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Vaccination : une grande partie des malades chroniques laissés pour compte

Une femme portant un masque se déplace dans le site de vaccination contre la COVID-19 de Bonaventure, le 20 mars 2021.

Les groupes prioritaires 8 et 9 peuvent maintenant prendre rendez-vous pour se faire vacciner partout au Québec.

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

Si vous êtes un malade chronique et que vous êtes incertain de faire partie d’un groupe prioritaire pour la vaccination contre la COVID-19, il y a fort à parier que vous n’en faites pas partie. Seuls les malades chroniques considérés à « très haut risque » par le gouvernement sont pour l’instant inclus dans le groupe de priorité 8.

Les personnes asthmatiques, diabétiques et immunosupprimées qui ne sont pas actuellement hospitalisées sont entre autres absentes de la liste établie par le gouvernement Legault.

Malades chroniques du groupe prioritaire 8 :

Patients hospitalisés avec les maladies chroniques suivantes :

  • Maladies cardiaques
  • Maladies pulmonaires
  • Maladies rénales
  • Obésité
  • Hypertension
  • Diabète
  • Immunosuppression
  • Anémie falciforme
  • Trisomie 21
  • Pathologie qui entraîne des difficultés importantes à gérer les sécrétions respiratoires
  • Présence de plus qu’une maladie chronique

Patient en suivis ambulatoires avec problèmes de santé suivants :

  • Dialyse pour insuffisance rénale
  • Greffe d’organe solide
  • Greffe hématopoïétique ou médullaire selon l’évaluation du médecin greffeur
  • Patients qui recevront une greffe
  • Cancers actifs
  • Problèmes neurodégénératifs à un stade avancé ou autre condition entraînant des difficultés importantes à gérer les sécrétions respiratoires.

Patients qui doivent recevoir leur vaccin sous la supervision d’un allergologue

Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux

Une liste qui change dans le temps

Pourtant, pas plus tard que la semaine dernière, une liste beaucoup plus exhaustive de maladies chroniques a été publiée sur le site web du gouvernement du Québec, pour ensuite être retirée et remplacée par une liste plus restrictive.

Cette dernière incluait entre autres les maladies respiratoires, l'hypertension, le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’obésité ; des maladies chroniques que l’on retrouve en priorité dans plusieurs autres provinces canadiennes et dans certains pays.

Les personnes qui souffrent de diabète, de maladies respiratoires sévères et qui sont immunosupprimées figurent par exemple dans les groupes prioritaires de vaccination en Ontario, en Alberta, au Manitoba et en Colombie-Britannique.

C’est aussi le cas ailleurs dans le monde comme en Australie, au Royaume-Uni et dans les États américains qui suivent les recommandations du Centre de contrôle des maladies des États-Unis.

Pourquoi donc les exclure au Québec?

Selon un porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Québec a dû prioriser certains groupes plus à risque selon les experts, en raison des doses de vaccin qui demeurent limitées.

Québec dit aussi étudier la possibilité que les pharmaciens puissent vacciner un groupe plus large de malades chroniques lorsque la vaccination du groupe de priorité 8 sera terminée et précise que le délai entre la vaccination des différents groupes est somme toute limité.

Le ministère estime que le principal facteur de risque pour la COVID-19 demeure l’âge des personnes atteintes. Les autres facteurs évalués sont :

  • La présence de maladies qui augmentent le risque de complications et de décès
  • Un milieu de vie plus à risque d'infection ou d'éclosion
  • Une profession qui augmente le risque d’exposition et de transmission de la COVID-19 à des personnes vulnérables

Québec précise également avoir suivi les recommandations du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). Par contre, après vérification auprès de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le comité a recommandé de vacciner les malades chroniques au rang 8, sans pour autant définir quels malades chroniques devraient faire partie de ce groupe.

L’avis des experts

Trois experts interviewés dans le cadre de cet article sont d’avis qu’un groupe plus élargi de malades chroniques devrait être vacciné avant la population générale.

Si le premier facteur de risque avec la COVID-19 est l’âge, la présence de comorbidités est le deuxième facteur de risque le plus important, affirme Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialiste en réponses immunitaires et en virologie à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

C’est le facteur qui détermine si les gens vont faire une COVID très très peu symptomatique ou asymptomatique versus une COVID qui pourrait être grave avec des symptômes très importants. Les risques d’hospitalisation sont plus élevés et les risques de mortalité aussi sont plus élevés, explique-t-il.

Jean-Sébastien Delisle, médecin hématologue et chercheur à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, craint d'ailleurs que certains malades chroniques fassent les frais d'une liste trop restrictive.

[La liste] est un peu restrictive et il est fort possible qu’on échappe du monde, que des patients vulnérables souffrent à cause de ça.

Une citation de :Jean-Sébastien Delisle, médecin hématologue et chercheur à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal

De son côté, Maude Laberge, professeure à l’Université Laval et chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec en santé des populations et pratiques optimales en santé, pense qu’il serait questionnable de ne pas vacciner un plus grand nombre de malades chroniques avant la population générale.

Mme Laberge s’attend toutefois à ce que Québec élargisse par la suite la vaccination à plus de malades chroniques. Je ne serais pas surprise que cette liste dans le groupe prioritaire 8 soit élargie au fur et à mesure qu’on reçoit des vaccins, dit-elle.

Une question de logistique

La complexité de la logistique est un frein à la vaccination à plus grande échelle des malades chroniques, selon nos experts.

Les malades chroniques représentent près de 40 % de la population, selon Alain Lamarre. Il serait donc difficile à l’heure actuelle de vacciner l’ensemble de ce groupe avec un nombre limité de vaccins. Il est ainsi logique de commencer par les plus vulnérables.

Les malades chroniques ne sont d’ailleurs pas tous égaux. Certains sont plus à risque que d’autres, et il demeure complexe d’évaluer les risques associés aux différentes comorbidités.

Bien que les études à ce sujet soient plus nombreuses qu’au début de la crise, les données probantes restent limitées.

C’est plus difficile de prendre des décisions lorsque les données ne sont pas aussi claires que lorsqu’on pense à l’âge, explique Maude Laberge.

Gros plan sur des fioles de vaccin contre la COVID-19 dans un petit bac, le 20 mars 2021, à Bonaventure.

Québec prévoit vacciner l'ensemble des Québécois de plus de 18 ans qui le souhaitent d'ici le 24 juin.

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

Les malades chroniques sont aussi plus difficiles à identifier que les personnes qui appartiennent à certains groupes d’âge, par exemple.

Jean-Sébastien Delisle explique qu’il faudrait beaucoup d’efforts pour distinguer et rejoindre certaines classes de patients plus à risque. Il y voit néanmoins une certaine paresse logistique du gouvernement visant à ne pas surcharger le système de la santé.

Je suis toujours suspicieux quand il y a des plans de vaccination qui sont trop rigides, mais je pense que le gouvernement du Québec prêche par excès contraire ici, il y a un manque de direction et des patients vont être laissés pour compte, c’est à peu près certain.

L’option de la vaccination en pharmacie est une bonne avenue pour circonscrire ce problème, estime Alain Lamarre, qui considère que les pharmaciens sont aptes à déterminer si une personne fait partie d’un groupe plus à risque.

Chose certaine selon lui, les malades chroniques devraient être les premiers à s'intéresser à la vaccination, qu’ils soient vaccinés en priorité ou non.

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