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Découragé, le milieu culturel veut garder les salles ouvertes malgré tout 

Des sièges vides dans une salle

Le théâtre Duceppe à Montréal

Photo : Facebook/Duceppe - DANNYT

Fanny Bourel

Passé la surprise des annonces de nouvelles restrictions concernant les villes en zone rouge, le milieu des arts de la scène se relève une nouvelle fois les manches pour s’y adapter. Quant aux cinémas, certains évaluent leur capacité à garder leurs portes ouvertes. 

Sentiment d’impuissance, désarroi, fatalisme et résignation. Ce sont les mots qui reviennent dans la bouche de plusieurs personnes évoluant dans le milieu des arts vivants montréalais vendredi, à la suite de l’annonce du retour du couvre-feu à 20 heures à Montréal et à Laval. 

Aprèsavoir passé 48 heures à refaire des plans de salle bouleversés par le passage de la distance minimale entre les membres du public de 1,5 mètre à 2 mètres, il faut désormais tenter d’avancer les heures des représentations et rappeler toutes les personnes ayant acheté des billets, en espérant qu’elles puissent se déplacer plus tôt que prévu. 

C’est remuer le couteau dans la plaie, résume Catherine Voyer-Léger, directrice du Conseil québécois du théâtre (CQT). 

Elle explique que présenter une pièce à 17 h 30 au lieu de 19 h n’est pas toujours possible, car les comédiens et comédiennes, de même que les membres du personnel technique, peuvent être occupés sur des tournages en journée. 

S’ajuster pour une énième fois

Au Centre du théâtre d’aujourd’hui, les 2 heures 30 que dure la pièce Corps titan (titre de survie), qui doit être présentée à partir du 20 avril, compliquent l’organisation de représentations en semaine. L’établissement prendra une décision lundi. 

Pour L’amour est un dumpling, une pièce ne s'étirant que sur 1 heure et demie, le théâtre Duceppe a décidé d’opter pour des représentations à 17 h 30 en semaine. 

L’important est de demeurer ouvert et d’être résilient, a expliqué David Laurin, son codirecteur artistique. 

On se rattache beaucoup au fait qu’on sent que les gens ont besoin de venir voir des spectacles et qu’il n’y a jamais eu d'éclosion dans nos salles.

Une citation de :David Laurin, codirecteur artistique du théâtre Duceppe

Le théâtre montréalais Aux Écuries, qui présente à partir de mardi sa nouvelle pièce, Comment épouser un milliardaire, a bien envisagé de fermer ses portes le temps que la troisième vague de la pandémie passe.

Nous avons pensé à fermer, mais par solidarité avec l'artiste qui a travaillé si fort pour être prête pour son solo, nous nous réorganisons pour une troisième fois afin de donner des représentations à 17 h 30, raconte Marcelle Dubois, la directrice générale et membre du collectif de direction artistique. 

C'est un peu fou. On ne sait pas si les spectateurs pourront s'y présenter. Sinon, ce sera à nouveau la valse des remboursements.

Des contraintes financières

Du côté des salles indépendantes, l’heure est aux discussions avec les producteurs des spectacles et concerts qui y sont programmés. 

On va faire de notre mieux pour ouvrir dans les meilleures conditions possibles, souligne Michel Sabourin, porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ). 

On doit essayer de faire contre mauvaise fortune bon cœur, on le doit au public et aux artistes.

Une citation de :Michel Sabourin, président du Club Soda

En mai, le Club Soda, que dirige Michel Sabourin, doit accueillir Arnaud Soly. Ce n’est pas évident de faire un spectacle d’humour à 17 h devant des gens masqués qui ne sont pas nombreux dans la salle, ajoute-t-il. 

Le Cabaret du Lion d’or, rue Ontario à Montréal, évalue la viabilité financière de son modèle. Cette petite salle avait, en effet, choisi de multiplier les représentations dans une même soirée pour continuer à présenter des spectacles malgré la jauge réduite.

Une fermeture à 20 h nous empêche de donner les représentations qui sont nécessaires pour qu'une soirée soit viable au Lion d’or, a fait valoir Sara Castonguay, la gérante de la salle. 

L’attente du prochain budget fédéral

Plusieurs cinémas se demandent s’ils vont continuer ou non à projeter des films. C’est clair qu’il y en a qui vont le faire, précise Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma (CSCQ). La traversée du désert est plus longue que prévu.

Le cinéma Beaubien, situé à Montréal, poursuivra son activité, malgré l’annulation de la dernière séance de la journée pour permettre aux cinéphiles de rentrer à la maison avant le couvre-feu. 

Ces nouvelles restrictions ne font que renforcer les inquiétudes du secteur des arts vivants à plus long terme. On craint l’effritement du lien avec le public, dit Julie-Anne Richard, la directrice générale de RIDEAU, l'association professionnelle des diffuseurs de spectacles. Va-t-il se tanner d’acheter des billets sans cesse modifiés?

La peur de manquer d’argent stresse également les salles indépendantes, car ce sont les entreprises de production avec lesquelles elles travaillent qui touchent l’aide gouvernementale à la billetterie. Sans aide financière, je ne vois pas comment une salle comme la mienne, et comme la plupart des autres salles indépendantes, pourrait survivre, soulève Sara Castonguay. 

Ma plus grande angoisse est le budget fédéral qui s’en vient, ajoute Michel Sabourin. Est-ce qu’il y a aura de l’argent pour les arts de la scène?

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier

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