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Les salles de spectacle et de cinéma découragées d'avoir encore à couper des sièges

Une femme et un homme sont assis par terre de chaque côté d'une table sur une scène. Le décor évoque un restaurant asiatique : lanternes rouges, tatamis et plantes.

La pièce « L'amour est un dumpling », au théâtre Duceppe

Photo :  Duceppe/DANNYT

Fanny Bourel

Au lendemain de l’annonce du resserrement des règles de distanciation physique dans les salles de spectacle, les théâtres et les cinémas, le soulagement de rester ouverts a laissé place au casse-tête logistique de refaire les plans de salle. Et certains cinémas songent même à fermer.

Jusqu’à présent, la distance entre les gens du public ne vivant pas à la même adresse était de 1,5 mètre. À partir de jeudi, dans les zones orange et rouge, elle devra atteindre 2 mètres de chaque côté, mais aussi devant et derrière; il faut donc laisser vide une rangée sur deux. 

À Montréal, la Maison Théâtre a donc sorti son ruban à mesurer pour évaluer l’espace prévu entre les personnes dans le public. Et bonne nouvelle : la limite des deux mètres était déjà respectée. Ça a été une frousse, admet Isabelle Boisclair, la directrice générale de ce théâtre. 

D’autres lieux culturels voient leur capacité d’accueil, déjà diminuée, se réduire encore davantage et doivent refaire leurs plans de salle, et ce, en 48 heures à peine. 

Presque tous les spectacles sont pleins, jeudi, explique Catherine-Voyer Léger, directrice du Conseil québécois du théâtre (CQT). Il va falloir dire à des gens qu’ils ne pourront pas venir.

Ces nouvelles mesures complexifient énormément le travail et nous posent des problèmes auxquels, pour l’instant, on ne trouve pas tout à fait de solution adaptée, a indiqué Julie-Anne Richard, la directrice générale de RIDEAU, l’association professionnelle des diffuseurs de spectacles, à Catherine Richer, de l’émission Le 15-18

Pour illustrer l'effet de ce changement de règle sur son plan de salle, le théâtre des Eskers, qui est situé à Amos, en Abitibi-Témiscamingue, a publié, sur son compte Facebook, une photo. Ce cliché montre les rares sièges vacants, en vert, au milieu des places condamnées, en rouge, pour respecter la nouvelle norme sanitaire.

Toutefois, les artistes venant des zones orange et rouge pourront continuer à se produire en zone jaune, mais ils ne pourront pas aller au restaurant, par exemple. 

Un concert devant 11 personnes?

Le théâtre montréalais Duceppe, qui enchaîne les représentations à guichets fermés de L’amour est un dumpling jusqu'à la fin du mois d'avril, va devoir rembourser 12 % des billets ou proposer d’autres représentations. 

Le but est d’ouvrir de nouvelles dates, a précisé le codirecteur artistique Jean-Simon Traversy à Eugénie Lépine-Blondeau, de l’émission Tout un matin

Idem pour le théâtre Aux Écuries, qui lancera mardi sa nouvelle pièce, Comment épouser un milliardaire, devant un public composé de 20 à 35 personnes en raison des nouvelles règles. 

Cela va changer l’ambiance de la salle, pense Marcelle Dubois, la directrice générale et membre du collectif de direction artistique. Heureusement, les artistes ont le cœur ouvert et généreux, on peut gérer ça.

La comédienne Michelle Parent étant seule sur scène, le théâtre peut programmer des représentations supplémentaires en journée pour éviter de pénaliser les personnes qui ont un billet, mais dont la place a été enlevée.

Les petites salles sont davantage touchées que les grandes. Certaines se demandent même si présenter des spectacles devant un si petit public en vaut la peine. C’est le cas du MAI, pour Montréal, arts interculturels, où Cyndi Charlemagne a prévu de se produire les 23 et 24 avril. 

Donner un concert pour 11 personnes, ce n’est pas très intéressant, estime Michael Toppings, le directeur général et artistique du MAI, qui compte attendre d’en discuter avec l’artiste avant de prendre une décision. 

