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Analyse

Les discussions sur le nucléaire iranien démarrent rondement à Vienne

Des hommes en réunion avec des drapeaux derrière

Les délégations iranienne et européenne à Vienne

Photo : AFP

Les États-Unis et l’Iran ont commencé cette semaine l’esquisse d’un rapprochement diplomatique, avec des pourparlers multilatéraux qui se sont ouverts à Vienne.

L’objectif : tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien, qui avait été signé dans la même ville en 2015. Une sorte de traité qui était censé limiter et contrôler les ambitions nucléaires de l’Iran, tout en permettant la levée des sanctions internationales contre ce pays.

L’accord, on s’en souvient, a été torpillé en 2018 par l’administration Trump, qui s’en est retiré unilatéralement. Depuis le 6 avril, les délégations de sept pays essaient donc de réintégrer les États-Unis dans l’accord et de ramener l’Iran au respect de ses engagements.

Voilà un autre dossier dans lequel Joe Biden essaie de raccommoder ce qui avait été détricoté par son prédécesseur.

Le président américain avait dit en février qu’il voulait raviver cet accord, déchiré par Donald Trump, puis méthodiquement démoli par les sanctions très dures qui ont suivi. Sanctions qui visaient à asphyxier les Iraniens et à menacer tout pays tiers – y compris les pays d’Europe partie prenante de l’accord – qui auraient voulu s’y tenir, en poursuivant les contacts et les échanges avec Téhéran.

Une souplesse exceptionnelle et inusitée

Le président américain lors d'une annonce à Pittsburgh, en Pennsylvanie

Joe Biden

Photo : Reuters / JONATHAN ERNST

Joe Biden revient donc à la stratégie antérieure, celle de l’accord multilatéral. Il a joint le geste à la parole, en envoyant une importante délégation à Vienne, pour tenter de réparer les pots cassés et de réintégrer l’Iran dans le concert diplomatique international.

Le but est aussi de réhabiliter les États-Unis face au reste du monde. Le président démocrate est très conscient que la réputation et la parole de Washington, en matière diplomatique, en ont pris pour leur rhume depuis le passage de l’ouragan Trump. Cela explique sans doute pourquoi, dans cette affaire, les États-Unis se montrent exceptionnellement souples.

D’abord des pourparlers indirects

Ce ne sont pas – pas encore – de vraies négociations directes entre les deux pays, puisqu’à Vienne, Américains et Iraniens n’occupent pas les mêmes lieux.

Au Grand Hôtel, un des plus beaux palaces de la capitale autrichienne, se déroulent les discussions principales. On y trouve la délégation iranienne, mais aussi celles de France, d’Allemagne, du Royaume-Uni, de Chine et de Russie, sans oublier l’Union européenne.

Les Américains, quant à eux, se sont installés dans un autre hôtel, à proximité. Parce que les Iraniens ont bien fait comprendre que, dans un premier temps, ils ne voulaient absolument pas croiser de représentants des États-Unis.

Le rang assez élevé des délégations montre que, de tous côtés, on prend ces pourparlers au sérieux. La délégation de Washington est dirigée par Robert Malley, un francophile spécialiste du Moyen-Orient, envoyé spécial du président Biden pour l’Iran. Abbas Araghchi, numéro deux des Affaires étrangères à Téhéran, dirige la délégation iranienne. Il y a également un ambassadeur russe.

Diplomatie de la navette

Pour la méthode des discussions, c’est une bonne vieille méthode, avec les Européens dans le rôle de messagers.

Il y a deux tables, avec deux groupes d’experts. La première où l’on discute des sanctions américaines contre l’Iran, et de la manière de les lever. La seconde où le sujet, ce sont les installations nucléaires iraniennes, et les mesures que doit prendre Téhéran pour se conformer de nouveau à l'accord en réduisant l’enrichissement de l’uranium, en permettant de nouveau un accès libre et sans restriction des inspecteurs de l’ONU au territoire iranien, etc.

Un drapeau iranien flotte tout près.

Une centrale nucléaire iranienne

Photo : Getty Images

On a peu de détails sur le contenu des discussions. Cependant, et c’est significatif, toutes les déclarations – au demeurant laconiques – à l’issue de la première journée du 6 avril, se voulaient, de façon sans doute concertée, positives, convergentes et encourageantes.

