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Sur le belvédère du mont Royal, un homme qui porte un casque de vélo et un masque regarde à l'horizon.

À Montréal, le nombre de nouveaux cas est à la hausse.

Photo : Getty Images / Marc Bruxelle

Québec a annoncé que les masques sont désormais obligatoires à l’extérieur dans les zones rouges et orange dès que deux personnes de bulles différentes sont à moins de deux mètres. Pourquoi imposer cette mesure? Que dit la science?

Selon la Dre Parisa A. Ariya, professeure de chimie à l'Université McGill qui se spécialise dans la transmission par aérosols, il est tout à fait logique de demander que le masque soit porté à l’extérieur si on est à proximité d’autres personnes qui ne vivent pas avec nous.

Selon une analyse comparative de plusieurs études faites dans le monde, publiée en février, (Nouvelle fenêtre) moins de 10 % des infections au SRAS-CoV-2 signalées se produisaient à l'extérieur. La transmission à l'intérieur, en comparaison, était plus de 18 fois plus probable qu’une transmission à l’extérieur.

L'étude donne en exemple des éclosions qui se seraient produites à l'extérieur. Les auteurs précisent que les infections à l'extérieur - si elles sont beaucoup moins fréquentes qu'à l'intérieur - ne sont pas impossibles et que le respect de la distanciation, le port du masque et une nombre limité de participants influence le risque de transmission.

Et il est difficile de dire avec certitude si le nombre d’éclosions à l’extérieur est moins élevé parce que le virus s'y propage plus difficilement ou parce que plusieurs pays ont imposé des restrictions strictes entourant les rassemblements, ajoutent ses auteurs.

Si le risque de transmission peut sembler peu élevé à l’extérieur, il n’y a pas de risque zéro, rappellent les experts. Et ça s’explique par le fait que la transmission du SRAS-CoV-2 se fait majoritairement par aérosols.

À l’extérieur, comme à l’intérieur, vous parlez, vous toussez, vous projetez des particules. Si vous êtes dans une zone de deux mètres, il y a une possibilité de transmission, a expliqué le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, mardi, en conférence de presse.

Les données le montrent, ajoute la Dre Ariya. Quand on est actif, qu’on fait du sport, qu’on chante ou qu’on tousse, on transmet davantage le virus. C’est pourquoi, par exemple, un coureur devrait mettre son masque à l’approche d’une autre personne.

Que dit le règlement?

Le couvre-visage ou masque doit être porté à l'extérieur par toute personne, de 10 ans et plus, en tout temps si une distance de 2 mètres ne peut pas être respectée.

Rappelons qu'il est possible pour un groupe (au maximum 8 personnes en zone rouge, 12 en zone orange) de pratiquer une activité de sport (ex. : marche) ou de loisir (ex. : pique-nique) dans un lieu public extérieur.

Par contre, les rassemblements privés sur un balcon ou dans une cour privée ne sont toujours pas permis, même si on porte un masque.

*Note: Le gouvernement du Québec a modifié ses règles après la publication de ce texte. Cette section a été modifiée pour refléter ces changements.

La Dre Ariya se désole toutefois que la mesure annoncée par Québec ne requière pas le port du masque à l’extérieur si on est assis à l'extérieur dans un lieu public à plus de deux mètres. Selon elle, les gens oublient vite ce que représente réellement une telle distance.

Et il y a de plus en plus de preuves qui montrent que les deux mètres ne sont peut-être pas toujours suffisants pour prévenir la transmission, rappelle-t-elle.

Enfin, les variants, qui sont beaucoup plus transmissibles que la souche originale, augmentent les risques, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Selon la chercheuse Nathalie Grandvaux, en entrevue à l'émission Le 15-18, le peu d'information connue sur la contamination par les variants doit prévaloir et justifie ainsi, à son avis, le port du masque à l'extérieur.

On ne peut pas se permettre d’avoir des contaminations extérieures pour agir, met-elle en garde.

On pense que, compte tenu de la grande transmissibilité du variant, dès qu’on est avec une autre bulle, le risque [de transmission] est important. L’objectif n’est pas d'écoeurer les gens, c’est de les protéger.

Une citation de :Dr Horacio Arruda

En ce moment, plus de 70 % des cas au Québec sont liés à un variant.