La goutte qui fait déborder le vase

Au-delà du défi logistique, cette restriction surprise a fait l’effet d’une douche froide sur un milieu des arts de la scène fragilisé et qui, depuis plus d’un an, reporte des spectacles, refait des programmations, ferme et rouvre alors qu’il a cruellement besoin de prévisibilité. 

Le moral est au plus bas, les gens sont en colère.

Une citation de :Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU

Tout le monde doit recommencer, et pour combien de temps? Va-t-on apprendre dans deux jours que l’on ferme [à cause des variants]?, se demande-t-elle. C’est comme si l'on cherchait le sens de tout cela.

On peut comprendre que la santé publique veuille resserrer les règles, mais qu’on nous donne 48 heures pour le faire, c’est un peu intense, ajoute Catherine Voyer-Léger, qui juge que cela représente beaucoup de travail pour 50 centimètres de différence.

Dans les salles concernées, le stress occasionné vient s'ajouter sur les épaules d’équipes déjà mentalement épuisées. 

Ce matin, ma première réaction a été : comment vais-je annoncer ça à mon équipe?, a raconté Clauderic Provost, qui dirige le réseau de salles Valspec, à Salaberry‐de‐Valleyfield. Il préside aussi Réseau Scènes, qui regroupe une vingtaine de diffuseurs de la couronne de Montréal.

Ce qui me fait peur est que les directions [de salles] ne puissent plus assurer le bien-être de leur personnel, car la charge est immense.

Valspec avait récemment mis au point une nouvelle programmation pour la période allant de la mi-avril jusqu’au mois de juin. L’année écoulée a poussé une bonne partie de ses équipes à prendre un autre emploi. 

L’équipe de billetterie est complètement décimée, il reste notre responsable de billetterie, qui travaille présentement presque 24 heures sur 24 à déplacer des milliers de spectateurs pour les trois prochains mois.

Nous comprenons la situation difficile dans laquelle se trouve les arts vivants ainsi que les efforts logistiques supplémentaires que nécessite cet ajustement, a réagi le ministère de la Culture et des Communications, par l'intermédiaire de Louis-Julien Dufresne, attaché de presse au cabinet de la ministre de la Culture et des Communications.

Toutefois, plusieurs mesures suggérées par la Santé publique doivent être mises en place afin d'éviter la propagation du virus et de ses variants, a-t-il ajouté. L'alternative serait de fermer les salles de spectacle, ce que nous ne ferons qu'en dernier recours, comme c'est le cas dans les régions faisant l'objet de mesures d'urgences.

Préserver le lien avec le public

La mesure d’aide à la billetterie aidera les salles à compenser le manque à gagner, mais cela ne résout pas tout, aux yeux de Francine Bernier. À la tête de l’Agora de la danse, elle doit aussi retirer des sièges pour respecter la nouvelle règle de distanciation physique.

Ce qui me préoccupe, c’est mon lien avec le public, a-t-elle dit à Catherine Richer. Devoir dire à des gens, qui ont acheté des billets et qui, en pleine pandémie, se donnent la peine de vouloir venir [...] : vous ne pouvez pas venir, ça me pose problème.

Des cinémas à bout de souffle 

De leur côté, les cinémas se préparent donc à laisser des rangées vides dans leurs salles et à rembourser les billets déjà vendus alors que leurs coûts de fonctionnement resteront aussi élevés 

Les salles vont se retrouver à 20 % de leur capacité habituelle, explique Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma (CSCQ) et propriétaire du Cinéma St-Eustache. Les cinémas qui ont de petites salles sont plus pénalisés que les autres.

Il est très clair que des cinémas vont devoir fermer.

Une citation de :Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma (CSCQ)

Les gens qui viennent doivent porter un masque pendant tout le film et ne peuvent pas manger. Si, en plus, il n’y a pas beaucoup de monde dans la salle, l’expérience est passablement dévalorisée.

Éric Bouchard s’attend encore à vivre un mois difficile avant que les vaccins ne laissent véritablement entrevoir la lumière au bout du tunnel.

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