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Dépassements de coûts pour des abris sous-utilisés dans les foyers de soins

Un conteneur d'expédition avec une porte et une fenêtre devant un bâtiment.

Le conteneur d'expédition aménagé à l'extérieur du foyer de soins Maples est l'un des 105 abris du genre installés dans la province pour permettre aux résidents de recevoir des visiteurs de manière sécuritaire.

Photo : CBC / Justin Fraser

Radio-Canada

Les abris aménagés à l’extérieur des foyers de soins personnels devaient représenter une solution rapide, simple et sécuritaire pour permettre aux résidents de recevoir des visiteurs. Or, CBC a appris que les coûts ont explosé, que les délais de construction se sont allongés et que les utilisateurs y sont moins nombreux que prévu.

Les coûts de l’aménagement de conteneurs d’expédition en abris pouvant accueillir des résidents et leurs visiteurs étaient estimés à 17,9 millions de dollars en septembre 2020, au moment où le ministre de la Santé d'alors, Cameron Friesen, a annoncé les détails du projet.

Depuis, les coûts totaux du projet ont atteint 85,8 millions de dollars, soit 39,8 millions pour la création d’abris extérieurs et de salles de visite à l’intérieur auxquels s’ajoutent 46 millions de frais d’exploitation en deux ans, selon un porte-parole du ministère de la Santé.

Ces dépassements de coûts sont d’autant plus critiqués par les résidents, leurs familles ou encore les gestionnaires de foyers, qu’il semblerait que les salles intérieures ainsi que les abris soient moins fréquentés qu’on le croyait initialement.

C’est ridicule par rapport à l’usage qui en est fait, s’exclame Shawna Forester Smith, une résidente de 38 ans du Centre de santé Riverview, atteinte d’une maladie chronique. [Ces salles] sont sous-utilisées. Elles n’ont même pas été offertes aux personnes de notre unité. Je ne connais même pas la procédure pour pouvoir en faire usage. Donc, elles sont inutiles, pour être honnête, poursuit-elle.

Shawna Forester Smith.

Shawna Forester Smith estime que la salle pour visiteurs est sous-utilisée au Centre de santé Riverview, où elle réside.

Photo : Gracieuseté de Shawna Forester Smith

De décembre à février, les nouvelles salles de visite dans les maisons de soins de Winnipeg ont été utilisées en moyenne 2,7 fois par jour, indique l’Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW).

De son côté, la directrice générale de la Manitoba Association of Residential and Continuing Care Homes for the Elderly, Julie Turenne-Maynard, est elle aussi déçue que tant d’argent a été dépensé pour si peu de visiteurs par jour, qualifiant d’énorme le décalage entre les coûts et l’utilisation véritable des abris.

Le Manitoba compte 162 lieux aménagés pour les visites aux résidents de foyers, répartis à Winnipeg et dans les régions rurales. Sur ce nombre, 105 sont des conteneurs d’expédition et 57, des salles intérieures.

Des délais qui s’allongent

En juin, la province a annoncé son projet de construire des abris dans le but d’assurer des visites aux résidents durant la deuxième vague de la pandémie, qui a frappé les foyers de soins du Manitoba à partir d’octobre. Selon les documents de la province, ces abris devaient en effet être prêts pour l’automne 2020.

Or, au premier jour de l’hiver, le 21 décembre, un permis d’occupation avait été délivré pour seulement le tiers des 45 abris de l’ORSW.

Un porte-parole du ministère de la Santé attribue les retards de construction à une variété de facteurs comme des difficultés d’approvisionnement causées par la pandémie, des éclosions de COVID-19 ayant interrompu les travaux ou encore des changements dans les plans initiaux souhaités par certains foyers de soins.

Le foyer de soins personnels Saul and Claribel Simkin a pu ouvrir sa salle intérieure à la mi-janvier.

Je crois que la construction a été retardée, donc la mise sur pied a bien sûr représenté un problème, affirme la directrice générale du foyer, Laurie Cerqueti. De plus, la difficulté de trouver du personnel s’est ajoutée au défi, même si l’établissement disposait de financement.

Laurie Cerqueti portant un masque, dans le couloir d'un foyer de soins.

La directrice générale du foyer Saul and Claribel Simkin, à Winnipeg, Laurie Cerqueti

Photo :  CBC

Laurie Cerqueti estime que la pièce est utilisée quatre à six fois par jour, soit 40 % du temps.

En ce moment, elle n’est pas utilisée comme nous le pensions, mais cela pourrait changer à l’avenir, souligne Mme Cerqueti. Comme le foyer a opté pour l’aménagement d’un espace intérieur existant plutôt que pour un conteneur d’expédition assorti d’un permis d’occupation de deux ans, la salle de visite du Centre Saul and Claribel Simkin pourra être utilisée une fois la pandémie terminée.

Une salle avec une table et deux chaises.

La salle aménagée pour les visites au foyer de soins Saul and Claribel Simkin est utilisée depuis la mi-janvier.

Photo :  CBC

En ce qui concerne l’échéance des permis d’occupation des abris dans deux ans, soit au moins 21 des 45 unités de l’ORSW, la Ville serait ouverte à en poursuivre la validité si cela était requis à une date ultérieure, écrit un porte-parole de la Ville de Winnipeg, en relevant que les permis d’occupation des salles de classe modulaires, par exemple, sont renouvelés fréquemment.

Un budget respecté, selon la ministre, une dépense inutile, selon le syndicat

Plus de 100 abris pour visiteurs ont été construits en moins de 10 mois, se défend l’actuelle ministre de la Santé, Heather Stefanson, dans une déclaration écrite.

Selon elle, la construction des abris a respecté le budget, mais celui-ci a été augmenté pour en ajouter de nouveaux, à la demande des foyers de soins.

Ces abris représentent une protection supplémentaire pour nos citoyens les plus vulnérables [...], notamment durant la saison de la grippe, et nous continuerons à travailler avec les autorités régionales de santé et les foyers de soins personnels pour assurer que ces abris seront utilisés le plus possible, assure la ministre.

De son côté, Shannon McAteer, du Syndicat canadien de la fonction publique au Manitoba, qui représente les employés dans les maisons de soins de longue durée, se dit estomaquée par les coûts de plus de 80 millions de dollars.

Dans une entrevue accordée à CBC, elle estime que même la moitié de ce montant aurait pu servir à grossir les rangs du personnel.

Si elle convient du besoin des résidents de voir leur famille de manière sécuritaire, elle souligne que la création de ces abris génère du travail supplémentaire pour les membres du personnel qui sont déjà surchargés.

Avec les informations de Kristin Annable, Joanne Levasseur, Vera-Lynn Kubinec et Caroline Barghout

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