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Graves lacunes dans les enquêtes sur les personnes disparues à Toronto, selon un rapport

Des policiers à la recherchent d'indices lors d'une saisie

Les corps démembrés des victimes de Bruce McArthur ont été retrouvés après des recherches d'une propriété de Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Tijana Martin

L’examen indépendant sur les personnes disparues juge que la discrimination systémique a contribué à souligner de graves lacunes dans la manière dont les enquêtes policières, y compris celle de l'affaire McArthur, ont été menées à Toronto.

L'ancienne juge de la Cour d'appel de l'Ontario, Gloria Epstein, à la tête de cet examen indépendant des pratiques policières en matière d'enquêtes sur les personnes disparues depuis 2018, estime que le corps policier de la Ville Reine doit faire mieux et propose 151 recommandations pour tenter d'y remédier.

Dans de nombreux cas, les étapes d'enquête de base ont été négligées ou retardées et les recherches étaient parfois désorganisées, incomplètes ou mal documentées, conclut la juge Epstein.

L'incohérence est un problème récurrent.

Une citation de :Gloria Epstein, juge et examinatrice indépendante

Dans ce rapport de plus de 1000 pages, elle propose de redéfinir le rôle de la police dans certains éléments de l'enquête en encourageant une plus grande participation des civils et des organismes sociaux lorsque cela est justifié.

Discrimination et manque de communication

Pour comprendre la raison pour laquelle les enquêtes n'ont pas été aussi efficaces qu'elles auraient pu l'être, il faut prendre en compte les préjugés systémiques, la discrimination et la différence de traitement, souligne le rapport.

Depuis la disparition et la mort de huit hommes liés au village gai de Toronto, entre 2010 et 2017, le lien de confiance déjà détérioré entre la communauté LGBTQ+ et le Service de police de Toronto n’a fait que se briser davantage. De ces huit victimes, six étaient racisées.

Des croquis de 8 personnes, côte à côte.

Les victimes de Bruce McArthur. De gauche à droite, de haut en bas : Skandaraj Navaratnam, Andrew Kinsman, Selim Esen et Abdulbasir Faizi; Kirushna Kumar Kanagaratnam, Dean Lisowick, Soroush Mahmudi et Majeed Kayhan

Photo : Radio-Canada / John Fraser/CBC News

Cet examen indépendant s'est aussi penché sur le cas de Tess Richey, une jeune femme dont le corps a été retrouvé dans une cage d'escalier par sa mère, et Alloura Wells, une femme transgenre retrouvée morte dans un ravin.

De nombreux membres de la communauté torontoise et LBGTQ+ avaient accusé les autorités d'avoir négligé l'enquête entourant ces deux femmes.

Dans certains cas, il y a eu de graves lacunes dans les enquêtes ou un manque d'attention qui ont rendu ces cas plus difficiles à résoudre, estime la juge Gloria Epstein.

Certains agents avaient des idées préconçues ou stéréotypées sur la communauté LGBTQ2S+. Parfois, leurs perceptions ont entravé leur travail, affirme-t-elle dans son rapport.

Le détective du Service de police de Toronto, Hank Idsinga, passant sous un ruban jaune de police.

Le détective du Service de police de Toronto, Hank Idsinga, a mené l'enquête sur le tueur en série Bruce McArthur.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

La juge détermine aussi que le manque de communication et de clarté a alimenté une profonde méfiance des membres du public, souvent marginalisés, envers les autorités du Service de police de Toronto.

La police n'a pas tenu le public informé de ce qu'elle faisait. Ce manque de communication a renforcé l'impression largement répandue que la police n'a rien fait, écrit la juge Gloria Epstein.

Selon elle, cette méfiance de longue date n'est peut-être pas directement liée aux cas de personnes disparues, mais elle est souvent enracinée dans un parti pris ou une discrimination systémique.

