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Mort de George Floyd : des gestes « justifiés », selon les avocats de Derek Chauvin

Illustration montrant Barry Brodd, un homme à la barbe et aux cheveux blancs, à la barre.

Barry Brodd est l'un des premiers témoins de la défense à avoir comparu au procès de Derek Chauvin.

Photo : Reuters / JANE ROSENBERG

Au terme de deux semaines de plaidoiries de l'accusation, les avocats de l'ex-policier Derek Chauvin ont à leur tour commencé, mardi, à présenter leurs arguments. Ses gestes étaient « justifiés », ont-ils avancé.

Après avoir vu défiler la trentaine de témoins convoqués par les procureurs, les jurés ont commencé à entendre la version mise en avant par les avocats de Derek Chauvin, accusé de meurtre au deuxième degré, de meurtre au troisième degré et d'homicide involontaire en lien avec la mort de George Floyd, survenue en mai 2020.

Au réquisitoire de l'accusation, qui a attribué la mort du quadragénaire afro-américain à la « force létale » disproportionnée employée par l'accusé et à un manque d'oxygène, la défense a opposé un tout autre portrait.

Loin d'être attribuable aux actions de Derek Chauvin, qui a posé son genou sur le cou de George Floyd pendant 9 minutes 46 secondes alors que ce dernier était menotté, la mort de George Floyd est due à d'autres facteurs, ont plutôt affirmé les avocats de l'ancien agent.

J'estime que les interactions de Derek Chauvin avec M. Floyd étaient justifiées et qu'il agissait de manière objectivement raisonnable, en suivant la politique du département de police de Minneapolis et les normes actuelles d'application de la loi, a notamment soutenu l'un de leurs témoins, Barry Brodd, un expert en usage de la force.

À plusieurs reprises au cours de son témoignage, l'ancien policier a qualifié la force déployée par Derek Chauvin à l'égard de George Floyd d'objectivement raisonnable.

Son analyse est cependant contredite par plusieurs témoignages présentés précédemment par les procureurs – ceux de plusieurs policiers de Minneapolis, dont le chef de la police, ainsi que des formateurs des forces de l'ordre et d'autres experts en matière de recours à la force –, qui ont pour leur part affirmé que les actions de l'accusé n'étaient pas justifiées.

Derek Chauvin et les autres policiers n'ont pas fait usage d'une force meurtrière lorsqu'ils l'ont maintenu allongé, le ventre contre l'asphalte, les mains menottées dans le dos, en faisant pression sur son dos, son cou et ses côtes, a en outre estimé Barry Brodd.

Il a comparé la situation à celle d'une personne appréhendée par des policiers utilisant un pistolet à impulsion électrique et qui mourrait après être tombée et s'être cogné la tête sur le sol. Ce n'est pas un incident lié au recours à la force mortelle. C'est un incident lié à une mort accidentelle, a-t-il affirmé.

Lors du contre-interrogatoire, il a admis, selon la preuve qu'il a étudiée, que Derek Chauvin n'avait pas relâché le niveau de force déployé lorsque George Floyd était devenu plus coopératif, refusant toutefois de dire qu'il s'était montré coopératif comme l'avançait le procureur Steve Schliecher.

Une personne coopérative aurait ses deux mains dans le bas du dos et se reposerait confortablement, a-t-il répondu, semblant méduser Steve Schliecher. Avez-vous dit : "se reposerait confortablement"?

Ou être allongé confortablement, a répliqué le témoin. Le procureur est encore revenu à la charge : Se reposer confortablement sur le trottoir?

Il faut se mettre dans les souliers de l'ex-policier au centre du procès, a fait valoir M. Brodd.

Barry Brodd a également contesté le fait que George Floyd n'ait pas été en mesure de respirer, comme l'Afro-Américain l'a lui-même crié à plusieurs reprises aux trois policiers qui l'immobilisaient.

Les mots martelés par George Floyd – Je ne peux pas respirer – étaient devenus un cri de ralliement lors de la vague de manifestations contre la brutalité policière, l'an dernier.

« Je n'ai certainement pas de diplômes médicaux, mais [...] je pense que c'est une supposition raisonnable que si [vous dites] : "J'étouffe, j'étouffe", eh bien, vous n'êtes pas en train d'étouffer, parce que vous pouvez respirer. »

— Une citation de  Barry Brodd, expert en usage de la force rémunéré par la défense

L'attitude hostile des passants attroupés près de George Floyd et des policiers compliquait la situation, a ajouté M. Brodd.

