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Le bain de sang se poursuit au Myanmar

Des manifestants dans la rue au Myanmar.

Des manifestants contre la junte, dont l'un porte un tatouage à l'effigie de la dirigeante emprisonnée Aung San Suu Kyi.

Photo : AP

Agence France-Presse

Des opposants au putsch au Myanmar ont maculé de peinture rouge samedi des rues à Rangoon pour dénoncer la féroce répression des forces de sécurité qui a fait la veille au moins 80 morts à Bago, au nord-est de la capitale économique du pays, tandis que des affrontements se sont produits à l'est et dans le nord.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a été supplié d'agir par des civils birmans et l'ambassadeur birman à l'ONU, Kyaw Moe Tun, limogé par la junte, mais toujours en fonction, qui a imploré : S'il vous plaît, s'il vous plaît, passez à l'action.

Il a réclamé une zone d'exclusion aérienne pour contrer les raids du régime contre des minorités, avec des sanctions contre la junte et un embargo sur les armes.

Des affrontements avec l'armée ont éclaté samedi dans la ville de Tamu (nord-ouest), près de la frontière avec l'Inde, lorsque des soldats sont intervenus pour démanteler des barricades.

De jeunes hommes et femmes qui portent des masques chirurgicaux manifestent dans la rue. Certains ont trois doigts levés dans les airs, symbole de la résistance.

De jeunes protestataires se sont rassemblés pour manifester dans les rues de Rangoon.

Photo : Associated Press

L'armée a tiré à balles réelles, tuant deux civils, selon une témoin. Des manifestants ont riposté en lançant un engin explosif dans un camion de l'armée, tuant une douzaine de soldats, selon la même source.

Nous craignons maintenant des représailles, a déclaré cette femme à l'AFP, en ajoutant que les habitants de Tamu se battent pour en finir avec la dictature.

Les violences ont gagné aussi samedi l'État Shan (nord), où l'Armée de libération nationale Ta'ang (TNLA) a attaqué un commissariat, selon le brigadier général de la TNLA Tar Bhone Kyaw, qui a refusé de donner davantage de détails.

Une douzaine de policiers ont été tués dans cette opération, les rebelles mettant le feu au commissariat, selon des médias locaux.

L'armée a riposté avec des frappes aériennes, tuant au moins un rebelle, selon la TNLA.

La main d'une personne dont trois doigts sont levés dans les airs.

Le symbole adopté par les protestataires pour manifester leur soutien à la résistance contre la junte

Photo : Associated Press

Parallèlement, la condamnation à la peine capitale de 19 personnes au Myanmar pour des faits de droit commun – dont 17 par contumace –, une première depuis le coup d'État du 1er février, a été dénoncée samedi par l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Ces personnes ont été condamnées par une cour martiale pour vol ou meurtre après des arrestations dans le bidonville d'Okkalapa Nord (banlieue de Rangoon), selon des médias locaux.

Les militaires sont prêts à retourner au temps où des gens étaient exécutés au Myanmar, soit plus de 30 ans en arrière, a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint du département Asie de HRW.

La ministre norvégienne des Affaires étrangères, Ine Eriksen Soreide, a exhorté le Myanmar dans un tweet à ne pas exécuter ces sentences, à faire cesser la violence et à permettre à l'envoyée de l'ONU de se rendre sur place.

La sourde oreille

L'émissaire de l'ONU pour le Myanmar, Christine Schraner Burgener, a entrepris vendredi en Thaïlande une tournée asiatique devant la conduire aussi en Chine et dans des pays de l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), qui devrait tenir le 20 avril à Jakarta un sommet d'urgence.

Le Myanmar, lui, continue de refuser de l'accueillir.

Samedi, des manifestants ont jeté dans les rues du centre de Rangoon, près de la pagode Shwedagon, de la peinture écarlate et des tracts dans le cadre d'une initiative nommée Mouvement rouge.

Montrons que nous ne permettrons pas au régime dictatorial de nous gouverner, a lancé un étudiant sur Facebook.

Plus de 80 morts à Bago

Des détails ont filtré samedi sur la journée de violences la veille à Bago (65 km au nord-est de Rangoon) qui a poussé des habitants à se réfugier dans des villages voisins.

Plus de 80 manifestants contre le coup d'État ont été tués par les forces de sécurité à Bago vendredi, a déclaré samedi soir l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Les forces de l'ordre ont empêché les secouristes de récupérer les corps, a déclaré un habitant à l'AFP.

Ils ont empilé tous les cadavres, les ont chargés dans leur camion militaire et les ont emportés, a dit cet habitant, précisant que les autorités ont ensuite arrêté des gens aux alentours.

Depuis le coup d'État militaire du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, le Myanmar est secoué par des manifestations dans lesquelles au moins 618 civils ont été tués, selon l'AAPP.

La junte qualifie les victimes de terroristes et comptabilise 248 morts depuis le 1er février. Malgré le bain de sang, manifestations et grèves se poursuivent.

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