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Archives

Les chants de gorge inuit : des femmes qui jouent avec leurs voix

Deux femmes face à face qui se regardent dans les yeux.

Femmes qui pratiquent le katajjaq, un jeu de gorge inuit, juin 1969

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les chants de gorge, ou katajjaq en inuktitut, sont pratiqués par les femmes des communautés inuit. Cet art ancestral, qui s’était presque perdu, est revenu en force il y a quelques années. Nos archives révèlent les rudiments de cette tradition particulière où les joueuses émettent de manière gutturale des sons de la nature et racontent une histoire.

Le katajjaq est un jeu traditionnel d’expression orale. Il est pratiqué presque exclusivement par des femmes. Deux Inuit se font face et se tiennent par les bras. Elles émettent en alternance des sons contrôlés par leur respiration.

Le rythme est harmonieux et les bruits de gorge produits imitent les éléments de la nature : vent, rivière, animaux, etc. Le jeu prend fin lorsque l’une des deux compétitrices rit, bute sur un son ou simplement abandonne.

visage de femme qui sourit.

Les belles heures, 27 mai 1985 (audio)

Photo : Radio-Canada

Le 27 mai 1985, à l’émission de radio Les belles heures, l’ethnomusicologue Nicole Beaudry explique les particularités du katajjaq.

Elle mentionne d’emblée que le katajjaq relève davantage du jeu de gorge que du chant de gorge.

On entend des patrons rythmiques, mais en fait, chez les Inuit, la dimension de jeu est plus importante que la notion musicale.

Une citation de :Nicole Beaudry, ethnomusicologue

Ce qui est important, c’est la régularité des sons qui sont parfois produits par les cordes vocales et qui parfois sont non voisés. Ce qui fascine l’ethnomusicologue, c’est que ces femmes inuit ont une maîtrise de leur voix absolument fabuleuse.

Le chant de gorge était pratiqué par les communautés inuit bien avant le premier contact avec les Européens.

C’est l’explorateur William Edward Parry qui en fait mention pour la première fois dans un récit de voyage publié en 1824.

La tradition s’est étiolée en raison de l’évangélisation des communautés du Nord et de l’interdiction de pratiquer les jeux vocaux par les missionnaires. Mais vers les années 1970, la pratique tend à renaître.

À l’émission Aujourd’hui du 23 juin 1969, le journaliste Jean Ducharme présente un reportage sur la vie des Inuit de Frobisher Bay et de Resolute Bay.

Aujourd’hui, 23 juin 1969

On assiste à une démonstration de jeu de gorge. En émettant les sons, les deux femmes inuit racontent l’histoire d’amour d’oies sauvages.

Sarah Beaulne et Lydia Etok se sont donné comme mission de faire découvrir cet art ancestral inuit un peu partout au pays.

Le 9 avril 2001, elles rencontrent la journaliste Myriam Fimbry pour l’émission radiophonique Macadam tribu.

Sculpture inuite représentant deux oiseaux.

Macadam tribu, 9 avril 2001 (audio)

Photo : Radio-Canada

À cette époque, les deux jeunes femmes sont étudiantes et pratiquent le chant de gorge depuis quatre ans. Les deux se considèrent comme des joueuses débutantes.

Je ne voulais pas sortir des sons comme ça, ça me gênait. Je l’ai essayé et j’en fais depuis ce temps. […] Je suis fière et j’aime ça.

Une citation de :Sarah Beaulne, Puvirnituq

Comme l’explique Sara Beaulne, le chant de gorge était pratiqué au départ par les femmes inuit dont les maris et fils partaient à la chasse. De façon ludique, pour passer le temps après avoir terminé leurs tâches domestiques, elles compétitionnaient.

C’est traditionnellement une affaire de femmes, mais aujourd’hui des hommes le font.

La pratique du katajjaq est le premier élément culturel inscrit au patrimoine immatériel par le gouvernement du Québec en 2014.

Les chants de gorge sont pratiqués dans les 14 communautés inuit du Québec.

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