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Faute de places en garderie, elles sont incapables de retourner travailler

Frédérique Migneault prend la pose devant sa maison avec son enfant.

Frédérique Migneault participe au mouvement Ma place au travail.

Photo : Gracieuseté

Le manque de places en CPE et en milieu familial en Abitibi-Témiscamingue est plus criant que jamais. Des femmes de la région pourraient bien devoir rester à la maison plutôt que de retourner travailler, faute de places. Un nouveau mouvement, Ma place au travail, a vu le jour dans la province afin de conscientiser le gouvernement à ce phénomène. Trois femmes de la région qui participent à ce mouvement ont accepté de témoigner au sujet de leur réalité.

Frédérique Migneault doit normalement retourner travailler au début du mois de juin. Son fils aura alors un an, mais comme plusieurs parents en ce moment, elle et son conjoint n’ont pas réussi à trouver une place en garderie à Rouyn-Noranda. En plus de s’être inscrits sur Place 0-5 avant même la naissance de leur fils, ils ont fait des publications Facebook, contacté directement les CPE et même tous les milieux familiaux.

Ils nous ont dit que depuis la COVID, ils ont trop de demandes, alors ils ne prennent même pas de noms pour la liste d’attente en dépannage. On a demandé une liste des milieux familiaux, on les a tous contactés un par un, même jusqu’à Beaudry. C’était toujours la même réponse, elles sont pleines. Et quand on leur disait qu’on cherchait une garderie, elles riaient un peu, parce que probablement qu’on était les vingtièmes à avoir appelé cette journée-là, explique Frédérique Migneault.

Consciente que les places se libèrent souvent en septembre, elle précisait pouvoir attendre jusqu’à ce moment, mais malgré tout, aucune place n’est disponible pour eux.

Mon but numéro 1, c’est vraiment de trouver une garderie, mais si ce n’est pas possible, bientôt on devra envisager des solutions, mais il n’y en a pas 1000, ce sera probablement du sans solde. On est quand même dans une bonne position, car on peut se le permettre, mais se le permettre quand il n’y a pas de date de fin, ce n’est pas évident. Si on me disait : " Ton enfant entre le 1er septembre à la garderie ", je me dirais OK, c’est quelque mois à être sans solde. Mais là, on n’a aucune idée quand ça va déboucher, affirme la jeune femme de Rouyn-Noranda.

Le mouvement Ma place au travail lui a fait réaliser qu’elles sont nombreuses à être dans cette situation.

Moi je peux prendre du sans solde, mais j’ai des amies qui n’ont aucune accommodation. Elles ont peur d’avoir un deuxième enfant, parce qu’elles ont peur de se ramasser dans cette situation-là, ou certaines vont devancer le deuxième pour rester à la maison avec leur enfant. Quand c’est la situation qui te l'oblige, je trouve que c’est déplorable. On ne se le cachera pas, souvent, les femmes ont un salaire inférieur à leur conjoint, alors même si le conjoint était prêt à le prendre, bien financièrement, c’est la femme qui reste à la maison, affirme Frédérique Migneault.

Ann-France Hachey se trouve dans les marches de sa résidence en compagnie de son conjoint et de leur bébé.

Ann-France Hachey et son conjoint peuvent témoigner de la pénurie de places en garderie.

Photo : Gracieuseté

Ann-France Hachey est dans la même situation. Elle doit normalement retourner travailler au mois de juin comme travailleuse sociale, mais aucune place n’a été trouvée pour garder sa fille, malgré ses nombreuses démarches.

C’est un peu comme la loterie des garderies et on a l’impression de devoir vraiment vanter nos enfants sur les réseaux sociaux et de devoir choisir la belle photo d’elle afin qu’une personne la trouve assez mignonne pour nous contacter. Ça m’est arrivé qu’on me dise : "Ah, elle est trop mignonne! Tu es de quelle ville, je pourrais la prendre". Je n’ose imaginer le monde qui n’ont aucun contact dans la ville, puisque mes minces chances pour décembre [quand elle aura 18 mois] sont des personnes qu’on connaît d’une connaissance. Donc ça creuse les inégalités, dans un certain sens, affirme Ann-France Hachey, qui craint de perdre son emploi si elle ne trouve pas une place pour sa fille bientôt.

C’est certain que ça crée de l'inquiétude, parce que je peux m’organiser pour l’été, mais si on n’a rien en septembre, il est fort possible que je doive quitter mon emploi, alors ça crée de l’incertitude aux niveaux financier et personnel, ajoute Ann-France Hachey.

Marlène Plante demeure à Sainte-Germaine Boulé avec son conjoint. Elle a appris que le CPE de son village n’aurait pas de place pour sa fille en septembre. Malgré ses nombreuses recherches, elle n’a toujours pas trouvé d’autre solution. Elle est pharmacienne à Rouyn-Noranda, alors que son conjoint travaille dans le domaine minier. Tant dans son village qu’à Rouyn-Noranda, impossible de trouver une place pour l’instant.

Notre alternative, ce serait que quand lui [son conjoint] ne travaille pas, moi je travaille, mais on n’aurait plus vraiment de vie familiale, affirme Marlène Plante, qui espère ne pas devoir en arriver là. Elle croit qu’il faudrait s’attarder davantage au problème.

La mention « Ma place au travail » a été écrite sur l'enveloppe de plastique autour de balles de foin.

Marlène Plante a trouvé une façon originale d'indiquer sa participation au mouvement.

Photo : Gracieuseté

Je pense qu’il y aura lieu d’être plus proactif pour trouver des solutions, parce que moi, je vais garder mon travail, mais j’en connais plein qui ne peuvent pas retourner travailler, entre autres des infirmières. On n’arrête pas de dire qu’il en manque dans les hôpitaux, mais on n’est pas capables de revenir travailler, affirme Marlène Plante.

La directrice générale du CPE l’Anode magique, à Rouyn-Noranda, confirme que bien que la pénurie de places existe depuis plusieurs années, jamais la situation n’a été si problématique.

C'est pire que les années d’avant, ça fait plus de 30 ans que je suis ici et je n'ai jamais vu ça un manque de places comme ça. C’est hallucinant! affirme Lynda Taddio.

Avec la pandémie, il y a beaucoup de milieux familiaux qui ont fermé leurs portes, donc il y a beaucoup moins de places qui sont offertes aux parents. Ça m’attriste beaucoup, on reçoit des téléphones, il y a des gens qui nous écrivent des lettres, moi je trouve ça très triste pour ces parents-là, ajoute Lynda Taddio, qui assure que les récentes places annoncées par le gouvernement du Québec sont loin d’être suffisantes.

Je sais que le gouvernement a réduit la lourdeur administrative pour créer des places, alors ça va peut-être accélérer le processus, mais moi, juste avec les appels que je reçois en une semaine, je pourrais remplir plus que toutes les places qui vont être ajoutées sous peu, conclut Mme Taddio.

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