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Archives

Minou Petrowski : la marge, le cinéma et le Canada

Hommage à la chroniqueuse, auteure et animatrice Minou Petrowski, décédée le 27 avril 2021.

Minou Petrowski posant près d'un micro dans le studio 22 de la Maison de Radio-Canada.

Animatrice, intervieweuse et chroniqueuse de cinéma, Minou Petrowski a été présente sur les ondes de Radio-Canada durant près de quarante ans.

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Radio-Canada

Femme de passion, femme de caractère, Minou Petrowski a marqué bien des auditeurs et des téléspectateurs de Radio-Canada à travers ses reportages et ses entrevues. Nos archives retracent son parcours médiatique.

Originaire de France, Minou Petrowski arrive au Canada en 1957 à la recherche d’une vie plus rangée pour sa fille Nathalie.

La jeune femme, qui se qualifie d’anticonformiste, y découvre un pays guidé par la morale religieuse et où le plaisir semble péché, exprime-t-elle dans son autobiographie.

N’empêche, elle trouvera le moyen d’y faire entendre sa voix.

Minou Petrowski, qui semble perdue dans ses pensées.

Partage du matin (radio), 30 juillet 1962

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

À l’émission radio Partage du matin du 30 juillet 1962, Minou Petrowski s’exprime sur sa terre d’accueil.

Celle qui est décrite comme maquilleuse et auteure a déjà écrit deux textes qui ont été joués à la télévision de Radio-Canada : Le portrait et Le départ.

J'ai souffert du dépaysement et je commence seulement à apprécier l'Amérique et le Canada, confie-t-elle au journaliste Guy Dozois.

Minou Petrowski dit aimer la nature brutale de la vie au Canada, mais juge parfois monotone le caractère de ses habitants.

Je trouve que les gens ici n'ont pas de réactions et ne peuvent pas critiquer, ne peuvent pas être critiqués. Ils manquent un peu d'une certaine stimulation.

Une citation de :Minou Petrowski

D’un autre côté, elle constate une étroitesse d’esprit et une agressivité chez les Français, dont elle souhaite se dissocier.

Le Canada m'a donné la chance d'écrire et de maquiller, exprime Minou Petrowski en 1962.

S’éloignant de la fiction, elle commence aussi à travailler comme recherchiste pour des émissions d’affaires publiques de Radio-Canada à partir de 1964.

L'émission Femme d’aujourd’hui de Minou Petrowski

La carrière radio-canadienne de Minou Petrowski est étroitement liée à l’émission Femme d’aujourd’hui qu’elle rejoint en 1966.

Au sein de cette importante tribune télévisuelle pour l’émancipation des femmes, elle travaille d’abord en tant que recherchiste et scriptrice avant de se démarquer comme intervieweuse et de réaliser, dès 1970, ses propres reportages.

Femme d'aujourd'hui, 31 octobre 1973

Marginale dans ses sujets comme dans sa façon de les exprimer, Minou Petrowski apporte un éclairage neuf aux thèmes qu’elle aborde.

L’intervieweuse sait aller directement au fond des choses, comme en témoigne ce vox pop en apparence léger sur le port du soutien-gorge diffusé le 31 octobre 1973.

Minou Petrowski ne se contente pas de poser sa question aux passants. Elle les talonne, les relance, cherche à en savoir plus sur leur perception des femmes.

À un homme qui dit aimer voir des femmes sans soutien-gorge dans la rue, l’intervieweuse parvient par exemple à lui faire admettre qu’il ne l’accepterait jamais pour sa femme!

Femme d'aujourd'hui, 18 novembre 1974

En 1974, Minou Petrowski remporte le prix Judith-Jasmin pour son reportage Les dames de la Rouge présenté à l’émission Femme d’aujourd’hui du 18 novembre 1974, dont nous vous présentons un extrait.

Pour ce reportage à caractère historique, la journaliste avait comme mandat d’explorer la rue Deschambault, titre d'un roman de Gabrielle Roy, pour traiter des francophones du Manitoba.

Elle finit par sillonner la province et partir sur les traces des pionnières francophones le long de la rivière Rouge.

À ces femmes auxquelles elle donne la parole, Minou Petrowski souligne le travail, l’esprit de solidarité, de communauté et le sens des valeurs.

Femme d'aujourd'hui, 17 février 1978

Dans cet autre reportage à l’émission Femme d’aujourd’hui du 17 février 1978, Minou Petrowski traite d'un domaine dans lequel elle nage avec aisance : le cinéma.

Minou Petrowski adore le cinéma et les plateaux de tournage. Au cours de sa carrière, elle a d’ailleurs travaillé comme maquilleuse, régisseuse et première assistante à la réalisation sur différentes productions.

