldats américains et des commandos afghans.

Des soldats américains et des commandos afghans lors d'un exercice d'entraînement au combat au camp militaire de Shorab, à Lashkar Gah, dans la province de Helmand (archives)

Photo : Getty Images / AFP Contributor

Après avoir augmenté la présence américaine en Afghanistan, l'administration Trump l'a réduite à son niveau le plus bas depuis le début du conflit, maintenant dans le pays 2500 soldats à la fin de son mandat.

Un millier de membres des Forces spéciales viennent toutefois s'y ajouter.

Au plus fort de leur présence, en 2010-2011, quelque 100 000 militaires américains étaient déployés en Afghanistan sous Barack Obama, qui avait finalement ramené ces effectifs à 8400 hommes et femmes.

En plus d'être le plus long conflit impliquant les États-Unis, cette guerre s'est avérée la plus coûteuse pour Washington, avec un coût global de 2000 milliards de dollars américains.

Environ 2400 militaires américains ont été tués en Afghanistan, et près de 21 000 y ont été blessés.

La guerre a cependant été bien plus meurtrière pour les Afghans eux-mêmes, qui cumulent plus de 100 000 morts et blessés.

Après son allocution, Joe Biden est allé visiter la section du cimetière national d’Arlington où sont enterrés les militaires américains qui ont péri dans des conflits récents, notamment en Afghanistan.

Avec les informations de Washington Post, New York Times, et Agence France-Presse

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