Un policier, qui ne fait l'objet d'aucune accusation, a de son côté indiqué être venu en renfort. Arrivé sur les lieux alors que George Floyd était déjà menotté et assis sur le trottoir, Peter Chang a déclaré que la foule était très agressive envers les policiers. Sur des extraits de la vidéo de sa caméra d'intervention, on pouvait entendre les gens rassemblés crier aux policiers de relâcher George Floyd, selon le quotidien du Minnesota Star Tribune.

L'une des deux personnes à bord du véhicule conduit par George Floyd lors de son interpellation, Shawanda Hill, a pour sa part raconté que ce dernier semblait dans un état normal et était alerte quand elle l'a rencontré et qu'il lui a offert de la reconduire. Il s'est cependant endormi une fois à bord, et les policiers n'ont pas pu le réveiller.

Elle l'aurait ensuite elle-même réveillé en disant que la police était là, a-t-elle témoigné, précisant que le policier près de la vitre avait sorti son arme. S'il-vous-plaît, s'il-vous-plaît, ne tirez pas sur moi!, aurait-il dit.

Lors de sa déclaration initiale, le mois dernier, l'avocat Eric Nelson a soutenu que son client avait fait exactement ce qu'il a été formé à faire au cours de ses 19 ans de carrière pour appréhender un suspect récalcitrant.

George Floyd était soupçonné d'avoir écoulé un faux billet de 20 $ pour acheter des cigarettes.

Une autre interaction avec la police soulevée

Six témoins se sont jusqu'ici succédé à la barre pour la défense au cours de cette première journée de plaidoiries de la défense.

Deux d'entre eux, un policier à la retraite de Minneapolis et une ancienne ambulancière, ont témoigné d'une arrestation de George Floyd liée à un contrôle routier, en mai 2019.

L'ex-policier Scott Creighton a ainsi décrit un homme manifestant un comportement très nerveux et agité qui ne se conformait pas à [ses] ordres.

La deuxième a indiqué que George Floyd souffrait alors d'hypertension et craignait qu'il ne soit victime d'un accident vasculaire cérébral. Il a lui-même dit avoir une dépendance aux opioïdes, a rapporté Michelle Monseng. Il était perturbé et confus, a-t-elle également relaté.

Le juge Peter Cahill a ordonné aux jurés de considérer ces deux témoignages à la lumière de l'incidence des opioïdes sur le bien-être physique de George Floyd et non pour évaluer son caractère.

Les deux témoignages s'inscrivent dans la stratégie de la défense, qui repose entre autres sur la prémisse que la mort de George Floyd est due à sa consommation de drogues et à des problèmes cardiaques.

Dès sa déclaration d'ouverture, la défense a plus spécifiquement attribué sa mort à une arythmie cardiaque causée par l'hypertension, une maladie coronarienne, l'ingestion de méthamphétamine et de fentanyl ainsi qu'à l'adrénaline qu'il sécrétait.

Il y a quelques jours, le légiste qui a réalisé l'autopsie de la victime a écarté ces raisons comme causes directes de la mort de George Floyd, invoquant plutôt la violence de l'arrestation.

Mme Monseng a par ailleurs dit aux procureurs que George Floyd était alerte, qu'il obéissait aux consignes et que sa respiration et son rythme cardiaque étaient normaux.

Une autre témoin, Nicole Mackenzie, coordonnatrice du soutien médical pour le département de police de Minneapolis, a été interrogée par Me Nelson sur le délire agité. Ce syndrome peut mener à un comportement psychotique, de l'agitation, des propos incohérents, une force accrue et de l'hyperthermie, a-t-elle expliqué.

Des plaidoiries susceptibles de se terminer rapidement

La photo judiciaire de Derek Chauvin, sur laquelle on le voit de face, puis de profil.

Derek Chauvin fait face à trois chefs d'accusation.

Photo : Reuters / Bureau du shérif du comté de Hennepin

À la fin des audiences, le juge a indiqué que la défense pourrait terminer ses plaidoiries jeudi et que le procès ne reprendrait que lundi avec les plaidoiries de clôture.

Le verdict n'est pas attendu avant la fin d'avril.

Lundi, le juge a rejeté la demande de la défense d'isoler le jury, dans la foulée de tensions suscitées par la mort de Daunte Wright, un autre homme noir tué par les forces de l'ordre lors d'un contrôle routier dans une banlieue de Minneapolis.

Ils seront cependant isolés pendant leurs délibérations.

Derek Chauvin risque une peine d'emprisonnement de 40 ans.

Ses trois anciens collègues impliqués dans la mort de George Floyd, accusés de complicité de meurtre, subiront leur procès en août.

Avec les informations de Washington Post

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