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Des agences de placement demandent à Québec de revoir leur encadrement

Un préposé, de dos, s'apprête à franchir les portes d'entrée d'un CHSLD.

Le réseau de la santé a fait appel à de nombreux travailleurs d'agences privées pour combler les besoins du réseau de la santé durant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La décision de Québec de serrer la vis aux agences de placement de personnel en santé passe mal. Des agences affirment que certaines nouvelles exigences gouvernementales ne favorisent ni le réseau de la santé ni les professionnels en soins.

Alors que la demande pour les travailleurs d'agence a explosé depuis un an pour combler les besoins du réseau de la santé, le gouvernement a récemment encadré leur pratique.

Le décret ministériel, publié le 30 mars, oblige notamment les agences à affecter un travailleur à un seul endroit pour une durée minimale de 14 jours afin de limiter les risques de propagation de la COVID-19.

Cette décision est complètement illogique selon Patrice Thibault, président-directeur général de l’agence de placement MaP Santé de Québec, qui affirme qu’il était déjà interdit pour son personnel de se déplacer d’une zone chaude à une zone froide. Ses principaux clients sont des résidences privées pour aînés, qui font souvent appel à lui pour combler des quarts de travail d’urgence, si un employé ne peut pas se présenter au travail. En ayant recours à l’un de ses 150 employés, l’entrepreneur affirme que les propriétaires de résidences permettaient à leur personnel de souffler.

Qui va être victime? C'est l'employé déjà sur place qu'ils vont obliger à faire des heures supplémentaires obligatoires, qui va se tanner et qui va démissionner, tout simplement, lâche-t-il. Les plus touchés, ce sont les résidents, qui vont manquer de soins.

Les agences qui ne respectent pas les nouvelles règles s'exposent d’ailleurs à des amendes de 1000 $ à 6000 $ par jour et par prestataire de services.

L'intérieur d'un centre de soins de longue durée.

Des résidents dans un centre de soins de longue durée (archives).

Photo : Radio-Canada

90 jours entre une démission et une embauche

Le nouvel arrêté interdit également aux agences de recruter un travailleur d'un organisme public de la santé et des services sociaux s'il y a été employé dans les 90 jours précédents. Québec tente ainsi de limiter l’exode des professionnels vers le réseau privé. Pour Patrice Thibault, c’est une autre incohérence puisque les employés épuisés de leurs conditions de travail dans le réseau public pourraient tout simplement décider de quitter le domaine de la santé.

Ces employés-là ne seront pas plus intéressés à aller travailler au public, observe-t-il. Qu'est-ce qu'on va faire avec cette banque d'employés là qui ne pourront pas travailler tantôt? Où va-t-on les placer?

Une jeune femme noire ramène chez lui un homme âgé en fauteuil roulant.

Une préposée aux bénéficiaires (archives)

Photo : Getty Images

Il explique que plusieurs professionnelles de la santé se tournent vers les agences de placement puisqu'elles leur permettent un meilleur contrôle sur leur horaire de travail.

Je ne crois pas qu'on soit dans une position en ce moment pour refuser qui que ce soit dans nos hôpitaux ou nos résidences.

Une citation de :Patrice Thibault, PDG de MaP Santé

Selon la présidente de l’Association des entreprises privées de personnel soignant du Québec, Hélène Gravel, cette règle est celle qui cause le plus de maux de tête aux agences de placement et aux professionnels en soins.

Actuellement, ce que les infirmières ou le personnel de soins ressentent, c'est qu'on les tient en otage pendant une période de trois mois, affirme-t-elle. Au Québec, en démocratie, tout le monde a le droit de choisir son employeur.

Une demande syndicale

Les syndicats du réseau de la santé réclamaient depuis des mois une intervention du gouvernement pour contrer le recours grandissant aux agences de placement par les gestionnaires. Cela créait de l’injustice pour les employés du réseau, selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.

Le problème, c'est que les agences devenaient prioritaires pour les postes, explique le président du Syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches, Laurier Ouellet. Les employeurs prenaient les travailleurs d’agence, ils les plaçaient de jour. Le monde avec de l'ancienneté de 15 ou 20 ans, ils les plaçaient la nuit.

On n’a rien contre les agences, mais il faut les limiter. On a des besoins qui sont de soir, de nuit et de fin de semaine surtout.

Une citation de :Laurier Ouellet, président, FIQ-SPSCA

De son côté, Hélène Gravel ne croit pas que ce genre de situation se soit produit très souvent.

S’il y a une personne qui a été changée de place, c'est une décision organisationnelle qui ne vient nullement d'une pression d'une agence, dit-elle.

En Chaudière-Appalaches, le réseau public de la santé indique faire appel à entre 30 et 60 travailleurs d’agence par semaine. Le CISSS de Chaudière-Appalaches précise également que cet arrêté ministériel n’a pour l’instant engendré aucun bris de service.

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