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Des chauffeurs de taxi excédés de se faire voler

Un chauffeur de taxi à côté de son véhicule

Kais Bou-Argoub est chauffeur de taxi à Québec

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Des chauffeurs de taxi de Québec n’en peuvent plus de voir certains clients quitter leur véhicule sans payer, en toute impunité. Avec un chiffre d’affaires déjà durement affecté par la pandémie, les vols leur font plus mal que jamais.

Pour Kais Bou-Argoub, la goutte qui a fait déborder le vase est survenue le 24 février dernier. Il s’est fait berner par une cliente qu’il venait de transporter de Vanier à Charlesbourg.

C’est seulement à destination que la femme a admis ne pas avoir d’argent pour payer la course, raconte M. Bou-Argoub.

Elle m'a dit : "Ça ne sera pas long, je vais aller chercher l'argent". J'ai demandé une garantie [...] Elle a laissé son portefeuille, mais elle avait pris la peine d’enlever ses cartes. Dans le fond, son portefeuille était vide.

Des immeubles à logements dans Charlesbourg à Québec

La cliente qui n'a pas payé sa course de taxi à Kais Bou-Argoub s'est réfugiée dans cet immeuble à logements de Charlesbourg

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

La femme n’est jamais ressortie de l’immeuble à logements dans lequel elle s’était engouffrée. M. Bou-Argoub a alors appelé le 911, puis a attendu les policiers pendant plus de deux heures, sans jamais les voir arriver.

En calculant la course d’environ 35 $ et le temps qu’il a perdu sur place, le chauffeur estime que ce sont près de 120 $ qui se sont envolés en fumée.

C'est frustrant parce que tu arrives, tu travailles et après, tu sens que tu t'es fait avoir par un client qui ne paie pas. Il n'y a personne qui souhaite travailler sans se faire payer, ou se faire voler.

Une citation de :Kais Bou-Argoub, chauffeur de taxi

Un phénomène répandu

Le porte-parole des chauffeurs pour Taxi Coop à Québec, Mahdi Dardari, indique que ce genre d’événement est fréquent dans le milieu du taxi, et ce, depuis toujours.

Moi, personnellement, lorsque la vie était normale, je pouvais me faire voler environ trois à quatre courses par année. On est environ 600 chauffeurs dans la région de Québec, donc faites le calcul, illustre M. Dardari

Mais depuis le début de la pandémie, de plus en plus de témoignages parviennent à ses oreilles. Les chauffeurs ne se font peut-être pas voler plus souvent, mais M. Dardari croit qu’ils ressentent davantage le besoin de dénoncer.

Mahdi Dardari est porte-parole des chauffeurs de Taxi Coop à Québec

Mahdi Dardari est porte-parole des chauffeurs de Taxi Coop à Québec.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Pourquoi? Parce que le volume de travail a diminué jusqu’à 80 % certaines journées, selon le porte-parole, ce qui fait en sorte que les vols font proportionnellement plus mal qu’avant.

Quand tu perds 6 $ et qu'il y a beaucoup d'ouvrage, ça te fait moins mal. Mais quand tu perds 6 $ et dans toute ta journée tu fais 60 $, ça paraît beaucoup plus dans le portefeuille, donc je pense que c'est pour ça que c'est plus rapporté.

Une citation de :Mahdi Dardari, porte-parole des chauffeurs de Taxi Coop à Québec

Deux poids, deux mesures

Kais Bou-Argoub ne comprend toujours pas pourquoi les policiers ne sont pas allés à sa rencontre, le matin du 24 février, alors que la cliente fautive se trouvait encore sur les lieux.

Quelqu'un qui va voler dans une épicerie ou un dépanneur, ils vont l'arrêter. C'est un vol à l'étalage. Mais nous, on est pareils! [...] C'est deux poids, deux mesures, croit-il, tout en reconnaissant que les policiers sont déjà intervenus dans le passé lorsqu’il a dénoncé d'autres vols.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a décliné notre demande d’entrevue. Par courriel, le porte-parole David Pelletier explique que la protection de la vie et la sécurité des citoyens doivent être priorisées.

Il est donc possible dans certaines circonstances qu’il y ait des délais à la réponse de certains appels 911 où l’intégrité physique et la sécurité des citoyens ne sont pas en jeu.

Une citation de :David Pelletier, porte-parole du SPVQ
Un lumignon sur le toit d'un taxi

Taxi Coop compte environ 650 chauffeurs à Québec.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Le SPVQ rappelle aussi que l’obtention frauduleuse d’un transport est un acte criminel. Les chauffeurs de taxi peuvent donc déposer une plainte.

Kais Bou-Argoub a choisi de ne pas le faire, craignant que ce soit trop long et que cela implique d’autres pertes de revenus en raison des procédures.

Le porte-parole des chauffeurs, Mahdi Dardari, constate que ses confrères n’ont pas beaucoup de moyens pour récupérer les sommes qui leur sont volées.

C'est sûr que le chauffeur de taxi qui se plaint pour une course [volée], ce n'est pas vu comme le pire crime, mais au bout de l'année, c'est quand même beaucoup d'argent qui est perdu de la part de tous les chauffeurs.

Une citation de :Mahdi Dardari, porte-parole des chauffeurs de Taxi Coop à Québec

Le SPVQ recommande aux chauffeurs de taxi d’être vigilants lorsqu’ils font monter un client à bord, d’établir rapidement les modalités de paiement et de bien observer la personne afin de mieux pouvoir la décrire si un vol survient.

De plus, un système de caméra pourrait non seulement faciliter le travail des policiers en cas de besoin, mais pourra être bénéfique pour dissuader une personne de commettre un acte criminel à bord d’un taxi, ajoute le corps policier.

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