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Malgré les variants, toujours peu de cas graves chez les enfants

Même si les hôpitaux à travers le pays comptent désormais une proportion plus grande de jeunes adultes admis pour la COVID-19, les enfants de 0 à 19 ans, eux, demeurent relativement épargnés par la recrudescence de la maladie. Néanmoins, ils représentent des vecteurs importants de transmission, rappellent les spécialistes.

Une mère masquée installe un masque sur le visage de son fils.

Les enfants demeurent relativement épargnés par la pandémie, malgré la multiplication de cas de variants du virus de la COVID-19.

Photo : iStock

Mathieu Gobeil

« Même si on a des variants qui circulent, ce n'est pas une maladie plus grave chez les enfants », tient à rappeler d’emblée la Dre Fatima Kakkar, pédiatre infectiologue au CHU Sainte-Justine, à Montréal.

Quand on entend parler d'un plus grand nombre d'hospitalisations chez les jeunes, on parle des jeunes adultes, donc des gens de 30, 40, 50 ans. Mais ce n'est pas le cas chez les enfants. Ici, à Sainte-Justine, et à travers le Canada, le taux d'hospitalisation chez les enfants reste pareil, précise-t-elle au téléphone.

Il est bien documenté maintenant que les variants du SRAS-CoV-2 sont plus transmissibles chez l’ensemble des groupes d’âge, contribuant à la montée des cas actuellement, et peuvent être plus dangereux chez les adultes que la souche originale de coronavirus.

Toutefois, depuis le début de la pandémie au Canada, la proportion d’hospitalisations d'enfants et d'adolescents par rapport à l’ensemble des groupes d’âge reste à peu près la même, soit environ 1,6 %. Et ce, même s'ils contractent beaucoup le virus.

Au Canada, près d’un cas sur cinq de COVID-19 survient chez les enfants entre 0 et 19 ans, une proportion qui tend à augmenter légèrement depuis les derniers mois. Au Québec, c’est maintenant environ un cas sur quatre. Beaucoup sont asymptomatiques ou présentent très peu de symptômes.

En Grande-Bretagne lors de leur deuxième vague, où le variant B.1.1.7 représentait déjà la grande majorité des cas, ils n'ont pas noté eux non plus de maladies plus sévères chez les enfants, rappelle le Dr Alain Lamarre, professeur et chercheur en immunologie et en virologie à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

D’ailleurs, une grande partie des enfants hospitalisés en ayant la COVID se présentent à l’hôpital pour une autre raison, rappelle la Dre Kakkar. La découverte d’un cas de COVID chez eux est souvent fortuite.

Tous les patients hospitalisés à Sainte-Justine sont dépistés pour la COVID. Donc, si un enfant arrive pour une fracture et qu’il doit rester hospitalisé pour avoir une chirurgie, il va être testé. Et souvent, on découvre la COVID à ce moment-là, l'enfant est complètement asymptomatique, relate-t-elle. Ainsi, environ la moitié des hospitalisations pédiatriques comptabilisées COVID, sont avant tout des hospitalisations pour une autre raison, précise-t-elle.

Quels enfants nécessitent des soins pour la COVID-19?

La Dre Kakkar décrit deux profils types d’enfants qui auront besoin de soins plus importants à l'hôpital.

« Ceux qui ont plus le profil d’un jeune adulte au plan physiologique vont parfois développer la forme aiguë de la COVID. Ils peuvent avoir les mêmes comorbidités que les adultes, comme l'obésité, des problèmes pulmonaires chroniques, de l'hypertension. Mais à date, souligne-t-elle, c'est très rare qu'un enfant aura les mêmes besoins qu'un adulte, par exemple, d'être sur un ventilateur. Ce n’est pas du tout la même maladie que celle qu’on voit chez les adultes, au niveau pulmonaire. »

Ces cas demeurent rares, rappelle-t-elle.

Une personne tient la main d'un malade dans un lit d'hôpital.

Les cas graves de COVID-19 chez les enfants restent rares.

