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Envoyé spécial

Le plus vieux service de livraison de nourriture de l'Inde menacé par la pandémie

Urjit sur son vélo.

Urjit est l'un des chanceux dabbawalas qui ont encore un emploi. Sur les 250 livreurs de son quartier, près de la gare de train Grant Road dans le Grand Mumbai, il n'en reste plus que 40 à cause de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Philippe Leblanc

MUMBAI, Inde – La deuxième vague de la pandémie balaie l'Inde, qui est maintenant le principal foyer d'éclosion de la planète. Le pays établit des records de nouveaux cas quotidiens presque chaque jour depuis deux semaines. En raison du couvre-feu et de restrictions sanitaires, la pandémie menace aussi les dabbawalas, qui constituent le plus vieux service de livraison de nourriture de la ville.

Ils sont moins nombreux aujourd'hui, mais avant la pandémie, jusqu'à 5000 livreurs à vélo provenant de milieux modestes allaient chercher la nourriture préparée à la maison pour l'apporter ensuite sur les lieux de travail. On les appelle les dabbawalas.

Coiffé de son chapeau blanc de dabbawala, Urjit se faufile à vélo entre les voitures du centre-ville congestionné. Il sillonne les rues chaque matin pour récupérer des boîtes à lunch. C'est son quotidien depuis 14 ans.

Je suis habitué à tout ça, dit-il, c'est un jeu d'enfant. Je ne tiens pas en place lorsque je ne travaille pas sur mon vélo.

Philippe Leblanc en Inde

Pendant six semaines, notre nouveau correspondant en Asie sillonne l'Inde pour nous raconter le deuxième pays le plus peuplé de la planète. Retrouvez tous ses reportages dans notre dossier spécial. Suivez-le aussi sur Facebook (Nouvelle fenêtre), Twitter (Nouvelle fenêtre) et Instagram (Nouvelle fenêtre) pour voir les coulisses de ses tournages.

Vélos et trains de banlieue au service de la livraison

Le plus vieux système de livraison de nourriture du monde a 125 ans. Contrairement à leurs compétiteurs modernes, les dabbawalas continuent de livrer des plats cuisinés à la maison plutôt que des plats des restaurants.

Pour 800 roupies par mois, soit environ 14 $, un client reçoit chaque jour sa boîte à lunch au bureau dans l'agglomération du Grand Mumbai.

Le vaste réseau de trains de banlieue, normalement bondés avant la pandémie, est une partie essentielle de la vie de la région. C'est aussi un maillon important du système de dabbawalas. Après avoir été récupérées, les boîtes à lunch sont assemblées à la gare de train, livrées à leur gare de destination puis récupérées par d'autres livreurs.

une femme tend un sac à un homme au pas de la porte.

Le plus vieux service de livraison de nourriture de l'Inde menacé par la pandémie

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

Une dame remet deux boîtes à lunch en tissu gris à Urjit. Elle a préparé du chou-fleur et des petits pois en sauce pour un oncle parti travailler très tôt.

Ma nourriture est meilleure pour la santé que celle des restaurants, déclare-t-elle.

Utiliser les dabbawalas pour des raisons religieuses

Dans un immense pays où la population a appris à vivre avec ses nombreuses différences religieuses et sociales, certaines personnes font appel aux dabbawalas pour s'assurer de respecter les restrictions alimentaires imposées par leur religion ou leur caste.

Des plats sur un bureau.

Urjit a été chercher des plats préparés à la maison puis les a apportés sur le lieu de travail de son client.

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

Un homme d'affaires reçoit sa boîte dans son entreprise de vêtements voués à l'exportation. C'est un adepte de la religion jaïn. Il est donc végétarien, mais ne peut consommer aucun légume cultivé sous le sol.

Ce ne sont pas tous les restaurants qui servent de la nourriture appropriée pour moi, dit-il en déballant ses mets empaquetés dans des contenants de métal. J'utilise les dabbawalas depuis 35 ans et j'ai mangé le même repas chaque midi. C'est ce que j'aime et qui me garde en santé.

Quand l'Université Harvard étudie le modèle dabbawala

L'Université Harvard considère le système des dabbawalas comme un modèle d'organisation logistique. Les livreurs commettent moins de 3,4 erreurs par million de transactions. Avant la pandémie, les dabbawalas effectuaient plus de 200 000 transactions par jour, ce qui correspond à environ 400 erreurs ou retards de livraison par année.

Ça m'arrive de faire une erreur, avoue candidement Urjit, mais j'ai presque toujours le temps de la corriger le jour même. Nous devons livrer les repas à destination entre 13 h et 14 h.

Urjit explique que les livreurs connaissent leurs clients et qu'ils suivent un code très simple à la lettre, pas besoin d'application mobile. Sur chaque boîte à lunch, on peut y lire les stations de train de provenance et de destination, le numéro de l'édifice où le repas sera livré ainsi que le code personnel du livreur.

Un service décimé par la pandémie

Comme beaucoup d'entreprises partout dans le monde, celles des dabbawalas sont menacées par la pandémie.

Urjit touche aujourd'hui la moitié de son salaire prépandémie puisque moins de travailleurs se rendent sur leur lieu d'emploi. Il a dû changer son mode de vie à la maison pour s'ajuster à sa nouvelle réalité et il craint pour sa santé.

Je porte mon masque en tout temps et je me lave les mains avant de rencontrer chaque client, dit-il.

Il est l'un des chanceux qui a encore un emploi. Des 250 livreurs qui travaillaient dans son quartier, près de la gare de train Grant Road, il n'en reste plus que 40.

Le plus vieux système de livraison de nourriture espère se relancer en ajoutant des services. La livraison à domicile de produits de la ferme pourrait être une planche de salut.

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