Les enquêteurs n'ont aussi pas tenté de surmonter [ces] obstacles qui ont empêché certains témoins de se présenter, explique la juge.

Le Service de police de Toronto a donc été très lent à identifier les liens entre les cas de personnes disparues.

Il y avait des occasions ratées d'apprendre qu'un tueur en série était en liberté, comme de nombreux membres de la communauté le craignaient, et que McArthur était ce tueur, conclut l'examinatrice.

Passer à l'action pour rendre justice

L'heure n'est plus à l'inaction, selon la juge Gloria Epstein qui affirme qu'il faut accorder à ces cas la priorité qu'ils méritent.

Elle propose de rediriger des cas vers des agences appropriées, ce qui voudrait dire que la police pourrait ne pas participer à certains dossiers. Cette nouvelle approche permettrait une plus grande collaboration des travailleurs sociaux, par exemple.

Le fait de ne pas agir a un coût beaucoup plus important.

Une citation de :Gloria Epstein, juge

Les recommandations pour plus de formation ou une plus grande diversité dans les rangs des services de police sont importantes, mais [...] ne représentent plus une réponse adéquate aux problèmes identifiés par cet examen, peut-on lire dans le rapport.

Les auteurs du rapport espèrent que les lignes directrices permettront de reconstruire ces relations en les fondant sur la confiance et le respect mutuel.

La police présente ses excuses

Le chef du Service de police de Toronto, James Ramer, a présenté ses excuses aux Torontois en promettant, du même souffle, de mettre en place les recommandations du rapport dès que possible.

À la famille, aux amis [des personnes disparues] et aux membres de la communauté, nous nous excusons. J'ai eu l'occasion de parler à certains d'entre vous aujourd'hui - vous méritiez mieux et nous regrettons profondément l'impact que nos actions et nos inactions ont eu et continuent d'avoir sur vos vies, a lancé M. Ramer en point de presse, mardi.

C’est un rapport très difficile à lire. C’est un moment très sombre pour la police de Toronto.

Une citation de :James Ramer, chef du Service de police de Toronto

Comme recommandé par la juge Epstein, le nombre d'enquêteurs de l'unité des personnes disparues de la police de Toronto passera de quatre à huit.

Le Service de police s'engage aussi à veiller à ce qu'un coordonnateur des personnes disparues soit affecté à couvrir chaque secteur de la ville.

Le corps policier évalue actuellement qui et comment intégrer des citoyens dans le travail de l'Unité des personnes disparues pour fournir des services de soutien spécialisés aux proches de ceux qui ont disparu.

La surintendante Pauline Gray, chef de l'Unité des homicides et des crimes sexuels, codirigera une équipe de planification et de mise en place.

Un chef de police.

Le chef de police James Ramer dit vouloir mettre en place les recommandations dès que possible.

Photo : Radio-Canada

Le chef de police James Ramer a reconnu, mardi, les erreurs commises, les échecs du processus et les lacunes [du] Service de police de Toronto qui accepte la responsabilité de ces problèmes systémiques.

Nous travaillions isolés. Nous ne partagions pas d'informations au sein même de l'organisation, dit M. Ramer. Il ajoute que le corps policier ne collabore pas assez avec les membres de la communauté sur le terrain et souhaite miser sur ces relations pour réinstaurer la confiance du public.

Ce succès dépendra de l'amélioration des relations entre la police, les communautés LGBTQ2S+ et d'autres communautés, écrit le maire de Toronto, John Tory. Selon lui, ce rapport contribue à apporter des réponses à de nombreuses questions que le public a légitimement posées au sujet de ces tragédies.

En plus d'avoir rencontré 235 personnes dont 55 policiers, le comité d'examen a épluché plus de 86 000 pages de documents concernant notamment des pratiques et des politiques au sein du corps policier.

Le rapport de cet examen indépendant devait initialement être publié avant la fin du mois de janvier 2021.

Avec des informations de CBC News

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