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Portapique : la GRC voulait envoyer une alerte 5 minutes avant d’abattre le tireur

Un policier en noir se rue vers un groupe de policiers en vêtements militaires attroupés.

Les derniers instants de la traque du suspect, le 19 avril 2020 à une station-service d'Enfield, en Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Tim Krochak

Radio-Canada

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a informé le gouvernement de la Nouvelle-Écosse qu’elle voulait envoyer une alerte au public seulement cinq minutes avant que ses agents n'abattent le tireur qui avait tué 22 personnes dans la province, l’année dernière.

En vertu d’une demande d’accès à l’information, CBC a obtenu des documents qui éclaircissent les communications internes du Bureau de gestion des urgences, le 19 avril 2020, dont ses communications avec la GRC au sujet de la possibilité d’envoyer une alerte au public.

Les documents indiquent que les autorités provinciales discutaient de la possibilité que la police demande l’envoi d’une alerte trois heures avant que la GRC n'intercepte le tireur, à 11 h 26. Mais malgré plusieurs appels à la GRC vers 10 h 35, la seule réponse reçue par le Bureau de gestion des urgences était que quelqu’un allait le rappeler pour en discuter. Durant les 51 minutes suivantes, trois autres personnes ont été tuées.

En Nouvelle-Écosse, il revient à l’agence responsable d’une situation de décider si une alerte doit être envoyée au public. Dans ce cas, l’agence doit transmettre sa demande et le message d’alerte au Bureau de gestion des urgences.

Durant la soirée du 18 avril 2020, un homme de 51 ans a blessé deux personnes et tué 13 voisins dans le petit village de Portapique, en Nouvelle-Écosse. Il a pris la fuite après avoir incendié deux maisons de ses victimes, son chalet et son garage. Le lendemain matin, il a abattu 9 autres personnes, dont plusieurs qu’il ne connaissait pas et qu’il avait croisées par hasard. Il circulait à bord d’une ancienne voiture de la GRC à laquelle il avait rendu son allure originale.

Au total, le tireur a parcouru près de 200 km de Portapique jusqu’à une station-service à Enfield où la GRC l’a intercepté.

Les 22 victimes de la tuerie de Portapique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les 22 victimes de la tuerie de Portapique

Photo : Radio-Canada

Les documents montrent que les autorités provinciales ont pris connaissance d’un problème à Portapique le 18 avril, à 22 h 39, environ un quart d’heure avant l’arrivée de la GRC sur les lieux. Le centre provincial de répartition à Shubenacadie a reçu un appel signalant deux incendies qui ne pouvaient être combattus en raison de risques élevés, selon un fil chronologique des communications obtenu par CBC.

Cette information a été transmise au cas où les flammes auraient atteint la forêt, ce qui aurait entraîné l’intervention du ministère des Terres et des Forêts. Le fil chronologique ne comprend pas de transcription des appels. Les employés provinciaux devaient remplir un tableur électronique le 20 avril, mais on ignore si tous les appels y ont été notés et si les heures notées ont été vérifiées.

Le fil chronologique révèle que le 19 avril, vers 6 h, le sergent de la GRCSteve Halliday a communiqué avec l’agent de service du Bureau de gestion des urgences, Andrew Mitton, au sujet de la possibilité d’une aide pour évacuer les résidents de Portapique. M. Halliday a aussi demandé l’appui d’un hélicoptère du ministère des Terres et des Forêts.

La première mention écrite d’une alerte apparaît à 8 h 19 lorsque Paul Mason, directeur général du Bureau de gestion des urgences, a demandé à Jason Mew, directeur du service de gestion des incidents, d’appeler plus d’employés en renfort au centre provincial de coordination. Ce centre est au coeur de la prise de décisions lors de situations d’urgence comme des désastres naturels. Il servait déjà dans le cadre des mesures de prévention de la COVID-19.

Le Bureau de gestion des urgences en attente par précaution

À 8 h 36, Jason Mew a informé Paul Mason que le personnel était prêt à envoyer une alerte à la demande de la GRC. Environ une heure plus tard, un analyste du Bureau de gestion des urgences, Aaron MacEachern, a envoyé un courriel à l’entreprise Pelmorex, qui gère le système d’alerte à la population.

Dans ce courriel, M. MacEachern explique que la GRC n’avait pas encore fait une demande d’alerte et que le Bureau de gestion des urgences restait prêt à agir purement par précaution. Il notait aussi que les préparatifs en vue d’envoyer une alerte devaient rester confidentiels.

