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Ce re-reconfinement qui pèse lourd sur la santé mentale

Un agent municipal vêtu d'un gilet jaune regarde des personnes assises dans un parc.

Un agent municipal surveille le respect des mesures de distance physique au parc Trinity Bellwoods, à Toronto, lieu prisé des retrouvailles sociales.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Maud Cucchi

La semaine de relâche, tant réclamée puis reportée, usurpe-t-elle son nom? Relâche de quoi? Pas des mesures sanitaires, resserrées, ni de l’état d’urgence, déclaré à nouveau.

Il ne faut surtout pas baisser la garde, répète Doug Ford dès que l’occasion se présente. À une période de l’année où l’étau de l’hiver se desserre enfin, la santé mentale de la population est mise à rude épreuve par le reconfinement.

Comment garder le moral tout en restant lucide? Entre thérapie douce et traitement choc, la recherche académique nous donne quelques pistes.

Le verbe latin vacare dont dérivent nos vacances signifie : être vide, libre. Une attitude difficile à adopter dans un contexte de confinement où les injonctions se succèdent, constatent à leur tour des chercheurs contactés par Radio-Canada.

On aurait pensé que la semaine de relâche allait permettre de faire plus d’activités, reconnaît Nafissa Ismail, professeure agrégée de psychologie à l'Université d'Ottawa. La nouvelle donne sanitaire a complètement brouillé les attentes.

Nafissa Ismail.

Nafissa Ismail, professeure agrégée de psychologie à l'Université d'Ottawa

Photo : Avec l'aimable autorisation de Nafissa Ismaïl

Mais après tout, les situations sont stressantes parce qu’on les perçoit comme telles, relativise la professeure. Quant aux enfants, bien souvent, tout ce qu’ils veulent, c’est de passer du temps avec leurs parents. La simplicité, par la force des choses, pousserait-elle à réévaluer les priorités des familles?

Il ne faut pas oublier qu’on vit un moment historique dont nos enfants vont se rappeler toute leur vie, alors essayons de leur donner des souvenirs un peu positifs de cette situation.

Une citation de :Nafissa Ismail, professeure agrégée de psychologie à l'Université d'Ottawa

Ses conseils? Être créatif, [s’évertuer à] rester optimiste, passer des moments tranquilles, trouver du temps pour participer à des activités en famille, apprendre à apprécier les petits moments. Si on y arrive, on va être capable de contrer le stress et de développer une résilience qui va nous permettre de mieux gérer la situation.

Dégâts chez les plus jeunes

Les effets délétères du confinement sur le moral des jeunes ont été documentés dans une étude (Nouvelle fenêtre) effectuée après la première vague de la pandémie. Près de la moitié des sondés ont mentionné avoir souffert d’isolement et de solitude, à cause de l'absence de rassemblements sociaux ou de la fermeture des écoles.

Trois jeunes enfants assis sur un divan regardent l'écran d'un ordinateur portable.

Les recherches de Statistique Canada suggèrent qu’environ 36 % des jeunes étaient très ou extrêmement inquiets du stress familial dû au confinement.

Photo : Getty Images / Ute Grabowsky

Un an plus tard, les recommandations de cette étude restent valides, affirme la Dre Mary Bartram, directrice à la Commission de la santé mentale du Canada.

C’est toujours un compromis entre les inquiétudes liées à la santé publique et la santé mentale, mais aussi le besoin d'avoir des contacts sociaux, observe-t-elle. Cet équilibre est toujours examiné à la loupe, remis en question par la situation sanitaire.

Les jeunes traversent une période difficile – surtout les enfants. Les encourager à avoir des contacts sociaux en respectant les mesures sanitaires, ça va être important avec ce nouveau confinement.

Une citation de :Dre Mary Bartram, directrice à la Commission de la santé mentale du Canada

À ses yeux, garder les écoles ouvertes reste encore la meilleure solution pour rendre possible l’indispensable socialisation des jeunes de façon sécuritaire au sein d’un environnement avec une surveillance des mesures sanitaires.

Urbanisme et bien-être

Les villes aussi pourraient contribuer à offrir des lieux de rencontre plus sécuritaires, dans les circonstances. Puisque de nombreux citadins y sont confinés, comment rendre les espaces urbains plus agréables? s'interroge Pierre Filion, professeur émérite à l'école d'urbanisme de l'Université de Waterloo.

Un taxi roule sur l'avenue Spadina, au centre-ville de Toronto.

Pour le professeur émérite Pierre Filion, il faudrait repenser les villes à l'aune de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Dans les villes à forte densité comme Toronto, les trottoirs ne sont pas assez grands, illustre-t-il. Comme la majorité des métropoles, Toronto n’en fait pas assez dans les circonstances actuelles.

À l'heure où les citadins se réapproprient leur quartier, le professeur appelle à une refonte de la philosophie nord-américaine en matière d'urbanisme, où l’espace privé et intérieur domine.

Perspectives aux antipodes

Si, d’un point de vue psychologique, le relâchement de quelques semaines autorisé en Ontario a offert une soupape pour décompresser avec l’impression furtive d’un retour à la normale (l’Ontario a à cœur la santé mentale de sa population dixit Nafissa Ismail), d’un point de vue épidémiologique, le reconfinement a été décidé bien trop tardivement, dénonce Timothy Sly.

On est dans une situation d’urgence, tellement de gens meurent!, s’emporte l’épidémiologiste de l'Université Ryerson, à Toronto.

Ça n’est pas une bonne idée de freiner à fond et de relâcher deux semaines plus tard, puis de nouveau freiner encore et encore, dit-il. On doit penser avec un temps d’avance.

Si l’on veut comparer avec le hockey, on patine en fonction de la direction que prendra la rondelle et pas où elle se trouve, sinon c’est trop tard. Malheureusement, le Québec et l’Ontario ont fait la même erreur. On est en retard et on en ressent les conséquences.

Une citation de :Timothy Sly, épidémiologiste à l'Université Ryerson

Quid de l’impérieux besoin de retrouver ses congénères autrement que virtuellement? Soit, on peut laisser les gens se retrouver dans les parcs, concède-t-il, mais pas de proximité au sein des groupes.

Et pour convaincre les récalcitrants, qu’il n’hésite pas à qualifier d’idiots finis, il suggère à la province de placarder sur les abribus des affiches de malades de la COVID-19 intubés et à l’article de la mort.

Refuge dans la nature

La régulation émotionnelle, pas toujours évidente dans le contexte anxiogène, pourrait aussi passer par le contact avec la nature, préconise la professeure en psychologie Nafissa Ismail.

D’abord, le soleil permet d’augmenter les taux de sérotonine, rappelle-t-elle, ce qui joue un rôle dans notre humeur et dans la régulation de nos émotions.

En outre, les bruits de la nature – chants des oiseaux, bruissement du vent dans les arbres – ont un effet très relaxant. Ce sont des sons primitifs qui ont été présents tout au long de notre évolution, souligne la professeure, des sons réconfortants et qui peuvent contribuer à nous faire oublier la situation dans laquelle nous nous trouvons.

En vacances, il faut aussi tourner le dos aux allées ratissées des vies au cordeau et tendre l'oreille différemment.

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