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Envoyé spécial

Le poumon de Mumbai dans la mire des promoteurs immobiliers

Imaginez marcher dans un centre-ville animé puis soudainement vous retrouver dans la jungle, parmi les bananiers, les léopards et des tribus autochtones. C'est possible dans la capitale économique et financière de l'Inde.

Un homme cultive une terre.

Cet homme cultive un lopin de terre dans la forêt Aarey Colony.

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

En bordure d'une artère achalandée où l'on installe une des lignes de surface de ce qui sera le vaste réseau de métro de cette ville en pleine expansion, une vieille arche de fer donne sur un long passage bordé de murets de béton.

Cinquante mètres plus loin, les bruits de construction, de klaxons et de la ville entière disparaissent presque complètement. Vous voilà rendu au milieu des bananiers, dans la jungle, en pleine ville.

La forêt Aarey Colony est une jungle urbaine de la taille de Central Park, à New York.

Une végétation luxuriante fleurit à proximité de vastes immeubles en béton.

La forêt Aarey Colony, en Inde, est une jungle urbaine de la taille de Central Park, à New York.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Vénérer les léopards

Au milieu de cette oasis de végétation, animaux sauvages et humains cohabitent. Environ 8000 Autochtones, qu'on appelle les Adivasis, y habitent dans 27 villages.

Près d'un des petits villages de maisons faites de boues et de béton rudimentaire, un agriculteur enlève des feuilles mortes sur son lopin de terre sous un soleil de plomb. Il cultive concombres et aubergines. Les Adivasis vivent en autarcie, même si certains vont régulièrement faire un tour en ville.

Ma famille vit ici depuis des générations, explique-t-il. C'est ce que je connais. Je ne pense pas que la ville est faite pour moi.

Les Adivasis rejettent la modernité et la technologie asservissante.

Des hommes alignent les briques d'une maison.

Des Adivasis construisent une maison rudimentaire faite de boue et de béton.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Dans un autre village, Prakash Bhoir, un chef adivasi, construit un poulailler fabriqué en boue. Tous les matériaux proviennent de la forêt.

Nous devons tout à la forêt et à la nature, dit-il. Nous devons en prendre soin.

Les Adivasis vénèrent le dieu de la verdure et surtout les léopards. Ils considèrent les félins comme les protecteurs de leur forêt.

Une femme verse de l'eau dans un contenant.

Les Adivasis vivent en autarcie, même si certains d'entre eux vont en ville.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

La menace constante de l'empiétement urbain

La forêt Aarey est non seulement le poumon de la ville polluée de Mumbai, elle se retrouve aussi depuis quelques années au cœur d'une importante bataille pour la sauvegarde de la biodiversité et des terres autochtones.

Une partie du territoire a été amputée pour la construction d'une cité du cinéma en 2010. La forêt était aussi menacée par la construction du terminus d'une ligne de métro.

Après la mobilisation des Adivasis et d'activistes environnementaux qui ont organisé des manifestations contre l'empiétement urbain, le projet a finalement été modifié. Le tracé du métro passera ailleurs, mais le mal a été fait. Plus de 2700 arbres centenaires ont été abattus pour préparer l'arrivée de la ligne de métro.

Un homme répond aux questions du correspondant Philippe Leblanc.

La moitié de la forêt est en voie d'être désignée zone écologique protégée, mais le chef adivasi Prakash Bhoir continue d'inciter à la vigilance contre les promoteurs immobiliers qui convoitent son territoire.

Si la ville continue de resserrer son étau sur nous et de voler nos terres, dit-il, nous allons perdre notre culture et notre identité.

Il a d'ailleurs composé une chanson contre l'empiétement urbain et la version remixée hip-hop a connu un certain succès sur YouTube.

Dans la grande tradition de ces Autochtones, la chanson implore les léopards et autres dieux de la forêt de se joindre à la lutte pour protéger la jungle urbaine.

Une fillette assise sur une roche regarde un garçon. Un autre garçon les regarde.

Des enfants qui vivent dans la forêt Aarey Colony, en Inde, près de Mumbai.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Philippe Leblanc en Inde

Pendant six semaines, notre nouveau correspondant en Asie sillonne l'Inde pour nous raconter le pays au deuxième rang des plus peuplés de la planète. Retrouvez tous ses reportages dans notre dossier spécial. Suivez-le aussi sur Facebook (Nouvelle fenêtre)Twitter (Nouvelle fenêtre) et Instagram (Nouvelle fenêtre) pour voir les coulisses de ses tournages.

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