Si elle s’adonne de plus en plus à la critique, elle laisse dans ce reportage toute la place à des adolescents pour connaître leur opinion du film Close Encounters of the Third Kind (en français : Rencontres du troisième type) du jeune réalisateur Steven Spielberg.

Son fils, Boris Petrowski, s’exprime à cette table ronde aux côtés de deux autres étudiantes, Isabelle Guilbault et Chantale Rochette.

Les grandes étoiles de Minou Petrowski

À la suite de ses treize années à Femme d’aujourd’hui, Minou Petrowski poursuit sa carrière dans des émissions culturelles comme critique de cinéma et animatrice.

Au cours des années 80 et 90, on l’entend notamment dans les émissions radiophoniques Les belles heures, Paroles de stars et Double expresso.

Sur les ondes de la radio de Radio-Canada, sa passion pour le septième art est manifeste. Cannes, Berlin, Toronto, elle couvre tout le circuit des festivals de cinéma internationaux et en rapporte des entrevues mémorables avec de grandes étoiles.

La cinéphile se fait une alliée des artistes qu’elle se permet d’encenser et de célébrer dans ses entrevues auxquelles elle donne une charge affective.

Dans le milieu du cinéma, tout le monde la connaît et la reconnaît. Et elle aime ou n’aime pas.

L'Heure G, 22 juillet 1991

Dans cette entrevue au talk-show L’Heure G du 22 juillet 1991, Minou Petrowski parle de son rapport avec les artistes.

Mon genre, ce sont les gens qui sont vrais, qui ont beaucoup d'émotions, beaucoup de fragilité, de vulnérabilité, exprime-t-elle à l’animateur Gaston L’Heureux. Cette espèce de fièvre, de crainte, c'est pour ça que je les aime.

L’intervieweuse revient sur ses rencontres avec Jean-Louis Trintignant, Arletty, Patrick Dewaere et Philipe Noiret.

Quand je veux quelque chose moi, je suis un peu enquiquineuse!

Une citation de :Minou Petrowski

Avec moi, il n'y a pas de dernières fois, explique-t-elle. Minou Petrowski aime interviewer au fil du temps les mêmes personnalités et leur rappeler leurs déclarations et réflexions, ce qui donne un ton très personnel à ses entretiens.

L'animateur Gaston L’Heureux aborde en fin d’entrevue la qualité de la plume de Minou Petrowski, soulignant le texte qui accompagnait son reportage primé Les dames de la rouge.

Je ne peux pas tout faire, déclare Minou Petrowski qui a mis de côté son travail d’écrivaine. Pour le moment, je parle, et quand je parle, je ne peux pas écrire.

La vie comme un roman de Minou Petrowski

La fosse aux lionnes, 22 octobre 2008

À 77 ans, après cinq années consacrées à l’écriture, Minou Petrowski publie son autobiographie, Prends-moi dans tes bras.

Un récit poignant qui dévoile sa quête d’identité et de lumière après une enfance marquée par l’abandon et une jeunesse de misère à Paris en pleine crise du logement.

À l’émission La fosse aux lionnes du 22 octobre 2008, les animatrices Marie-Soleil Michon, Suzanne Lévesque et Caroline Proulx s’entretiennent avec elle de ce parcours bien particulier digne d’une fiction. Autour de la table se trouve également la chroniqueuse Nathalie Petrowski comme coanimatrice invitée.

Je n’ai pas eu de mère, exprime sa fille Nathalie Petrowski. J'ai eu une amie, j'ai eu une grande sœur, mais je considère que je n'ai pas vraiment eu de mère.

Les animatrices reviennent sur ses grandes entrevues avec des gens de cinéma avec lesquels elle arrivait à créer une intimité, sans doute en raison de cette quête personnelle.

Elle a toujours trouvé que j'étais racoleuse, et ce n’est pas vrai, déclare Minou Petrowski sur son style d’entrevue vivement critiqué par sa fille.

Avec chaque artiste interviewé, Minou Petrowski cherchait plutôt à jouer une scène, se voyant davantage comme un personnage que comme une journaliste.

Ses plus belles années? Celles de son grand amour avec Louis alors qu’elle était dans la cinquantaine et lui dans la vingtaine.

Son livre subséquent, Faut pas pleurer pour ça, publié en 2014 aborde d’ailleurs la recherche de l’amour pour une femme qui aime les hommes beaucoup plus jeunes qu’elle.

Minou Petrowski s'est éteinte le 27 avril 2021, à l'âge de 89 ans.

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