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À Saint-Lin–Laurentides, la pandémie profite à la réinsertion sociale

Le traiteur Buffet Accès Emploi développe de nouveaux marchés pour aider plus de personnes marginalisées.

Trois personnes découpent des légumes à une table de travail.

Des participants du programme au travail

Photo : Radio-Canada

Marie-Claude Morin

Manon Riel vivait de l'aide sociale depuis ses 18 ans. Maintenant au début de la cinquantaine, elle suit une formation d'aide-cuisinière au Buffet Accès Emploi.

Ça va tout changer! Je réintègre le marché du travail tranquillement. Je veux vraiment m'en sortir et être une bonne citoyenne, témoigne-t-elle.

Manon Riel pèse des légumes.

Une participante du programme de formation, Manon Riel

Photo : Radio-Canada

Elle n'est pas la seule à apprécier les services du Buffet Accès Emploi. L'organisme de Saint-Lin–Laurentides accueillait avant la pandémie une quinzaine de participants. Ils sont maintenant 25 à suivre la formation d'une durée de six mois.

La clientèle a changé avec la pandémie, raconte Darllie Pierre-Louis, directrice générale de l'organisme depuis 23 ans. Les gens ont le goût de sortir de chez eux et ils voient que c'est une façon de se prendre en main. Ils arrivent le matin et ils sont motivés.

La demande de services a donc augmenté avec la pandémie, alors que les revenus, eux, étaient frappés de plein fouet. En temps normal, la moitié des ventes du Buffet Accès Emploi proviennent d'événements, comme des mariages ou des funérailles.

Darllie Pierre-Louis.

La directrice du Buffet Accès Emploi, Darllie Pierre-Louis

Photo : Radio-Canada

Quand on a vu qu'on perdait 50 %, on a refait un petit peu notre modèle d'affaires, dit Mme Pierre-Louis. La solution retenue? Vendre plus de plats congelés.

L'organisme, qui en préparait déjà pour des personnes âgées, a élargi son offre aux familles de la grande région de Montréal. D'une livraison par semaine (d'un minimum de 18 repas), il est passé à cinq ou six livraisons par jour.

On a développé un marché qu'on n'était pas allé chercher avant et ça fonctionne très bien, explique la directrice.

Le Buffet Accès Emploi a aussi augmenté ses activités dans les écoles (concessions alimentaires) et les CPE (préparation de repas et remplacement d'éducatrices). Ainsi, le recul des revenus a été de 30 % plutôt que de 50 %, ce qui permet de couvrir les coûts d'exploitation et de maintenir les activités.

Un suivi personnalisé pour tous

La majorité des participants sont des mères de famille monoparentale, de jeunes décrocheurs ou d'anciens détenus. Ils n'ont pas été sur le marché du travail depuis de nombreuses années, souvent plus de cinq ans. Environ 70 % d'entre eux recevaient des prestations d'aide sociale, 10 % de l'assurance-emploi et 20 % n'avaient aucun revenu.

Tous bénéficient d'un suivi personnalisé pendant leur formation, puisque l'entrée ou le retour sur le marché du travail demande une grande adaptation, explique Josée Emery, l'une des deux intervenantes psychosociales qui travaillent au Buffet Accès Emploi.

Avoir une structure de vie, se lever à telle heure, manger à telle heure, avoir une pause... Ça a l'air facile pour nous, mais pour eux, c'est difficile. Il faut qu'ils embarquent dans un nouveau mode de vie qu'ils ne connaissent pas.

Une citation de :Josée Emery, intervenante au Buffet Accès Emploi
Josée Emery, intervenante.

Josée Emery, l'une des deux intervenantes psychosociales qui travaillent au Buffet Accès Emploi.

Photo : Radio-Canada

Les participants apprennent aussi à travailler en équipe, à prendre des initiatives et à ne pas laisser leur vie personnelle nuire à leur travail.

Ça nous donne des outils pour nous aider à nous sortir de la "marde". Puis avoir confiance en nous. Je vais pouvoir retourner sur le marché du travail et continuer ma vie dans le bon sens, résume Sébastien Denis.

Un participant au programme, Sébastien Denis.

Sébastien Denis est heureux de pouvoir reprendre sa vie en main.

Photo : Radio-Canada

Les trois dernières semaines du programme sont consacrées à la recherche d'emploi. Les intervenantes aident les participants à rédiger leur curriculum vitae, simulent des entrevues avec eux et les conseillent dans leurs démarches.

Elles suivent les participants pendant trois ans, à raison de trois ou quatre appels par année. Les anciens peuvent les contacter en tout temps.

Des résultats concrets

Annie Pazzi a suivi le programme du Buffet Accès Emploi l'an dernier, quand des ennuis de santé l'ont forcée à quitter sa carrière dans la construction. Elle a tellement aimé son passage dans l'organisme qu'elle y est restée à titre de sous-chef.

Une ancienne participante du programme maintenant employée comme sous-chef.

Annie Pazzi, sous-chef au Buffet Accès Emploi

Photo : Radio-Canada

Elle le dit d'emblée : il faut de la patience et une bonne capacité d'adaptation pour encadrer les participants, qui sont parfois analphabètes.

Cependant, le jeu en vaut la chandelle, selon elle. Je les vois, les résultats! Il y a des gens qu'au premier regard tu ne penserais pas qu'ils vont s'en sortir, mais je les ai vus se trouver des emplois, ces gens-là. Sans problème.

En fait, le principal défi de la directrice générale est de faire patienter les employeurs! Darllie Pierre-Louis dit recevoir au moins un appel par semaine d'une entreprise prête à embaucher des participants.

Nous, notre objectif, c'est qu'ils terminent leur parcours. Il faut que tout soit réglé avant qu'ils arrivent sur le marché du travail : les compétences, mais aussi les attitudes. Autrement, ça ne fonctionne pas, explique la directrice.

Environ 90 % des participants retournent sur le marché du travail après leur passage au Buffet Accès Emploi. De ce nombre, 40 % reprennent aussi leurs études à temps partiel. Trois ans après leur formation, les trois quarts des participants sont toujours actifs sur le marché du travail.

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