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Les gens ont le droit de savoir s'ils sont infectés par un variant, disent des experts

Des personnes souffrant de la COVID-19 qui souhaitent obtenir ces détails médicaux n'y parviennent pas.

Un homme marche sous la pluie.

Les patients ont le droit d'être aussi informés que possible, plaident des spécialistes.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Les personnes qui ont la COVID-19 et qui souhaitent savoir si elles sont infectées par un variant du SRAS-CoV-2 ont le droit d’obtenir ces renseignements, plaident des experts en éthique médicale. Pourtant, en Colombie-Britannique, les patients ne parviennent pas à recevoir ces informations des autorités sanitaires.

Lorsqu’elle a appris qu’elle était atteinte de la COVID-19, Amélie* a tout de suite demandé s’il s’agissait d’un variant. C’est la question la plus naturelle, ne serait-ce que pour savoir ce qui m’attend, connaître la dangerosité du virus, dit-elle.

Malgré ses échanges avec la Régie de la santé Vancouver Coastal (VCH), dont Radio-Canada a pris connaissance, la femme âgée d'une trentaine d'années ne parvient toujours pas à savoir si les autorités ont ou non l'information relative à son cas.

La Colombie-Britannique a la capacité de tester jusqu’à 90 % des cas de tests de dépistage positifs pour détecter les variants préoccupants. Lundi, la médecin hygiéniste en chef, Bonnie Henry, a affirmé que ces derniers sont désormais à l'origine de la moitié des cas dans la province.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Un problème éthique

D'un point de vue éthique, il ne devrait vraiment pas y avoir de moment dans les soins médicaux où une information est cachée à un patient, explique le bioéthicien de l'Université de Toronto Kerry Bowman. Si les autorités sanitaires ont l’information relative au variant, elles doivent la transmettre au patient qui la réclame.

Si un patient demande l’information et que le médecin la détient, je dirais que cela pourrait être une faute professionnelle de ne pas la divulguer, précise-t-il.

La professeure en droit de la santé de l’Université de Calgary, Lorian Hardcastle, va encore plus loin. À mon avis, vous ne devriez pas avoir à le demander. L’information devrait vous être donnée, car il s’agit de vous, dit-elle.

Toute information de santé vous concernant, vous êtes en droit de savoir.

Une citation de :Lorian Hardcastle, professeure en droit de la santé, Université de Calgary

On ne sait pas comment la pandémie va évoluer, affirme Amélie. Imaginez que j’aie besoin de cette information. Disons qu’un vaccin sort et est disponible pour les gens qui ont eu un variant. Ça me semble une information importante.

Un homme porte un masque et marche le long d'un mur de béton à Vancouver.

La Loi canadienne sur la santé est très claire : il ne faut rien cacher aux patients, dit Kerry Bowman.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Difficile d’obtenir des renseignements des autorités sanitaires

Dans un échange par courriel, la régie de la santé Vancouver Coastal invite Amélie à consulter son médecin de famille pour ce genre de questions.

Le ministère de la Santé de la province n’a pas répondu à de multiples requêtes de Radio-Canada demandant qui est chargé de fournir ces renseignements à un patient qui les réclame.

À la question de savoir si une personne atteinte de la COVID-19 peut savoir par quel variant elle a été infectée, VCH répond que leur détection ne change en rien la gestion du cas par l’autorité sanitaire. Tout individu qui reçoit un résultat de test positif doit s’isoler à la maison, selon les règles de la santé publique .

Selon Kerry Bowman, quand un professionnel de la santé dit : Oui, mais le patient n'a pas besoin de savoir, il fait preuve de paternalisme.

Toute mention que cette information pourrait provoquer des sentiments négatifs ou de la panique est paternaliste.

Une citation de :Kerry Bowman, bioéthicien et professeur, Université de Toronto
Deux personnes assises à la plage d'English Bay, à Vancouver.

Savoir qu'ils ont été infectés par un variant pourrait inciter les gens à mieux respecter les règles, croit la professeure Lorian Hardcastle.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Des bénéfices qui dépassent la question de droit

Considérant que les variants peuvent causer davantage de maladies graves, voire plus mortelles, les gens pourraient être davantage enclins à demander des traitements précoces, croit Lorian Hardcastle.

De plus, estime-t-elle, cela pourrait inciter les gens à mieux respecter les règles.

Amélie est également de cet avis. Le simple fait de savoir que le variant est plus contagieux peut aider. La personne va peut-être encore plus prendre des précautions, dit-elle.

Manque d’information, manque de ressources?

En Colombie-Britannique, la stratégie de séquençage des variants évolue, et les laboratoires ne détectent plus l’ensemble des cas positifs pour déterminer de quel variant il s’agit.

Kerry Bowman reconnaît que la situation est difficile, mais croit néanmoins qu’il faut mettre en place un système plus efficace.

On peut dire que les services n’ont ni le temps ni la capacité, mais je reviens sur le fait que les patients ont le droit de savoir. Ils ont besoin d'un processus établi.

C'est peut-être une question de moyens, dit Amélie. Mais dans ce cas, qu'on nous le dise.

*Amélie est un nom fictif. Résidente de Vancouver, elle craint que le fait d'être associée à la COVID-19 ne lui porte préjudice au travail et dans sa vie personnelle.

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