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Stress et solitude, un cocktail dangereux pour les alcooliques

Ben dans la rue à Calgary.

À 33 ans, Ben a décidé d'entrer dans un centre de traitement pour l'alcoolisme.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Chercher un remède à sa torpeur dans le fond d'un verre... c'est ce que font de plus en plus de Canadiens depuis le début de la pandémie. Les centres de traitement de l'alcoolisme sont même débordés.

N.D.L.R. : Les noms de famille de certains intervenants ont été omis afin de ne pas nuire à leurs perspectives de réhabilitation, ainsi que pour respecter les règles des Alcooliques Anonymes.

J’étais un alcoolique opérationnel, pensait Ben. Depuis ses 18 ans, il travaille dans des bars, entouré d'alcool comme d'un ami qui ne vous veut pas que du bien.

Des verres, ils en buvaient chaque jour un peu plus, sans considérer cette nouvelle habitude comme une dépendance. Tout a basculé lorsqu'il a perdu sa maison, son travail et sa voiture lors des inondations qui ont frappé Calgary en 2013.

Je croyais bien aller, mais en vrai mon état s'est vite empiré. Je me suis retrouvé seul chez mes parents. Je mettais de la vodka dans mon café le matin, se souvient-il.

Pendant un temps, Ben se reprend en main grâce à une vie plus saine, rythmée par de l'exercice physique. Puis, la pandémie chamboule sa vie.

Les salles de sport ont fermé. Je me suis isolé et je ne pouvais plus m'arrêter de boire, matin et soir, en regardant la télévision, avoue-t-il.

Voyant sa santé mentale se dégrader, le trentenaire décide de se faire aider par le centre de traitement Simon House à Calgary.

Le programme de 12 semaines est notamment fondé sur la thérapie comportementale dialectique censée aider à réguler les émotions.

Ça a changé ma vie, explique-t-il. On nous apprend à être sobre et à le rester, grâce à des techniques comme la méditation et la pleine conscience.

Ben avec un conseiller en toxiconamie dans une pièce.

Au bout de six semaines, Ben voit déjà les bénéfices du programme.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Stress et solitude

À l'instar des autres centres de traitement de l'alcoolisme à Calgary, les appels ont considérablement augmenté chez Simon House. Une douzaine de personnes sont même sur liste d'attente.

La situation est inhabituelle et inquiétante, mais elle n'est pas près de changer, selon John Rook, président du centre de traitement Simon House.

L'être humain a besoin de connexions sociales plus que tout. Le stress et la solitude engendrés par la pandémie augmentent les problèmes d'alcoolisme, dit-il.

C'est aussi l'opinion du Dr Tim Ayas, psychiatre spécialisé en toxicomanie basé à Calgary. Il y a aussi les problèmes d’argent, le manque de structure dans une journée lorsqu’on est au chômage, le fait que les gens passent plus de temps à la maison, énumère-t-il.

Il confirme une hausse de la demande en Alberta et s’inquiète d’une tendance qui ne diminuerait pas dans les prochains mois.

L'effet du confinement

Selon Statistiques Canada (Nouvelle fenêtre), parmi les personnes ayant déjà consommé de l'alcool, le quart affirme avoir augmenté leur consommation durant la pandémie.

Lors du sondage, près d'une personne sur cinq dit avoir bu cinq verres ou plus, soit l'équivalent d'une bouteille de vin entière, les jours où elle avait consommé de l'alcool au cours du mois précédent. Cette proportion était plus élevée que celle enregistrée avant la pandémie.

Après l’Ontario, les provinces des Prairies enregistrent le plus fort taux de personnes avouant une hausse de leur consommation d’alcool.

Dans les magasins de bière, vin et spiritueux, le mois de mars 2020 a enregistré les ventes les plus importantes en 20 ans au Canada.

Consommation sans risque

Selon le Dr Tim Ayas, il est recommandé de ne pas dépasser 10 verres par semaine, dont un maximum de deux par jour pour les femmes, et pas plus de 15 verres par semaine, dont un maximum de trois par jour pour les hommes.

Groupes d'entraide

Un programme de réhabilitation au centre de traitement Simon House coûte 6400 $. Avant de dépenser une telle somme, de nombreuses solutions existent pour recevoir de l'aide, sur Internet, par téléphone ou en personne.

L’une des plus accessibles est l'organisation d'entraide des Alcooliques Anonymes (AA), mais là encore, la demande grandit de façon alarmante.

Brian, dont l’anonymat a été préservé afin de respecter les règles des AA, estime que le nombre de réunions a doublé dans son antenne du sud de Calgary. Chaque semaine, jusqu'à 500 personnes y participent en personne ou sur internet.

Après avoir souffert d’alcoolisme durant la moitié de sa vie, ce cinquantenaire est fier de donner de son temps pour aider autrui à devenir sobre et, surtout, à le rester.

Voir plus de gens participer, c'est une bonne nouvelle d’une certaine façon. L’isolement est la pire chose pour un alcoolique, avoue Brian.

La période est difficile pour lui aussi. Une amie proche a récemment été retrouvée morte dans son appartement entourée de bouteilles vides.

Brian, de dos, tenant un livre.

Brian constate une augmentation importante du nombre de personnes venant chercher de l'aide auprès des Alcooliques Anonymes.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Assise sur un canapé, Judith, dans la quarantaine, est une habituée. J’étais dans un état pitoyable, mais maintenant ça va mieux grâce à ces réunions qui me permettent de parler avec d’autres alcooliques, confie-t-elle.

Voyant sa vie sociale réduite au minimum, elle a fait une rechute pendant quatre semaines, après avoir contracté la COVID-19, au point de penser à se suicider.

Depuis cinq mois, Judith est sobre, mais les AA sont un rendez-vous hebdomadaire immanquable.

N’ayez pas peur de demander de l’aide, souligne Brian. Rappelez-vous les bons moments qui ne sont pas si loin. Plus vous attendez, plus il sera difficile de faire ce premier pas et de reconnecter, conseille-t-il.

Une boîte en plastique avec des jetons pour différentes périodes.

En guise d'encouragement, les participants reçoivent un jeton pour chaque étape clé de leur chemin vers la sobriété.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Lors de cette réunion à Calgary, on compte dix personnes, toutes au-dessus de la quarantaine. L’une des six femmes présentes prend la parole. Être parmi vous me pousse à respecter mes engagements, dit-elle. La liberté, c’est être capable de ne pas penser à boire, confesse une autre.

Brian rajoute : Je me sentais emprisonné et piégé par l’alcool qui était devenu le maître de mes pensées. C’est fabuleux de se détacher de cette torture mentale et d’enfin se sentir en paix.

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