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« Un jour sombre » pour l’éducation en français à Sudbury

Le centre étudiant de l'Université Laurentienne.

De nombreux étudiants ont appris lundi l'abolition de leur programme d'études. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Plusieurs membres de la communauté franco-ontarienne, des étudiants et des politiciens se disent choqués par l’abolition de nombreux programmes en français à l’Université Laurentienne. Selon eux, il s'agit d'un processus opaque et sans consultations.

 On est désolés de voir ce qui se passe aujourd’hui , affirme d’entrée de jeu Denis Constantineau, porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université francophone.

On perd des membres de la communauté qui contribuent à la vitalité financière de Sudbury, affirme-t-il au sujet des nombreux professeurs qui perdent leur emploi. On perd des programmes, des professeurs et des services en français qui font partie du tissu de notre communauté.

Yalla Sangaré, professeur en sciences administratives à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse et trésorier de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU), est outré par la nouvelle.

Ces femmes et ces hommes-là qui ont perdu leur emploi, j’ai une pensée pour eux.

Nous avons des craintes très sérieuses, car l’Université Laurentienne est presque unique en Amérique du Nord, parce qu’elle dessert les Premières Nations, les francophones et les anglophones, et on est en train de la détruire sous nos yeux.

Une citation de :Yalla Sangaré, trésorier de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université

M. Constantineau ajoute que les professeurs partagent leur savoir et leur expertise avec les organismes de Sudbury et du Moyen-Nord de l’Ontario.

La députée néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas, abonde dans le même sens. Elle note que les professeurs sont souvent très impliqués dans la communauté, en assistant à des concerts ou en siégeant à des conseils d’administration.

Une femme accorde une entrevue via visioconférence.

La députée provinciale néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas.

Photo : Radio-Canada

M. Constantineau et Mme Gélinas sont déçus de voir que les programmes en français ont été coupés seulement en raison de leur coût, sans prendre le temps de discuter avec la communauté.

C’est un choc, c’est dur à écouter, à comprendre. Je ne peux pas croire qu’on est rendu là.

Une citation de :France Gélinas, députée néo-démocrate de Nickel Belt

Le député libéral de Sudbury, Paul Lefebvre, affirme qu’il s’agit d’une journée difficile, alors qu’il connaît personnellement plusieurs personnes qui ont perdu leur emploi.

L’Université Laurentienne est un moteur économique important et les programmes en français assurent la pérennité de notre communauté, a-t-il déclaré en entrevue à la radio.

Des étudiants consternés

Baba Fofana, étudiant en science de l’éducation, ne comprend pas pourquoi ce sont les professeurs qui subissent les conséquences de la mauvaise gestion.

Pourquoi en vient-on à une telle restructuration en limogeant des enseignants qui ne sont pas à la base de ce qui se passe à l’Université Laurentienne? Ce sont des victimes collatérales.

Une citation de :Baba Fofana, étudiant en science de l’éducation

Tout comme Denis Constantineau, Baba Fofana déplore la perte de l’expertise détenue par les professeurs francophones.

Dominic Bélisle, finissant en sciences politiques, se désole aussi de voir plusieurs enseignants avec qui il a développé des liens pendant ses quatre années d'études perdre leur emploi.

Il est aussi triste pour les étudiants qui doivent soudainement changer leur plan et possiblement s’expatrier pour poursuivre leurs études.

Maël Bisson, étudiant en 2e année en théâtre, envisage de ne pas terminer sa session. Il avait commencé il y a quelques semaines des démarches pour s’inscrire à l’Université de Moncton. Il n’y a plus rien ici.

C’est l’exode ou l’assimilation des Franco-Ontariens.

Une citation de :Maël Bisson, étudiant en théâtre

Il craint aussi un déclin de la culture francophone dans la région de Sudbury, sans programme artistique en français.

Pierre-Clavier Atta, étudiant en science de l’éducation, n’a pas baissé les bras et compte manifester pour dénoncer cette injustice.

Pour prendre ce genre de décision, il faut consulter la communauté, explique-t-il.

Le besoin d’une université francophone

Selon M. Constantineau, l’abolition d’autant de programmes en français montre que l'Université Laurentienne n’a pas à cœur la communauté francophone.

Un homme devant un classeur et un drapeau.

Denis Constantineau, porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université francophone.

Photo : Radio-Canada

Je n’ai aucune idée comment on [respecte nos obligations] envers la communauté lorsqu'on sabre les programmes en français, note-t-il.

Il croit toutefois que cela pourrait donner du vent dans les voiles au projet de la Coalition de créer une université francophone dans le Moyen-Nord.

Ça pourrait en convaincre plusieurs que l’avenir de l’enseignement postsecondaire est dans une institution qui nous appartient, qui nous ressemble.

