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Mortinaissances : une Gatinoise demande au Canada d'agir

La Chambre des communes répondra, dans les prochains jours, à une pétition initiée par une Gatinoise.

Une femme assise sur une balançoire pose face à la caméra.

Nadine Belzile a perdu sa petite Judith à 38 semaines de grossesse.

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

Nadine Belzile, maman d’une fillette partie trop tôt, mène la charge pour que le Canada place sous la loupe de la santé publique le phénomène des mortinaissances, et pour que d’autres drames comme le sien soient évités.

En 2012, Nadine Belzile était enceinte de son deuxième enfant. Dans son ventre, la petite Judith grouillait tant que sa mère l’a surnommée son bébé kickboxing.

À sa 37e semaine de grossesse, Judith s'est mise à bouger moins. J’ai attendu quelques jours pour voir mon médecin dans le cadre d’un rendez-vous déjà planifié pour lui en parler. Elle m’a dit que c’était normal que les bébés bougent moins en fin de grossesse, raconte Nadine Belzile, dans sa cour, à Aylmer.

Or, cette croyance tenace est fausse. Un bébé va bouger jusqu'à l'accouchement. À la fin de la grossesse, les mouvements peuvent être un peu différents; il va plus rouler que cogner. Mais le nombre de mouvements va être là quand même, détaille-t-elle.

Deux jours plus tard, Judith ne bougeait plus du tout. Nadine et son conjoint se sont rendus à l’hôpital, mais il était déjà trop tard : le 18 septembre 2012, à 38 semaines de grossesse, elle accouchait d’une petite fille mort-née.

Des actions demandées

Le Québec considère qu’une mortinaissance est le décès d’un fœtus lorsque celui-ci atteint un poids de 500 grammes ou à la 28e semaine de grossesse. Mais toutes les provinces canadiennes n’ont pas la même définition.

Depuis son lancement en octobre dernier, la pétition virtuelle de Mme Belzile a récolté plus de 700 signatures. Le document demande que le pays déploie une campagne de sensibilisation sur les risques de mortinaissance et sur l’importance des mouvements fœtaux pendant le troisième trimestre de grossesse, et qu’un comité d’étude national soit formé pour se pencher sur ce phénomène en tant qu’enjeu de santé publique.

Nadine Belzile souhaite que le Canada suive la voie tracée par d’autres pays occidentaux comme l’Angleterre, l’Écosse et l’Australie, qui se sont dotés de plans d’action en la matière. Des stratégies qui portent fruit : en deux ans, le gouvernement britannique a calculé que son approche intitulée Saving Babies’ Lives Care Bundle avait réduit de 20 % le nombre de mortinaissances dans les hôpitaux évalués. Des chercheurs et des politiciens de ces pays ont, par ailleurs, appuyé la campagne de Mme Belzile en envoyant des lettres à la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu.

Le député de Gatineau, Steven MacKinnon, a parrainé cette pétition. En entrevue, il a affirmé compter interpeller le gouvernement sur le sujet. Je pense que le gouvernement se doit d'examiner cet enjeu-là en profondeur et d'en faire une stratégie, a-t-il commenté.

Steven MacKinnon en entrevue à la caméra.

Le député de Gatineau, Steven MacKinnon, considère que le gouvernement fédéral peut jouer un rôle de "catalyseur" sur la question des mortinaissances.

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

C’est la première étape, la réponse à une pétition, mais ce ne sera certainement pas la dernière.

Une citation de :Steven MacKinnon, député de Gatineau

Un problème négligé

Professeure au Département des sciences infirmières et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles, Francine de Montigny, qui est également infirmière, considère que le décès périnatal est un enjeu de santé publique négligé.

Après 20 ans de recherche, ce que je constate encore aujourd’hui, c’est que la prise en charge, elle est faite selon la bonne volonté des professionnels de la santé, selon si pour eux, c'est une priorité. Mais il n’y a pas de directive claire à cet effet-là, commente-t-elle.

Il y a beaucoup d’actions qui ne sont pas prises, pas examinées, et on est beaucoup dans le statu quo, se désole-t-elle.

Par exemple, le Québec a doté son réseau de la santé et des services sociaux de la Politique de périnatalité 2008-2018, où il y avait six items qui étaient tout à fait valables pour la sensibilisation, la promotion et la prévention des décès périnataux, mais il n’y a pas vraiment eu de mise en place, de structure pour s’assurer qu’il y avait quelque chose qui est fait, déplore l'infirmière.

Ce qu’on sait, par contre, c’est que les fausses couches, il y en a beaucoup qui seraient évitables si elles étaient prises en charge différemment, de même que les mortinaissances, confirme Mme de Montigny.

Francine de Montigny en entrevue à la radio.

L'infirmière Francine de Montigny, professeure au Département des sciences infirmières et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles

Photo : Radio-Canada / Pascal Michaud

Aujourd’hui, Nadine Belzile est devenue mère d’un deuxième garçon en bonne santé. Mais l’impact du départ précipité de Judith sur sa santé psychologique a été tel qu’elle ne peut plus travailler. Elle a déposé une plainte au Collège des médecins, sans résultat.

Pour sensibiliser les autres parents, elle a mis sur pied la page Facebook BébéBouge.ca. À l’heure actuelle, elle cherche des subventions pour en faire un site web francophone qui parlera des mouvements des bébés dans le troisième trimestre.

Quelle que soit la réponse du gouvernement, la campagne de sensibilisation de Nadine Belzile ira de l’avant, dit-elle.

Il n’y a aucun parent qui devrait vivre la mort de son bébé si cette mort peut être évitée. Puis, si on peut l’éviter aussi simplement qu’en comptant les mouvements du bébé pendant le troisième trimestre de grossesse, allons-y.

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