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Audiences publiques finales sur le projet d’expansion de la mine Mary River au Nunavut

Plusieurs dizaines de personnes sont réunies dans une salle de conférence d'Iqaluit.

Les discussions entourant l’expansion de la mine de fer Mary River, dans l’est du Nunavut, entament leur dernière ligne droite, alors que se tiennent en ce moment à Iqaluit les dernières audiences publiques qui orienteront l’avenir du projet de l’entreprise Baffinland.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Une dernière série d’audiences publiques battent leur plein à Iqaluit au sujet du projet d’expansion de la mine de fer Mary River, dans l’est du Nunavut.

La Commission du Nunavut chargée de l’examen des répercussions (CNER) tient jusqu’au 21 avril des rencontres techniques et des audiences publiques pour achever son examen environnemental de la deuxième phase du projet d’expansion de cette mine de fer gérée par l’entreprise Baffinland.

Des retards occasionnés dans les audiences qui ont eu lieu du 25 janvier au 6 février ont forcé la CNER à prolonger son processus d’examen.

Un homme muni d'écouteurs assiste à une rencontre technique organisée à Iqaluit.

Ces dernières audiences viennent clore des années de négociations entre l’entreprise minière Baffinland, des organisations inuit, des communautés de la région, le gouvernement territorial et différents acteurs environnementaux.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

La mine Mary River est située à quelque 176 kilomètres au sud-ouest de la communauté de Pond Inlet, sur l’île de Baffin. Depuis sa mise en exploitation, en 2015, la mine broie puis transporte d’importantes quantités de minerai de fer vers le port de Milne Inlet, à plusieurs kilomètres au nord, par l’entremise d’un chemin de ravitaillement.

Or, Baffinland souhaite doubler sa production de minerai de fer en passant de 6 à 12 millions de tonnes par an. Pour y parvenir, elle espère construire un chemin de fer d’environ 110 km pour acheminer le minerai entre le site minier et le port de Milne Inlet. La production accrue signifierait également une augmentation considérable du transport maritime vers l’extérieur de la région.

La mine de fer Mary River est située dans le nord de l'île de Baffin, au Nunavut.

La deuxième phase du projet d'expansion prévoit la construction d'un chemin de fer d'environ 110 km reliant le site de la mine Mary River au port de Milne Inlet.

Photo : Radio-Canada

Un projet qui divise toujours

Le projet d’expansion ne fait toutefois pas l’unanimité. Parmi les opposants figurent les cinq communautés touchées : Arctic Bay, Clyde River, Sanirajak, Igloolik et Pond Inlet, de même que des associations de chasseurs et de trappeurs et des groupes environnementaux qui craignent des effets irréversibles sur l'écosystème et sur la biodiversité, dont les populations de narvals, de phoques et de caribous.

Au mois de mars, l’Association inuit de Qikiqtani et l’organisme Nunavut Tunngavik ont aussi annoncé qu’elles n’étaient plus en faveur du projet.

Les derniers mois ont par ailleurs été ponctués par des manifestations. À la mi-février, des chasseurs inuit ont bloqué la piste d'atterrissage et une route de la mine Mary River pendant près d’une semaine. Le mouvement a rapidement pris de l’ampleur quand des communautés de la région ont exprimé leur solidarité avec les chasseurs.

L’entreprise minière a toutefois porté l’affaire en cour, ce qui a mené à une injonction provisoire.

Des gens en vêtements d'hiver manifestent.

Une opposante au projet d'expansion brandit une copie de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut lors d'une manifestation à Pond Inlet, au mois de février.

Photo : Shelly Funston Elverum

Baffinland ne perd pas espoir

L’entreprise minière se montre toujours déterminée à mener le projet à bien. Récemment, des représentants de Baffinland ont visité les cinq communautés touchées par la mine, de même que Grise Fiord, dans l’extrême nord du territoire. Selon le président-directeur général, Brian Penney, cette tournée visait principalement à informer les communautés des nouveaux engagements qu’a pris Baffinland depuis les dernières audiences .

À présent, l’entreprise s’engage notamment à limiter la quantité de poussière de minerai de fer générée par les activités minières - une préoccupation maintes fois soulevée par des chasseurs de la région -, à surveiller davantage les populations de caribous et d’ombles de l’Arctique, à diminuer de 176 à 168 par an le nombre de navires transportant du minerai de fer et à mettre sur pied des centres de formation dans les cinq communautés touchées dès la fin de 2022. Elle espère ainsi créer annuellement une quarantaine de nouveaux emplois par collectivité.

Nous voulons élargir les secteurs dans lesquels les Inuit sont engagés à Baffinland, soutient-elle.

Des installations du port de Milne Inlet durant l'hiver.

Le port de Milne Inlet, situé à une centaine de kilomètres au nord de la mine Mary River

Photo : CBC / Nick Murray

Gestion adaptative

Au mois de juin, dans le cadre d'une entente signée avec l’Association inuit de Qikiqtani, Baffinland s’est par ailleurs engagée à adopter un plan de gestion adaptative qui l’oblige à instaurer des mesures préventives pour protéger l'environnement en effectuant de la surveillance de manière continue.

Plusieurs participants ont néanmoins exprimé leurs réserves à l’égard de ce type de gestion. Parfois, il peut s'écouler plusieurs années avant qu'un impact ne soit détecté, sans compter le temps supplémentaire requis avant que des [les mesures] d’atténuation soient mises en œuvre, puis la surveillance à reprendre pour voir si l’impact a été éliminé, a souligné lundi le représentant de l’Association des chasseurs et trappeurs de Nangmautaq et de la Municipalité de Clyde River, Glen Hostetler.

La vice-présidente en matière de développement durable de Baffinland, Megan Lord-Hoyle, a admis qu’il arrivait que plusieurs saisons soient nécessaires pour comprendre les changements occasionnés.

La gestion adaptative n’est qu’un joli terme pour prétendre qu’elle [Baffinland] va agir, alors que [ses activités] ont déjà un impact négatif sur les espèces dont nous dépendons, soutient le spécialiste pour la région de l’Arctique au Fonds mondial pour la nature Canada (WWF-Canada), Paul Okalik, qui a aussi été le premier à être premier ministre du Nunavut.

Paul Okalik dans une salle de conférence d'Iqaluit.

« Où les animaux marins vont-ils se réfugier si la glace est brisée? », s'interroge Paul Okalik.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Pour être en mesure d’acheminer de plus grandes quantités de minerai de fer par bateau, Baffinland s’attend à devoir utiliser des brise-glaces. Or, Paul Okalik s’inquiète des conséquences de ces navires sur les espèces marines. La glace sert généralement de protection pour les phoques, les narvals et les baleines, dit-il, en entrevue à Radio-Canada. Lorsque la glace est brisée, elle fond beaucoup plus rapidement dans ce secteur.

Au cours des semaines suivant l’issue des audiences publiques, le 21 avril, la CNER formulera des recommandations dans un rapport adressé au ministère fédéral des Affaires du Nord, qui décidera ce qui advient du projet d’expansion.

J’ai bon espoir qu’elle recommande de ne pas aller de l’avant et que le ministre sera d'accord, dit Paul Okalik.

Kaviq Kaluraq dirige les dernières publiques qui ont lieu à Iqaluit.

La présidente de la Commission du Nunavut chargée de l’examen des répercussions (CNER), Kaviq Kaluraq

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Avec les informations de Pauline Pemik

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