Des postes de travail devant de grands téléviseurs.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le centre provincial de coordination du Bureau de gestion des urgences en Nouvelle-Écosse est la plaque tournante en matière de prise de décisions lors de désastres naturels.

Photo : Bureau de gestion des urgences/Jason Mew

Il ne semble pas y avoir eu d’autres tentatives de communications avec la GRC avant 10 h 35. À ce moment, l’agent de planification Dominic Fewer a commencé à appeler le centre des opérations d’urgence de la GRC, à la demande de Paul Masson.

Dominic Fewer a appelé la GRC trois fois, sans succès, mais il a reçu un message texte indiquant que Glenn Mason, de la GRC, communiquerait avec le centre de coordination au sujet de l’envoi d’une alerte.

À ce moment, la GRC avait déjà identifié le suspect et annoncé sur Twitter qu’il se déplaçait à bord d'un véhicule qui ressemblait aux siens. Le corps policier a aussi envoyé durant cette matinée cinq messages Twitter au sujet des endroits où le tireur pouvait se trouver. Il était devenu évident qu’il se déplaçait.

Dominic Fewer a demandé à des collègues de communiquer avec Glenn Mason, de la GRC, à 11 h 12. Michael Bennett, chef des interventions au centre provincial, l’a appelé deux minutes plus tard pour l’informer que le centre se préparait à utiliser le système d’alerte.

À 11 h 21, Glenn Mason a appelé et indiqué que le système d’alerte serait utilisé. Il a demandé à Michael Bennett de communiquer avec l'inspectrice Dustine Rodier. M. Bennett n’a toutefois pas réussi à parler à Mme Rodier malgré deux tentatives. Il a communiqué de nouveau avec M. Mason à 11 h 31 et appris que le tireur était détenu.

Des questions après les faits

Tandis que la nouvelle se répandait ce jour-là, des gens se sont immédiatement demandé pourquoi la GRC communiquait à l'aide de Twitter plutôt qu’au moyen d'alertes que le public aurait reçues par téléphone. Plusieurs personnes ont dit que le service Internet était instable dans le centre et le nord de la Nouvelle-Écosse et que Twitter n’y était pas largement utilisé.

Des proches de certaines personnes abattues dimanche matin ont dit croire par la suite qu’elles auraient pu se mettre à l’abri si elles avaient su qu’un tireur actif se trouvait dans les environs.

Une voiture de police avec une flèche qui montre le numéro d'identification du véhicule. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le tireur déguisé en policier conduisait une ancienne voiture de la GRC à laquelle il avait pratiquement rendu son allure originale. Il avait acheté cette voiture par l'entremise d’un site d’enchères du gouvernement.

Photo : Gracieuseté - GRC

Selon les documents obtenus par CBC, les autorités provinciales commençaient à recevoir des questions des médias et des messages du public. Une résidente de Wentworth, notamment, voulait savoir pourquoi les gens n’avaient pas été informés par des alertes.

Vers le milieu de l’après-midi du 19 avril, selon les documents, les employés discutaient des réponses à ces questions. Des réponses possibles qui ont été envoyées au ministre responsable du Bureau de gestion des urgences, Chuck Porter, sont caviardées.

Le gouvernement attendait des précisions de la GRC

Le 21 avril 2020, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, a déclaré que le personnel était prêt à envoyer une alerte, mais que la GRC ne l’avait pas demandé.

Il fallait que la GRC fournisse les renseignements qui devaient être communiqués par le système d’alerte, a souligné M. McNeil.

Durant une conférence de presse donnée le 22 avril, le surintendant principal de la GRC en Nouvelle-Écosse, Chris Leather, a dit que le Bureau de gestion des urgences avait communiqué avec la GRC à 10 h 15 pour proposer le recours au système d’alerte.

Un policier en uniforme dans une conférence de presse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le surintendant principal Chris Leather, de la Gendarmerie royale du Canada en Nouvelle-Écosse, le 19 avril 2020 à Dartmouth.

Photo : Radio-Canada

Chris Leather a ajouté que la GRC préparait l’alerte au moment où le tireur a été intercepté et abattu.

Un certain nombre d’alertes ont été envoyées au public en Nouvelle-Écosse depuis la tuerie d’avril 2020. En janvier, le ministre Porter s’est montré disposé à discuter de la possibilité de donner à la police un accès direct au système d’alerte, comme c’est le cas au Nouveau-Brunswick. Le ministre a toutefois ajouté que cela ne garantirait pas des communications plus rapides lors de situations en cours.

D’après un reportage d’Elizabeth McMillan, de CBC

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