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Violence envers les femmes : les demandes d'aide explosent

Le poing d'un homme avec la silhouette floue d'une femme derrière.

Le reportage de Nicole Germain.

Photo : iStock

Kassandra Nadeau-Lamarche

Féminicides, confinement, campagne de sensibilisation et nombreuses mentions dans les médias : ces facteurs poussent encore plus de personnes à demander du soutien pour éviter la violence faite aux femmes. Les organismes venant en aide aux femmes violentées font face à une demande sans précédent.

Chez SOS violence conjugale, un service d’aide téléphonique et en ligne disponible à toute heure du jour et de la nuit, la différence est particulièrement marquée. Alors que le service recevait en moyenne 90 appels par jour l’an dernier. Depuis février, ce chiffre est monté à 153.

Pendant très longtemps, on a eu en moyenne 25 000 appels par année. Ça a monté à 26 000, à 29 000, à 33 000 l’an dernier. Pour l’année qui vient tout juste de se terminer le 31 mars, on a reçu presque 41 000 appels , énumère la responsable du soutien clinique de SOS violence conjugale Claudine Thibaudeau.

À la maison Coeur pour femmes de Québec, on en est présentement à un taux d’occupation de 131 % et plusieurs autres maisons d’hébergement de la province dépassent souvent les taux d’occupation de 100 %.

Des proches inquiets

Ce ne sont pas que les femmes qui ont recours à ces services. Selon Édith Mercier, la directrice de la maison Coeur pour femmes de Québec, les proches réalisent de plus en plus qu’ils peuvent faire partie de la solution.

Maintenant, les gens sont beaucoup plus proactifs à nous appeler à savoir comment travailler avec ça, comment ils peuvent aider ces femmes-là. Nous, les maisons d’hébergement, on est là pour répondre à toutes ces questions-là .

Édith Mercier affirme qu’il est important d'être épaulé quand on soupçonne qu’un proche est victime de violence conjugale, afin de ne pas mettre la personne plus en danger.

Une femme dans une cour arrière tient un dépliant dans ses mains.

Édith Mercier est directrice de la Maison du Cœur pour femmes de Québec.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Plusieurs facteurs

Les organismes d’aide croient qu’il y a une panoplie de facteurs qui peuvent entrer en ligne de compte dans cette augmentation des demandes d’aide, la première étant la pandémie qui crée un isolement supplémentaire chez les femmes victimes.

Si le confinement plonge des femmes dans l’isolement, le déconfinement lui redonne un peu de pouvoir pour demander de l’aide, d’après Claudine Thibaudeau. Il peut par contre intensifier la violence chez les partenaires qui y voient une perte de contrôle sur la conjointe.

Depuis quelques semaines, le gouvernement du Québec a mis en branle une campagne de sensibilisation dans laquelle on tente de convaincre les personnes impliquées de demander de l’aide. Une campagne qui porte ses fruits, selon Édith Mercier.

Les femmes se sont beaucoup reconnues dans ces messages-là. Juste pour le mois de mars, on a eu le double des appels qu’on a normalement.

Avec chaque nouveau féminicide vient également une vague de demandes d’aide marquée.

Ça fait peur aux victimes. Ça leur fait peur de voir des situations où des personnes comme elles, dans des situations qui ressemblent à la leur, perdent leur vie. Des menaces de mort, c’est fréquent dans les relations de violence conjugale

Une citation de :Claudine Thibaudeau, responsable du soutien clinique, SOS violence conjugale

La disponibilité accrue de la documentation sur le sujet peut aussi entrer en ligne de compte. SOS violence conjugale a mis en ligne un nouveau site Internet en novembre dernier contenant un questionnaire afin de permettre aux femmes et à leurs proches d’identifier leur situation. En cinq mois, le questionnaire a été rempli plus de 28 000 fois.

Quand on a des mots à mettre sur sa situation, ça devient beaucoup plus facile de prendre le téléphone et de le dire, affirme Mme Thibaudeau.

Une femme de dos regarde par la fenêtre.

Les femmes se sont retrouvées en situation d'isolement durant le confinement selon SOS violence conjugale.

Photo : iStock

Une de plus

Même s'ils sont soulagés de voir que le message semble passer, les organismes s'inquiètent d'observer une liste de féminicides qui s’allonge. Un neuvième nom, celui de Carolyne Labonté, dont le conjoint Éric Levasseur est accusé du meurtre, s’y est ajouté cette semaine.

Carolyne Labonté a été retrouvée morte dans sa résidence par la Sûreté du Québec. Elle était la conjointe d'Éric Levasseur.

Carolyne Labonté a été retrouvée morte dans sa résidence à Notre-Dame-des-Monts le 18 mars dernier.

Photo : Courtoisie : Facebook

Nathalie Igonene, directrice de Violence Info, qui aide particulièrement les femmes en situation de violence post-séparation, insiste sur l’urgence d’agir et le besoin pour les organismes de recevoir le financement nécessaire.

Le message qu'on leur envoie de toutes parts c’est : demandez de l'aide, demandez de l'aide ! Mais encore faut-il que les ressources de première ligne, qui ont développé les expertises pour le faire, aient les ressources pour répondre à la demande.

Loin de vouloir décourager les femmes voulant se sortir d’une situation dangereuse, les organismes veulent voir des changements rapides s’opérer.

Avec des informations de Nicole Germain

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