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Ruisseau Osisko : les infractions environnementales se poursuivent pour la Fonderie Horne

Un ruisseau dont la couleur de l'eau est verdâtre.

Le ruisseau Osisko se jette dans le lac Rouyn.

Photo : Radio-Canada

La Fonderie Horne continue de faire face à un problème de toxicité dans son effluent numéro 12, celui qui se déverse dans le ruisseau Osisko pour ensuite atteindre le lac Rouyn.

Ce problème, récurrent depuis plusieurs années, est connu, puisque le ministère de l’Environnement émet des avis de non-conformité environnementale concernant un dépassement de la norme de toxicité à l'effluent no 12, un des 4 effluents de la fonderie.

Un effluent est en fait de l’eau provenant du site d’une entreprise et qui se déverse ensuite dans d’autres cours d’eau. L’effluent no 12 de la Fonderie Horne se déverse dans le ruisseau Osisko, qu’on peut apercevoir à partir de la piste cyclable Osisko, pour ensuite atteindre le lac Rouyn.

Pour éviter que des contaminants se retrouvent dans le bassin versant, les entreprises doivent respecter des normes au niveau des métaux, du ph, de l'alcalinité, mais aussi de la toxicité.

Pour mesurer cette toxicité, un échantillon d’eau est prélevé à l’effluent puis on y insère 10 truites et 10 daphnies (un petit crustacé).

Il ne faut pas que le taux de mortalité soit supérieur à 50 %. Si c’est au-delà de 50 %, ça veut dire que le niveau de létalité est aigu et donc ne respecte pas la directive à l’effluent final, nous explique la directrice adjointe du Conseil régional de l'environnement de l’Abitibi-Témiscamingue, Bianca Bédard.

Le problème récurrent pour la Fonderie Horne sont les daphnies, qui ne survivent pas à l’eau de l’effluent.

Ces deux espèces reflètent les espèces qu’on retrouve dans le milieu naturel parce que ces effluents se rejettent dans l’environnement, évidemment, donc si les daphnies meurent, c’est qu’il y a d’autres organismes vivants dans la nature qui seraient fortement impactés, estime Bianca Bédard, qui déplore que la situation perdure depuis des années sans qu’une solution n’ait été trouvée.

C’est certain que c’est toujours inquiétant, car il y a de l’accumulation dans l’environnement dans ce secteur, alors oui ça m’inquiète, puis ce qui m’inquiète davantage, c’est qu’on ne soit pas capable de régler le problème et qu’on n’agisse pas vraiment au ministère de l’Environnement. C’est un peu le statu quo, alors je me demande bien jusqu'où on pourra étirer cet élastique-là, ajoute Bianca Bédard.

La Fonderie Horne toujours à la recherche de solutions

La surintendante en environnement à la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda, Marie-Élise Viger, nous a fait savoir que l’entreprise planche sur un nouveau projet afin de régler la problématique de toxicité. Elle précise aussi qu’en plus de recevoir l’eau provenant de la Fonderie Horne, l’effluent reçoit aussi des eaux du parc industriel et de sites abandonnés à proximité.

On a eu plusieurs études pour cibler quelle est la cause de cette toxicité, malheureusement aucune des études n’a réussi à cibler exactement quelle est la cause. Par contre, ils ont identifié trois paramètres qui peuvent contribuer à la survie de la daphnie : l’alcalinité, le ph, et le cuivre, affirme Marie-Élise Viger.

Un ruisseau aux couleurs verdâtres.

Le ruisseau Osisko, près du lac Rouyn, est l'un des effluents de la Fonderie Horne.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Elle précise que l’alcalinité et le ph permettraient la survie de la daphnie, mais les normes environnementales ne seraient plus respectées. La fonderie Horne compte donc s’attaquer à la quantité de cuivre présente à l’effluent.

Si on baisse de façon substantielle la présence de cuivre et d’autres métaux comme le zinc, on a un gain sur la survie de la daphnie. Même si on respecte en ce moment les normes au niveau du rejet du cuivre, ça peut être problématique pour la daphnie, donc c’est sur ce paramètre qu’on concentre nos efforts, affirme la surintendante en environnement.

Le projet consiste à tester le meilleur traitement pour le cuivre et les autres métaux, en plus de construire une structure de confinement pour permettre un meilleur temps de rétention afin que les produits aient suffisamment de temps pour interagir avec les métaux. La question est de savoir si cette nouvelle tentative sera la bonne pour la Fonderie Horne.

Pour nous, le projet est crucial et on a plusieurs équipes qui travaillent sur le sujet. On est confiant que ce projet va permettre d’abattre le cuivre de façon substantielle, donc c’est certain qu’il y aura des gains pour la daphnie. On espère bien que le problème sera résolu avec ça, affirme Marie-Élise Viger.

Le rôle du ministère de l’Environnement

Chaque année, le ministère de l’Environnement émet des avis de non-conformité environnementale aux entreprises, organismes ou municipalités qui ne respectent pas certaines normes environnementales.

62 avis ont été émis dans la région en 2020. L’entreprise qui arrive au sommet de ce palmarès pour une troisième année consécutive est la Fonderie Horne, avec six.

L'entrée de la fonderie Horne vue de la rue.

La fonderie Horne, à Rouyn-Noranda (achives)

Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Luneau

Le ministère de l’Environnement a refusé notre demande d’entrevue. Par courriel, l’organisation nous a simplement répondu que les suites qui sont données à un dossier tiennent en compte plusieurs facteurs, dont le degré de gravité des conséquences et l’historique du dossier.

Le ministère nous précise aussi que lorsque les manquements perdurent, comme c’est le cas de la Fonderie Horne, le ministère peut imposer une sanction administrative pécuniaire, effectuer une enquête en vue de poursuites pénales ou entreprendre des recours civils.

On a eu des amendes en 2019, on n’en a pas eu en 2020 pour le moment, ça ne veut pas dire qu’on n’en aura pas, mais c’est un dossier qu’on travaille beaucoup avec le ministère, on a des rencontres trimestrielles avec eux pour leur présenter l’avancement du projet, affirme la surintendante en environnement à la Fonderie Horne, Marie-Élise Viger.

D’autres entreprises visées par des avis de non-conformité

Plusieurs autres entreprises ont reçu des avis de non-conformité environnementale en lien avec leurs effluents. C’est le cas de Nunavik Nickel, la mine Géant Dormant, Rayonier à Témiscaming, Ressources Nippon, North American Lithium et Boralex à Senneterre.

Une affiche indique Matérieux innovants Rayonier Advanced materials Témiscaming.

L'usine de Matériaux innovants Rayonier à Témiscmaing (archives)

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Dans la plupart des cas, il ne s’agit pas de problèmes récurrents et le ministère assure qu’un suivi est toujours effectué.

La directrice adjointe du Conseil régional de l'environnement de l’Abitibi-Témiscamingue, Bianca Bédard, estime par ailleurs que la situation s’améliore dans l’industrie minière.

Si on fait un parallèle sur le nombre de minières qui en ont reçu versus le nombre de minières en activité, ça pourrait être pire. Je ne dis pas que c’est un beau bilan, mais si on se rappelle dans les premières années de la mine Canadian Malartic, elle avait eu des centaines d’avis de non-conformité, là elle en a quelques-uns, mais c’est beaucoup moins pire, affirme Bianca Bédard.

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