Photo : getty images/istockphoto / gorodenkoff

« L'autre groupe, plus important, est formé d’enfants qui développent le syndrome inflammatoire multisystémique, qui se produit de six à huit semaines après l’infection », décrit-elle. C’est en quelque sorte le système immunitaire qui surréagit.

« Et là, les enfants vont se présenter avec une grosse température, des malaises, et ils peuvent être très malades très rapidement, avec des hypotensions, et peuvent être aux soins intensifs pendant quelques jours, décrit-elle. Mais ce n'est pas une maladie pulmonaire, c'est vraiment une baisse de tension menée par une hyperinflammation en réaction à la COVID. Et ça, ce sont les enfants les plus malades à cause du virus. C’est donc un syndrome qui n’est pas la maladie en soi, mais une réaction post-maladie. »

Ce qui est bien, c'est qu'on a maintenant un bon traitement. Dès qu'on reconnaît ce syndrome, on intervient. Et les enfants récupèrent assez rapidement.

Une citation de :Dre Fatima Kakkar

Depuis le début de la pandémie, deux personnes de moins de 20 ans sont mortes des suites de la COVID-19 au Québec, dont une cette semaine. Au Canada, on en dénombre sept.

Le fameux syndrome qui était identifié au début de la pandémie comme étant apparenté à celui de Kawasaki, qui se manifeste entre autres par des changements de couleur et de l’enflure au bout des doigts et des orteils, mais qui peut aussi toucher d’autres organes, serait en fait une manifestation atténuée de ce syndrome inflammatoire multisystémique qui se produit chez des enfants généralement plus jeunes, précise la Dre Kakkar. Il est alors moins grave.

Des enfants qui ont une COVID longue?

Des regroupements se mettent sur pied depuis quelque temps ici et à l’étranger pour venir en aide à des enfants qui semblent traîner des symptômes importants des mois après avoir eu la COVID-19. Qu’en disent les recherches?

« On compte seulement deux petites études descriptives pour le moment. Il n’y a personne qui a vraiment décrit une anomalie au niveau des paramètres sanguins ou des analyses où on peut dire que ça, c'est effectivement une COVID longue. On n'a donc pas encore mis en évidence où se situe le problème dans le corps. Est-ce que c'est dans le sang, est-ce que c'est l'inflammation, est-ce que c'est autre chose? Ça reste à l'étude », dit la médecin.

Beaucoup de facteurs peuvent aussi entrer en ligne de compte, explique-t-elle, comme la fatigue et le stress provoqués par la maladie ou la pandémie en général. Aussi, le fait qu'il y a beaucoup d'enfants qui n'ont pas consulté un médecin depuis un an peut expliquer une partie du phénomène également, selon elle.

Elle précise que, chez certains adultes, on a noté la disparition de symptômes d’une COVID longueaprès la vaccination (Nouvelle fenêtre). Ces recherches apportent un peu d’espoir, donc, mais il reste à voir si cela pourrait s’avérer aussi chez les enfants.

Des adolescents portant des masques assis sur une dalle de béton.

Des adolescents qui portent le masque à Vancouver.

Photo : Radio-Canada / CBC / Ben Nelms

Pourquoi les enfants sont-ils moins affectés par la COVID-19 que les adultes?

Plusieurs hypothèses sont avancées. La première est le fait que les récepteurs ACE2 situés sur la surface de nos cellules et dont se sert le virus pour les infecter sont moins exprimés chez les enfants, particulièrement dans les poumons. Et donc, le virus dispose de beaucoup moins de portes d’entrée dans leur corps.

On pense aussi que le système immunitaire particulier des enfants offre une très bonne réponse immunitaire, ce qui entraîne une maladie moins sévère chez eux. D’abord, les enfants qui sont infectés avec COVID produisent jusqu'à 10 fois plus d'anticorps que les jeunes adultes, rappelle Alain Lamarre. Leur système immunitaire est donc très efficace à cet égard.

