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« Une spirale d’angoisse » chez les professeurs de la Laurentienne en cette fin de session

Des édifices du campus de l'Université Laurentienne.

L'Université Laurentienne est en processus de restructuration sous supervision judiciaire.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Des professeurs de l’Université Laurentienne donnent cette semaine les derniers cours de la session qui pourraient, pour certains, être les derniers de leur carrière à l’établissement postsecondaire parce que leurs postes pourraient bientôt être éliminés.

C’est un moment qui est plein de tension et assez émotif, indique le professeur d’histoire Joël Belliveau qui offre son tout dernier cours du semestre vendredi matin.

Alors que certains programmes risquent d’être éliminés, ce qui préoccupe ses étudiants, M. Belliveau dit essayer de [les] garder informés dans la mesure du possible, en spéculant le moins possible, en essayant de se faire un peu rassurant, mais sans dire de mensonges.

Mais il dit reconnaître que personne n’est assuré de son avenir tout de suite. Le syndicat des professeurs a récemment averti ses membres qu’ils seraient bientôt appelés à ratifier une entente qu’il a conclue avec l’administration, sans leur en dévoiler les termes.

C’est sûr que depuis deux mois, on est déjà dans l’incertitude, mais là, ça a été multiplié par cinq. Et comme le semestre se termine, c’est un moment qui est déjà assez occupé en temps normal, mais là, si on rajoute la pandémie et cette incertitude-là, c’est absolument insoutenable.

Une citation de :Joël Belliveau, professeur d’histoire à l’Université Laurentienne
Joël Belliveau dans les studios de Radio-Canada à Sudbury.

Joël Belliveau, professeur agrégé au département d'histoire de l'Université Laurentienne (archives).

Photo : Radio-Canada / Patrick Wright

La fin de session est très particulière pour le professeur de littérature au département d’études françaises Thierry Bissonnette.

Habituellement, le début d’avril, on est dans une atmosphère de renaissance pour ceux qui sont catholiques, c’est un moment de renouveau assez particulier, et cette année, tout ça a été un peu renversé. Disons qu’on est dans un grand début d’hiver paradoxal, affirme-t-il.

Il lui est impossible de se concentrer pleinement sur ses travaux de recherche en cours dans ce climat d’incertitude où il lui faut quatre fois plus de temps pour pouvoir produire la moindre ligne.

Ce qui crée beaucoup d’anxiété, c’est qu’on ne possède pas le dixième de l’information sur la situation [...], on dirait que chaque semaine, il y a de l’inconnu qui s’ajoute. C’est une spirale d’angoisse qui nous atteint là.

Une citation de :Thierry Bissonnette, professeur de littérature à l’Université Laurentienne
Serge Miville en studio à Radio-Canada Sudbury.

Serge Miville est professeur d'histoire à l'Université Laurentienne et directeur de l'Institut franco-ontarien (archives).

Photo : Radio-Canada / Patrick Wright

Encouragé par une collègue, l'historien Serge Miville a diffusé publiquement mercredi son dernier cours (Nouvelle fenêtre) ce semestre. Pendant une heure et vingt minutes, il a effectué un survol de plusieurs moments forts de l’histoire de l’Ontario français, comme la crise de l’hôpital Montfort, la dissolution de l’ACFO et la naissance de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), les coupes du gouvernement Ford en francophonie en 2018 avant de conclure sur la crise que traverse en ce moment même l’Université Laurentienne.

La conférence a été suivie par plus de 130 personnes en direct, dont plusieurs ne sont pas des étudiants de l’Université Laurentienne.

C’est un moment extrêmement difficile pour l’Ontario français, l’avenir de l’enseignement universitaire en français à Sudbury et dans le Nord de l’Ontario, a-t-il affirmé devant l’audience virtuelle au début du cours.

Des êtres humains [...] considérés comme des numéros

Thierry Bissonnette dit aussi ne pas saisir du tout la gestion de l’élément humain dans le processus de restructuration enclenché en février par l’Université Laurentienne en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

J’ai l’impression que les êtres humains qui sont impliqués par ce processus-là sont considérés comme des numéros, des outils, c’est assez stupéfiant. Avant tout, ce qui est le plus indignant, c’est qu’une institution postsecondaire qui puisse se concevoir elle-même totalement comme une entreprise [...], ça dépasse l’imagination, note-t-il.

L’Université Laurentienne est le tout premier établissement postsecondaire à avoir recours à la LACC en Ontario. 

Une enseigne de l'Université Laurentienne.

L'Université Laurentienne a annoncé son intention de se placer sous la protection de ses créanciers en février.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

La professeure à l’école de kinésiologie et des sciences de la santé, Line Tremblay, partage les sentiments de M. Bissonnette et regrette qu’il n’y [ait] eu aucune empathie, souligne-t-elle, de la part de la haute administration tout au long du processus.

Je comprends le processus légal, qu’ils ne disent rien, je comprends ça rationnellement, mais un employeur qui fait sentir à ses employés et j’inclus les étudiants aussi qu’ils ne sont que des chiffres sur une feuille de budget, c’est comme ça qu’on nous fait sentir, relate la professeure qui est actuellement en congé sabbatique.

Je ne sais pas comment j’aurais fait pour donner mes cours si je n’étais pas en sabbatique, je dois le dire. [...] Je me sens vraiment engourdie ces jours-ci, comme si j’étais au pilote automatique puis j’attends que la bombe nous tombe dessus.

Une citation de :Line Tremblay, professeure à l’École de kinésiologie et des sciences de la santé de l’Université Laurentienne

Des professeurs devront se réinventer

Même si son poste était épargné par les coupes imminentes, Line Tremblay regrette qu’un grand nombre de [ses] collègues ne se retrouveront jamais d’emploi.

Le marché de l’emploi au niveau universitaire est presque nul. Ça fait 19 ans que je suis à la Laurentienne, on reçoit des publications [...], on voit le nombre de postes et il n’a jamais arrêté de diminuer. Il y a des collègues dont la carrière est terminée en éducation [universitaire], ce sont des gens qui devront [...] trouver un emploi dans un domaine bien différent, déplore la professeure.

Ce sont des pertes de scientifiques, des gens qui font de la très bonne recherche, des pertes de connaissances, de culture, d’habiletés, de talents pour enseigner, c’est une perte pour les étudiants.

Une citation de :Line Tremblay, professeure à l’École de kinésiologie et des sciences de la santé de l’Université Laurentienne

Joël Belliveau, qui est professeur agrégé, rappelle qu’après avoir franchi la grosse étape de l’obtention de la permanence, les professeurs comme lui avaient une impression de stabilité.

Du jour au lendemain, d’une semaine à l’autre, il y a des gens qui vont se rendre compte que c’était une illusion, si leurs programmes disparaissent, leurs postes vont être déclarés surnuméraires et puis simplement disparaître [...]. C’est sûr que beaucoup vont avoir à se réinventer [...], ce sont des réorganisations de carrière assez majeures parfois pour des gens dans la trentaine, quarantaine, cinquantaine ou au-delà. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à prendre sa retraite , fait-il savoir.

L'Université Laurentienne ne donne pas d'entrevue à Radio-Canada pendant sa période de restructuration.

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