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Le combat d'une survivante d'exploitation sexuelle de Sherbrooke contre l'aide sociale

Isabelle Simpson s'exprime avec émotion en conférence de presse.

Isabelle Simpson a été victime d'exploitation sexuelle et de fraude de la part de son proxénète.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Pendant des mois, Isabelle Simpson a vu son chèque d'aide sociale amputé de plusieurs centaines de dollars afin qu'elle rembourse une dette envers le gouvernement. Une dette qui n'était pas la sienne, de surcroît, parce qu'elle avait été causée par son proxénète, à son insu.

Isabelle Simpson se présente comme une guerrière lorsqu'elle raconte son histoire lors d'une conférence de presse, mercredi, à Sherbrooke. Une histoire qui remonte à 2016, alors qu'elle vit sous le contrôle de son proxénète.

Pendant deux ans, ce dernier abuse physiquement et psychologiquement d'elle. Il dépose l'argent qu'elle perçoit en se prostituant dans le compte bancaire de celle-ci, mais sans jamais qu'elle ne le sache puisqu'elle n'avait plus accès à sa carte de guichet et n'avait pas accès à son compte. Cependant, Isabelle Simpson perçoit également de l'aide sociale, ce qui ne lui permet pas, techniquement, de faire des gains financiers.

Sans le savoir, elle accumule donc une dette envers l'aide sociale, qui correspond aux chèques d'assistance et à ses revenus de « travail. »

Une dette injuste

Le jour où Isabelle Simpson alerte les autorités pour obtenir de l'aide, son proxénète est arrêté et plaide coupable à onze chefs d'accusation. Mais au cours de la démarche, la situation se retourne contre elle. La cour exige qu'elle rembourse sa dette au gouvernement.

« Malgré un jugement de la cour qui confirme la culpabilité de ses gestes à mon égard, je me suis retrouvée obligée de rembourser 14 200 dollars, plus intérêts, à l'aide sociale.  »

— Une citation de  Isabelle Simpson

Pendant des mois, l'aide sociale lui retire automatiquement 260 dollars sur son versement mensuel de 648  dollars. Elle doit donc survivre avec moins de 400 dollars par mois, un montant insuffisant pour couvrir ses dépenses, ce qui l'oblige à poursuivre la prostitution.

« J'ai eu l'impression de passer d'un pimp à un autre. Ça n'a fait qu'empirer, parce que j'ai dû continuer, et en plus, faire plus de clients. »

— Une citation de  Isabelle Simpson

Une dette effacée, mais non remboursée

Depuis quatre ans, Isabelle Simpson se bat contre l'aide sociale, avec le soutien des organismes L'Action Plus de Sherbrooke et le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Agression Estrie.

Le groupe a réussi à obtenir l'appui de la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, et de la députée Christine St-Pierre, ex-vice-présidente de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs. Les deux élues ont fait pression auprès du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, qui a finalement utilisé son pouvoir discrétionnaire pour effacer la dette restante de Madame Simpson, un montant d'environ 8000 dollars.

Cependant, même si ce dernier aurait reconnu qu'il s'agissait d'une erreur, il n'a toujours pas accepté de rembourser Isabelle Simpson. Celle-ci demande exige toutefois d'être remboursée jusqu'à la dernière cenne.

Une réaction à la pauvreté

Isabelle Simpson soutient que l'aide sociale a contribué à la violence qui lui a été faite. Selon le CALACS Agression Estrie, il n'existe aucune jurisprudence en lien avec une situation similaire, et elle soutient que le gouvernement aurait peur de créer un précédent en agissant de la sorte.

La députée Christine Labrie souhaite quant à elle qu'une réforme de l'aide sociale soit faite au Québec, puisque les faibles montants versés par l'aide sociale encouragent, selon elle, de nombreuses personnes à trouver des sources de revenus comme la vente de services sexuels.

Ça m'a vraiment choquée que ce soit à ce point là une banalité, pour les femmes, de vendre des services sexuels, pour arriver financièrement quand on vit de l'aide sociale, explique Christine Labrie.

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