Aussi, les enfants ont une réponse immunitaire au profil anti-inflammatoire, alors que les adultes, et surtout les personnes âgées, ont une réponse plutôt inflammatoire, qui risque plus d’engendrer la fameuse tempête de cytokines qui envoie tant de gens aux soins intensifs en endommageant leurs poumons, explique pour sa part la Dre Kakkar.

Finalement, il pourrait y avoir des réactions croisées entre les coronavirus du rhume et la COVID-19. Ça pourrait donc expliquer que des enfants qui ont été exposés à ces virus-là auparavant pourraient avoir une meilleure immunité croisée contre la COVID, souligne Alain Lamarre.

Une transmission accrue

Le plus grand danger, avec les variants plus transmissibles actuellement, est que les enfants infectent les adultes, que ce soient leurs parents, leurs grands-parents, leurs professeurs ou toutes autres personnes qu’ils côtoient.

Des enfants portent un masque.

Le port du masque à l'école prévient la transmission.

Photo : iStock

Là, on est à 50 % de cas de variants. Et vers le mois de mai, on va être rendus à 100 %. Donc, s'il y a des éclosions en milieu scolaire et que les enfants rapportent ça à la maison, eux, ils ne sont pas symptomatiques. Par contre, la transmission va se faire plus facilement aux parents, et c'est eux qui risquent d'être malades, surtout s'ils ont des comorbidités. Donc, je pense qu'il faut être beaucoup plus vigilant, dit Alain Lamarre.

On croyait à tort au début de la pandémie que les enfants n’étaient pas vraiment des transmetteurs, souligne pour sa part Fatima Kakkar. C’était probablement la résultante du confinement strict et de l’annulation de toutes les activités, estime-t-elle : ce groupe d’âge, forcément, attrapait et transmettait alors très peu le virus. Mais, maintenant que les écoles ont rouvert, que les activités ont repris et que les variants circulent, on constate que les enfants et surtout les adolescents peuvent transmettre le virus très facilement.

Les fabricants de vaccins sont en train de tester l'innocuité et l’efficacité de leurs produits chez les enfants. Les spécialistes s’entendent : dès que le feu vert des autorités est donné, il faut commencer à vacciner les 0 à 19 ans au plus tôt, peut-être même à la rentrée d’automne.

Il va falloir les vacciner éventuellement pour briser le cycle de transmission, dit Alain Lamarre.

Parce que si on ne vaccine pas les enfants et on les laisse s'infecter, et même si les gens plus âgés sont plus vaccinés et qu’il y a moins d'hospitalisations et moins de décès, le fait que le virus circule librement dans cette population-là pourrait engendrer l’apparition de mutants plus transmissibles ou plus agressifs, soutient-il.

Ce ne serait pas irréaliste d'avoir une campagne de vaccination pour les enfants à l'automne de cette année ou au pire, à l'hiver 2022, ajoute-t-il.

Je pense qu'on va effectivement avoir une approbation pour ces vaccins peut-être cet été, juge pour sa part Fatima Kakkar. Dans la liste des priorités, c'est sûr que les enfants ne sont pas si malades de la COVID, mais il faut voir que l'absence scolaire, cette année, c'est une catastrophe pour les adolescents, les jeunes adultes, souligne Fatima Kakkar.

Les hôpitaux ne débordent pas d'enfants malades de la COVID. Mais on est débordé par des adolescents qui ont décompensé : des tentatives de suicide, des dépressions, de l’anxiété, des troubles du comportement alimentaire sévères.

Une citation de :Dre Fatima Kakkar

Et pour ces enfants, ce ne sont pas des hospitalisations d'un jour, c'est plusieurs semaines pour essayer de régler ces problèmes-là. Et donc, j'aimerais bien que les jeunes soient vaccinés pour permettre un retour à l'école assez stable l'année prochaine.

Une version précédente de ce texte présentait une photo montrant deux jeunes enfants d'origine asiatique. Nous avons modifié cette image.

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