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Le NPD peut-il aspirer à plus d’un siège au Québec?

Le Nouveau Parti démocratique espère aller chercher plus de votes aux Québec en courtisant les progressistes déçus par Justin Trudeau. Mais d’anciens membres du parti trouvent que le NPD n’en fait pas assez pour séduire les nationalistes québécois.

Alexandre Boulerice regarde sa collection de pancartes électorales.

Alexandre Boulerice devant sa collection de pancartes électorales. Il a été élu député pour la première fois dans Rosemont–La Petite-Patrie en 2011.

Photo : Radio-Canada / David Richard

« Sur celle-là, tu vois, il n’y avait pas encore de poils blancs dans la barbe. »

Dans la cour de sa maison de ville à Montréal, où le printemps commence tranquillement à s’installer, Alexandre Boulerice a sorti sa collection de pancartes électorales, des affiches orange qui rappellent les différentes vies du NPD au Québec, depuis seulement 10 ans.

Le député de Rosemont–La Petite-Patrie le reconnaît lui-même : On est un peu dans le village gaulois ici. S’il a surfé sur la vague historique de 2011, il est le seul à avoir résisté au ressac qui a emporté tous ses collègues québécois, il y a déjà un an et demi.

D’être un seul député au Québec, c’est parfois lourd à porter, admet-il.

Malgré les difficultés de son parti dans la province – le NPD se classe quatrième dans les sondages en ce moment, derrière les libéraux, les bloquistes et les conservateurs – Alexandre Boulerice croit que les néo-démocrates peuvent augmenter leurs appuis en misant sur un électorat en particulier : les progressistes qui aiment le discours de Justin Trudeau, mais qui ont été déçus par ses actions.

Ce qu’on dit, c’est : vous avez voulu donner une chance aux libéraux, mais ils n’ont pas livré la marchandise à bien des égards, que ce soit au sujet de la crise climatique, la justice fiscale ou l’absence d’eau potable dans plusieurs communautés autochtones. Ils n’ont vraiment pas été au rendez-vous.

Si le pays est plongé dans une campagne électorale dans les prochains mois, le NPD entend aussi mettre de l’avant les gains qu’il a pu faire depuis le début de la pandémie, par exemple en poussant les libéraux à donner 10 jours de congés de maladie payés aux travailleurs qui doivent s’isoler à cause de la COVID-19.

Quelques circonscriptions ciblées

Alexandre Boulerice, à gauche, lève le bras aux côtés du chef du NPD, Jagmeet Singh, durant un rassemblement partisan.

Le NPD veut reconquérir le Québec, malgré les vents contraires.

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

À Montréal, trois circonscriptions, en particulier, sont dans la ligne de mire du parti : Laurier–Sainte-Marie, où l’épidémiologiste Nimâ Machouf va tenter sa chance une deuxième fois; Hochelaga; et Outremont, l’ancienne circonscription de Thomas Mulcair.

Ces trois circonscriptions, toutes limitrophes au fief d’Alexandre Boulerice, correspondent grosso modo aux sièges remportés par Québec solidaire (QS) lors des élections provinciales de 2018.

L’électorat progressiste, c’est le même, que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral, donc c’est sûr qu’il y a une jonction, fait valoir le député de Rosemont–La Petite-Patrie. Ce ne sont pas nécessairement les mêmes partis, les mêmes militants, mais c’est le même électorat.

À l’extérieur de la métropole, le NPD espère d’ailleurs augmenter ses appuis, là où QS a réussi des percées en 2018, entre autres au centre-ville de Québec et à Sherbrooke.

La rue Alexandre

La circonscription de Sherbrooke est l’un des sièges ciblés par le NPD. En 2015, le candidat néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault avait perdu par quelques centaines de voix, au profit des libéraux.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Au bout du compte, par contre, même les organisateurs du parti ont des attentes modestes. Oui, il y a quelques sièges qu’on a en tête. Mais ce qu’on vise vraiment, c’est de solidifier nos appuis au Québec, augmenter nos fondations, explique le conseiller spécial de Jagmeet Singh dans la province, Jonathan Gauvin.

