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La grande histoire du petit dépanneur Lemieux, à Rockland

À la gauche : l'enseigne du Dépanneur Lemieux. À la droite : La propriétaire, Louise Lemieux.

La propriétaire du dépanneur Lemieux à Rockland, Louise Lemieux, prendra sa retraite le 31 mai prochain.

Photo : Radio-Canada

« Je pourrais écrire un livre : " Histoires d’un dépanneur " », s’amuse Louise Lemieux, qui a grandi dans le petit appartement en haut du commerce fondé par ses parents dans les années 1950. Après six décennies derrière le comptoir, la propriétaire s’apprête à se séparer de l’entreprise où elle a servi des bonbons à trois générations d’enfants.

En 1954, les parents de Louise Lemieux ont fait l’acquisition d’un petit magasin, rue Laurier à Rockland. Ils se sont installés dans l’appartement du deuxième étage avec leurs enfants et ont démarré leur entreprise familiale, l‘Épicerie Lemieux, qui allait devenir l’un des commerces les plus fréquentés par les familles du coin.

Vue d'ensemble de l'édifice du dépanneur Lemieux à Rockland.

La famille Lemieux est propriétaire de ce petit magasin, rue Laurier à Rockland depuis 1954.

Photo : Radio-Canada

Quand on est arrivés à Rockland, il n’y avait rien : il y avait Mme Labonté, il y avait nous autres, il y avait M. Pilon et un IGA, énumère Louise Lemieux, dont la mémoire infaillible lui permet encore aujourd’hui de se rappeler de tous ceux qui passaient au magasin, tout comme leurs enfants et, avec le temps, leurs petits-enfants aussi. Il fut même une époque où il suffisait qu’un client lui dise son nom de famille pour qu’elle y associe tous les prénoms de la fratrie ainsi que leur profession.

Je suis arrivée ici quand j’avais 5 ans. Ça fait 67 ans que je cours là-dedans!

Une citation de :Louise Lemieux, propriétaire du dépanneur Lemieux de Rockland

Au souvenir de la propriétaire, Rockland était à l’époque une petite municipalité peu développée dans l’est ontarien, où cohabitaient quelques familles anglophones et encore plus de francophones. Il n’y avait que quelques commerces, ce qui donnait une tout autre importance aux épiceries de quartier, lieux de prédilection pour les achats essentiels.

Le père de Louise Lemieux est décédé subitement en 1962 à l’âge de 50 ans. La veuve de ce dernier a dû reprendre les rênes. Elle avait trois enfants à élever elle, là. Ma sœur venait de se marier et ma mère n’avait pas le choix, elle avait beaucoup d’ouvrage, se rappelle celle qui avait environ 12 ans à l’époque.

Tout en poursuivant ses études, l’adolescente donnait un coup de main quotidiennement dans l’entreprise familiale. Jeune adulte, elle a suivi une formation pour devenir bibliothécaire, ainsi que quelques cours au Collège Algonquin, à Ottawa. Elle n’a toutefois jamais pu se résigner à abandonner le dynamisme d’un dépanneur, mais surtout les gens qu’elle y rencontrait. Il faut croire que j’étais due pour rester ici, dit Mme Lemieux en riant.

C’est pourquoi elle n’a pas hésité à reprendre les affaires au décès de sa mère en 1986, une mission qu’elle poursuit seule depuis.

Louise Lemieux, souriante, derrière le comptoir du dépanneur Lemieux à Rockland.

Louise Lemieux, prête à accueillir ses clients.

Photo : Radio-Canada

Pour l’amour des gens

Avec son talent de conteuse, Louise Lemieux, aujourd’hui âgée de 72 ans, donne les détails d’anecdotes croustillantes comme la fois où un suisse est entré dans le dépanneur et a surpris des clientes, qui ont sauté sur le comptoir en faisant voler les cornets de crème glacée. Ou encore cette fameuse nuit lorsqu’elle a eu la frousse en entendant des sons bizarres provenant du cimetière voisin : des fossoyeurs avaient décidé de creuser une tombe la nuit en écoutant de la musique à tue-tête.

Oh mon doux, j’en ai des souvenirs ici : des bons et des mauvais, souligne celle qui a également vécu deux cambriolages ainsi que des vols qualifiés avec un couteau, puis une carabine à plomb.

Malgré toutes ses (mé)aventures, l'entrepreneure ne regrette rien. Son travail lui a permis plus de rencontres qu’elle ne peut en compter et sa mémoire est imprégnée des rires d’enfants qu’elle a servis avec le plus grand plaisir. C’est probablement ça que je vais manquer le plus, je les trouve drôles, révèle celle qui prendra sa retraite le 31 mai prochain.

Louise Lemieux explique que les affaires ne sont plus aussi fructueuses depuis que les magasins de grande surface sont apparus, les uns après les autres, à Rockland après les années 1980. D’épicerie, le commerce de Mme Lemieux est devenu un dépanneur.

Vue intérieure du dépanneur Lemieux à Rockland où se trouvent plusieurs étapes remplies de différents produits.

Initialement une épicerie, le commerce de Mme Lemieux est devenu un dépanneur.

Photo : Radio-Canada

Pour celle qui n’était pas tout à fait prête à baisser les bras, c’est toutefois la pandémie de COVID-19 qui l’a convaincue de vendre. Avant, j’ouvrais à 9 h le matin, mais là, j’ouvre à 14 h. Je n’ai plus autant d’ambition qu’avant, reconnaît-elle.

Il est à peu près temps là! Franchement! J’ai 72 ans! reprend aussitôt la joyeuse luronne. Je leur ai dit [aux nouveaux propriétaires] : " Probablement que, quand je vais vous donner la clé, je vais avoir les larmes aux yeux alors il va falloir que je me sauve tout de suite après! ".

Pour la femme d’affaires, le dépanneur Lemieux est l'œuvre d’une vie. Elle a le cœur gros en s’imaginant le prochain chapitre de son histoire, mais se console grâce à la vague de remerciements qu’elle reçoit depuis l’annonce de la vente. Des clients habitant à l’extérieur reviennent même lui rendre visite pour saluer celle qui leur a vendu les bonbons de leur enfance. Pour la propriétaire, c’est ce qui reste de plus beau.

Louise Lemieux compte occuper sa retraite en se baladant avec ses chiens, puis en faisant le tour des terrains de golf de la région. Je devrais écrire mon histoire! Je vais faire comme Madame Janette Bertrand (rires), ajoute-t-elle, laissant planer la possibilité que ses péripéties soient reliées un jour. Qui sait?

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