L’ambassadeur russe a parlé de discussions fructueuses. Il a dit que l’objectif, c’est un plein rétablissement de l’accord de 2015. Le mot constructif a été utilisé, autant par les Iraniens que les Américains. À Téhéran, le président Hassan Rohani a parlé d’un nouveau chapitre qui s’ouvre.

Bougez les premiers!

Pourtant, du côté iranien, le discours de départ peut paraître intransigeant. Ils disent en substance : ce sont eux, les Américains, qui sont partis unilatéralement en 2018 et ce sont donc eux qui doivent bouger les premiers, en levant d’abord les sanctions.

Il semble que les Américains aient accepté cette demande iranienne. Juste avant de partir pour Vienne, Robert Malley, à la télévision de PBS, a reconnu que les États-Unis doivent lever les sanctions qui sont en contradiction avec l'accord. Autrement dit : oui, nous avons fauté en 2018.

Propos immédiatement salués par Téhéran, qui y a vu une position réaliste et prometteuse.

Le diable est dans les détails

Les sanctions, par exemple : l’administration précédente en avait asséné une flopée – des centaines – dans les mois qui ont suivi la dénonciation de l’accord. Mais juste avant que Donald Trump ne renverse la table en mai 2018, il y avait encore certaines sanctions en vigueur – et pas toutes forcément liées au nucléaire iranien.

Or, les Iraniens ont l’air de dire aujourd’hui : toutes les sanctions, sans exception, zéro sanction, tout de suite , alors que Washington dirait plutôt : retour au statu quo du début 2018. Cela serait déjà énorme, mais qui n’est pas exactement la même chose.

Les Américains en rajoutent dans la souplesse, conscients de leur problème de crédibilité, question de montrer leur sérieux. À Washington, le porte-parole du département d'État a confirmé le 7 avril que les États-Unis sont prêts à lever les sanctions contre l'Iran et même, a-t-il précisé, des sanctions autres que celles qui étaient explicitées dans l'accord de 2015.

Et puis, détricoter toutes les sanctions de Donald Trump et Mike Pompeo (qui visaient aussi des pays tiers) cela ne se fera pas en criant ciseaux.

Il va sans doute y avoir des négociations serrées sur toute une série de petits gestes en séquence, qui devront se succéder rapidement, dans une sorte de ping-pong d’exigences et de concessions mutuelles et progressives. Du genre : Tu me fermes cette centrale, je te permets de vendre X quantité de pétrole. Tu nous cèdes X kilos de combustible nucléaire, nous réactivons certains circuits bancaires avec l’Europe, etc.

Mais il est clair que pour l’instant, et jusqu’à preuve du contraire dans cette négociation qui pourrait changer la donne au Moyen-Orient, les États-Unis, pour une fois, ont décidé de laisser l’arrogance au vestiaire.

Un message d’Israël?

Y a-t-il un rapport avec les discussions de Vienne? Le 6 avril, un navire iranien a été saboté au large du Yémen. Les soupçons se sont immédiatement tournés vers Israël.

Une mine magnétique de puissance moyenne, posée sur la coque d’un navire commercial iranien, a explosé. Sans doute un signal, envoyé au moment précis où commençaient les discussions de Vienne. Un message toutefois gradué, puisque le bateau n’a pas coulé et qu’il n’y a eu aucun mort.

Israël dispose d’une unité d’élite spécialisée dans le sabotage en mer, et ne se prive pas, depuis un an et demi, de cibler des navires iraniens dans la région.

L’énorme hostilité entre l’Iran et Israël n’est pas nouvelle. Mais de plus, en ce moment, il y a une grande nervosité à Jérusalem, devant ce possible rapprochement Iran-États-Unis, qui serait une véritable ignominie pour le gouvernement d’Israël.

En 2018, la dénonciation de l’accord par Donald Trump avait représenté un triomphe personnel pour Benyamin Nétanyahou. Trois ans plus tard, on peut imaginer sans mal qu’il va tout faire pour saboter ce retour possible au texte de 2015.

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