Le ministère de la Santé est tout aussi préoccupé par la transmissibilité importante des variants. Avec l’arrivée des températures plus clémentes, la santé publique était préoccupée par le fait que beaucoup de personnes utilisent ces occasions pour se rassembler et oublient les consignes de base tel que le respect de la distance de 2 mètres avec les gens qui ne vivent pas sous le même toit.

Proximité, durée, fréquence, tout cela compte

Un homme qui tousse et projette des gouttelettes de salive.

Quand quelqu'un tousse sans se couvrir la bouche, les gouttelettes peuvent rester en suspension dans l'air.

Photo : Shutterstock

Il n’y a pas que la proximité qui augmente le risque de transmission, mais aussi la durée et la fréquence des contacts, dit la Dre Ariya.

Les aérosols propagés par une personne infectée agissent comme la fumée de cigarette, illustre-t-elle. Plus on a de personnes qui fument autour de nous, plus on inspire de particules potentiellement nocives.

Une nouvelle étude montre que, si vous êtes en contact avec une personne infectée pendant de courtes périodes, mais à plusieurs reprises durant une journée, les contacts s’additionnent, explique-t-elle. Donc, rencontrer plusieurs personnes pour une courte durée peut être comme si on avait passé beaucoup de temps avec une seule personne.

Lors d'une conférence organisée par l’Université de Calgary (Nouvelle fenêtre) sur le rôle de la transmission aérienne dans cette pandémie, l'épidémiologiste de l'Université de Toronto, le Dr David Fisman, a donné en exemple un slogan (close, closed, crowded) qui explique clairement les situations où le port du masque est nécessaire :

  • espaces bondés;
  • contact étroit (comme une conversation rapprochée);
  • espaces confinés et clos, mal ventilés.

Ainsi, si on se promène dans un parc bondé, il est mieux de porter un masque en tout temps. Si on marche seul dans un boisé, on met son masque lorsqu’on croise d’autres personnes.

Doit-on porter un masque si on a été vacciné?

Oui, dit la Dre Ariya; il faudra porter un masque dans les contextes recommandés jusqu’à ce que la majorité de la population soit complètement vaccinée.

Si une dose du vaccin contre la COVID-19 réduit les risques de complications et de décès, elle n’est pas à 100 % efficace et il est encore possible d’être infecté entre-temps.

La Dre Ariya ajoute que le pourcentage de personnes ayant reçu deux doses au Canada est relativement faible par rapport aux États-Unis et au Royaume-Uni. En ce moment, 10,8 millions de doses ont été administrées au pays, mais moins de 3 % des Canadiens ont reçu leurs deux doses.

En comparaison, 36 % des Américains ont reçu une première dose et 20 % ont reçu leur deuxième; au Royaume-Uni, 48 % des Britanniques ont reçu une dose et 12 % deux doses.

Doit-on continuer à tout désinfecter?

Un employé d'entretien nettoie le plancher à la station Berri-UQAM.

Opération nettoyage dans une station du métro de Montréal

Photo : Ivanoh Demers

La semaine dernière, aux États-Unis, les Centres américains de contrôle et de prévention contre les maladies (CDC) ont mis à jour leurs directives pour le nettoyage de surfaces et ont indiqué que le risque de contracter le virus en touchant une surface contaminée était inférieur à 1 sur 10 000.

Si, au début de la pandémie, on craignait que le virus soit présent sur toutes les surfaces pendant de longues périodes, après un an d’études, il est devenu plus évident que le virus se propage principalement dans l'air.

Le lavage des mains avec de l'eau et du savon et des surfaces continue d’être une bonne idée, mais le port du masque et une bonne ventilation des endroits clos sont l’arme la plus efficace pour prévenir la transmission des aérosols, dit la Dre Ariya. Elle précise aussi qu’il faut porter un masque de qualité et bien le porter.

Désinfecter les surfaces à répétition ne stoppera pas la pandémie. C’est pourquoi la question de la transmission aérienne doit être réexpliquée au grand public, dit le Dr Fisman. C'est de cette façon que nous réussirons à contrôler cette épidémie.

Précision: 

Une version précédente du texte donnait en exemple des éclosions produites à l'extérieur, dont une à Singapour. Toutefois, l'étude (Nouvelle fenêtre) précise que pour ce cas, il n'était pas possible de dire avec certitude si la transmission s'est faite à l'extérieur ou à l'intérieur. Par souci d'exactitude, nous avons retiré la mention de cette éclosion.

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