Une citation de :Denis Constantineau, porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université francophone

La Coalition veut que les programmes francophones de l’Université Laurentienne soient transférés à l’Université de Sudbury, qui s’est engagée à devenir unilingue francophone.

Le temps des institutions bilingues est révolu, conclut-il.

Entrée d'un bâtiment de l'Université de Sudbury

L'Université de Sudbury, fondée en 1913, était membre de la fédération de l'Université Laurentienne depuis les années 1960.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Le projet de la Collation a d’ailleurs reçu l’appui du NPD fédéral, qui interpelle le premier ministre Justin Trudeau.

Dans une lettre, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, le chef adjoint, Alexandre Boulerice, et la députée d’Algoma—Manitoulin—Kapuskasing, Carol Hughes, demandent à M. Trudeau de soutenir la Coalition.

Nous vous demandons d’aider ces communautés à concrétiser leurs aspirations en offrant la part de financement fédéral nécessaire au projet de transformation de l’université de Sudbury.

Une citation de :Nouveau Parti démocratique fédéral

En entrevue avec Radio-Canada, M. Boulerice a rappelé que le fédéral a des responsabilités concernant l’éducation postsecondaire ainsi que pour les communautés linguistiques en milieu minoritaire.

J’appelle la ministre Mélanie Joly à intervenir le plus tôt possible, dit-il.

Dans une déclaration écrite, l’attaché de presse de la ministre Joly assure que le dossier est suivi de près et que la porte est ouverte à une aide financière.

Le député de Sudbury, Paul Lefebvre ne s’avance pas trop pour l’instant, car le processus judiciaire est encore en cours, mais affirme que le gouvernement fédéral est prêt à discuter avec la province des solutions potentielles.

Un processus inadéquat et opaque

Yalla Sangaré et France Gélinas craignent que d’autres institutions d’enseignement se tournent vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) à la suite du précédent créé par la Laurentienne.

Je serais déçue, mais pas très surprise que l’Université Laurentienne était la première et qu’on en voit d’autres qui utilisent un processus complètement aveugle au mandat d’une université, confie Mme Gélinas.

Le processus est fait pour le secteur privé. Tout est secret, note M. Sangaré. C’est ce qui nous inquiète. Les gens du sénat de l’Université ne pouvaient pas parler.

Portrait de Yalla Sangaré.

Yalla Sangaré est directeur du département des sciences administratives à l'Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse.

Photo : ACPPU

On a travaillé fort pour avoir ces programmes-là en français à la Laurentienne et puis là d’un coup tout est parti et on n’a pas un mot à dire, déplore pour sa part Mme Gélinas.

Le premier ministre ne doit pas se cacher derrière le processus pour les créditeurs. Ce n’est pas un processus qui a été fait pour des institutions publiques.

Doug Ford doit prendre ses responsabilités, ajoute la députée de Nickel Belt. Son gouvernement est responsable d’assurer l’équité d’accès à la formation universitaire aux francophones.

Il permet à un processus à huis clos de nous enlever des droits.

Une citation de :France Gélinas, députée provinciale de Nickel Belt

Mme Gélinas préférerait ne pas avoir à se tourner vers les tribunaux, mais qu’elle serait prête à le faire si nécessaire.

M. Sangaré ajoute que les institutions d’enseignement francophones en milieu minoritaire ont besoin d’un financement stable.

Le trésorier de l’ACPPU souligne que l’Ontario est la province qui finance le moins ses universités, toutes proportions gardées. On peut voir maintenant les effets désastreux du sous-financement.

Dans un communiqué, l’Université d’Ottawa a exprimé sa solidarité avec les membres de la communauté de l’Université Laurentienne.

Nous lançons aujourd’hui un appel aux gouvernements provinciaux et fédéral afin de revoir et d’accroître le financement des universités francophones ou bilingues en milieu minoritaire.

Une citation de :Communiqué de l'Université d'Ottawa.

La province se défend

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a déclaré qu'il est très préoccupant et regrettable que l'Université Laurentienne ait dû prendre des mesures aussi radicales pour remettre ses finances en ordre.

Nous suivons la situation de près. Notre priorité est la continuité de l'apprentissage pour les étudiants de la Laurentienne.

Une citation de :Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones de l'Ontario

Dans un courriel, le bureau de la ministre affirme que l’Université Laurentienne a reçu près de 80 millions de dollars par année du gouvernement provincial et que l’institution reçoit relativement plus d'argent que les autres universités.

Les subventions fournies par le ministère des Collèges et Universités représentaient plus de 40 % du revenu total de la Laurentienne en 2019-20, comparativement à une moyenne de 23 % pour l'ensemble du secteur des universités, peut-on lire.

La ministre assure que le gouvernement continuera à soutenir l’accès à une éducation de qualité aux Franco-Ontariens.

Avec les informations de Bienvenu Senga, Priscilla Pilon, Sophie Houle-Drapeau, Éric Robitaille, et Thomas Gerbet

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