En 2011, même des souverainistes ont voté pour nous. On n’est pas là aujourd’hui.

Une citation de :Jonathan Gauvin, conseiller spécial de Jagmeet Singh au Québec

Déjà, si on gagnait un autre siège dans la province, on serait satisfait le soir de l’élection , confie une source bien informée au parti.

Je ne me reconnais plus dans ce parti

Françoise Boivin, ex-députée du NPD

Françoise Boivin a été députée du NPD de 2011 à 2015.

Photo : Radio-Canada

Pour remonter la pente et pour gagner plus d’un siège au Québec, l’ancienne députée néo-démocrate de Gatineau Françoise Boivin croit que le parti doit aller plus loin, quitte à carrément revoir sa stratégie dans la province.

Elle dit d’ailleurs avoir du mal à se reconnaître dans le NPD de 2021, qui ne met pas suffisamment l’accent, d’après elle, sur les dossiers qui sont importants pour le Québec.

Si le NPD cognait à ma porte et que j'avais le goût de me présenter, ce qui n’est pas le cas, je répondrais non merci.

Une citation de :Françoise Boivin, ex-députée néo-démocrate de Gatineau et analyste à l'émission Mordus de politique

Mme Boivin trouve par exemple que le NPD n’a pas assez défendu la question du français au cours des derniers mois, un enjeu cher aux nationalistes québécois.

Pourtant, rappelle-t-elle, le parti avait l’habitude d’être très actif dans le dossier. Sur la question de la loi 101 appliquée aux entreprises qui relèvent de l'autorité fédérale, c’est Thomas Mulcair qui avait déposé un projet de loi en 2009, même s’il était à ce moment-là seul comme député au Québec.

J’ai l’impression, ajoute-t-elle, qu’on retourne au bon vieux NPD d'avant Jack Layton et sa main tendue de 2008, qui a fait en sorte qu’une personne comme moi se sente à l’aise comme fière nationaliste, fière Québécoise, de faire partie de la mouture [...] de 2011 qui a été élue avec Jack Layton.

Karl Bélanger se tient debout.

Karl Bélanger, président de Traxxions stratégies, a été conseiller pour quatre chefs du NPD, dont Jack Layton et Thomas Mulcair.

Photo : Radio-Canada / David Richard

L’ancien directeur national du parti, Karl Bélanger, ne pense pas non plus que le NPD se trouve dans un cycle positif au Québec.

Souvent les prises de position du NPD ne représentent pas le courant politique dominant actuellement au Québec. Ce qui fait que ça crée des problèmes d'arrimage avec l’électorat.

Une citation de :Karl Bélanger, ancien directeur national du NPD

Un bon exemple, selon lui? Le député néo-démocrate ontarien, Matthew Green, qui a appuyé certains propos du professeur Amir Attaran sur le racisme au Québec. Le chef, Jagmeet Singh, a précisé qu'il n'était pas d'accord avec M. Attaran, mais n'a pas obligé son député à s'excuser.

D’après Karl Bélanger, tout cet épisode est un symptôme d’un enjeu plus large auquel sont confrontés les progressistes au pays. Il y a une différence entre la gauche au Québec et au Canada anglais, notamment sur les questions identitaires, explique-t-il. On l’a vu sur l’affaire Attaran, où même Québec solidaire a appuyé la motion à l’Assemblée nationale pour dénoncer les propos du professeur à l’Université d’Ottawa.

Alexandre Boulerice assure que la promotion du français demeure une priorité au sein du NPD, tout comme la lutte contre le racisme. Et même si la majorité des députés viennent de la Colombie-Britannique et de l’Ontario.

Évidemment, pour quelqu’un qui est né par exemple à Vancouver, qui n’a jamais mis les pieds au Québec et pour qui le français, ce n’est pas une réalité là-bas dans son quotidien, eh bien, il faut expliquer, relate-t-il. Mais une fois qu’ils ont compris, ce sont des gens qui luttent contre les injustices.

Le député de Rosemont–La Petite-Patrie reconnaît tout de même qu’il serait plus facile de faire entendre la voix francophone au sein du caucus si les Québécois élisaient au moins un autre néo-démocrate.

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