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Un ex-nazi échoue à faire suspendre les démarches d'expulsion du Canada

Helmut Oberlander, de Waterloo en Ontario, est le dernier criminel de guerre nazi en vie au pays

Une vieille photo noir et blanc de Helmut Oberlander, dans sa jeunesse

Helmut Oberlander soutient qu'il était bien un interprète, mais qu'il n'a jamais participé aux meurtres.

Photo : Centre consultatif des relations juives et israéliennes

Jean-Philippe Nadeau

La Cour fédérale a rejeté mardi la requête d'Helmut Oberlander, qui tentait depuis janvier de faire suspendre toutes les démarches des autorités canadiennes visant à l'expulser vers l'Europe.

Helmut Oberlander travaillait durant la Seconde Guerre mondiale comme interprète dans un commando nazi accusé d'avoir tué 20 000 personnes en URSS de 1941 à 1943, en majorité des juifs.

À la lumière de la décision de la Cour fédérale, la Commission de l'immigration et du statut de réfugié pourra entendre les arguments du gouvernement fédéral pour voir s'il y a matière à renvoyer Helmut Oberlander du Canada.

À ce moment-ci, il n'est pas clair s'il serait expulsé vers l'Allemagne, l'Ukraine, voire Israël.

Helmut Oberlander est né dans la république soviétique d'Ukraine le 15 février 1924. Il a grandi dans la ville de Halbstadt, autrefois peuplée à majorité d'Allemands (aujourd'hui Molochansk, NDLR).

Le résidant de Waterloo de 96 ans est le dernier criminel de guerre nazi à faire face à l'expulsion au Canada. Sa citoyenneté canadienne lui avait été révoquée une première fois au début des années 2000, mais l'Ontarien avait pu la récupérer en appel.

Une main qui tend un passeport canadien

Depuis 2000, les tribunaux ont déchu Helmut Oberlander de sa citoyenneté canadienne à quatre reprises.

Photo : La Presse canadienne / Sean kilpatrick

L'avocat de Helmut Oberlander avait déposé in extremis à la fin-janvier une requête de sursis temporaire devant la Cour fédérale, qui la lui avait accordée le matin même où une audience était prévue devant la Commission.

L'audience prévue sur la recevabilité des arguments entourant son expulsion du Canada avait alors été reportée à une date ultérieure au printemps.

La défense avait déposé à la mi-mars une requête pour finalement faire annuler toutes les démarches à l'endroit de son client en évoquant un abus des procédures.

Un homme regarde devant lui.

Helmut Oberlander.

Photo :  B'nai Brith

Dans sa décision la Cour d'appel a toutefois rejeté la requête sur l'abandon des procédures, en écrivant qu'elle était trop prématurée à ce moment-ci.

Le juge Denis Gascon écrit notamment que la division de l'immigration de la Commission n'a pas encore eu l'occasion d'examiner les allégations d'injustice et de tromperie [du demandeur] au sujet de la divulgation de preuves et du manquement du ministre [de la Sécurité publique] au sujet de son devoir de les lui dévoiler.

Le magistrat soutient que les allégations de M. Oberlander doivent d'abord être entendues devant la Commission et que la Cour fédérale n'a pas à s'immiscer dans le processus administratif dans lequel le nonagénaire se trouve.

La Cour fédérale ne peut, à ce stade-ci des procédures, entendre les objections du ministre ou juger du bien-fondé de la requête de M. Oberlander, poursuit le juge.

Aucune date n'a pour l'instant été fixée pour entendre la cause devant la Commission.

Un dédale judiciaire

L'enquête sur le passé troublant d'Oberlander avait été rouverte en 1995 à la faveur d'un amendement au code criminel sur les poursuites contre les criminels de guerre.

Après plusieurs longues batailles devant les tribunaux, le gouvernement fédéral avait finalement retiré pour de bon la nationalité canadienne à Oberlander en 2017, parce que Helmut Oberlander avait notamment menti sur son passé.

Ottawa avait alors entamé un processus d'extradition devant la Commission de l'immigration et du statut de réfugié.

Oberlander avait demandé une révision judiciaire de cette décision, mais en 2018, un juge avait bien conclu que le nonagénaire avait facilité, à titre d'interprète, la commission d'atrocités durant la Seconde Guerre mondiale et qu'il avait menti sur son passé en immigrant au Canada.

Le gouvernement fédéral avait par la suite poursuivi ses efforts devant la Commission pour expulser Oberlander du Canada.

Bill Blair porte un écouteur et suit le déroulement d'un point de presse.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Oberlander avait alors contesté une décision de la Commission qui avait statué en 2019, sur la foi de deux rapports, qu'il avait bien commis des crimes contre l'Humanité et qu'il n'en avait pas faire part aux autorités canadiennes à son entrée au pays en 1954.

Sa défense avait expliqué, lors d'une audience en novembre dernier, que son client éprouvait de graves difficultés de compréhension dues à son âge avancé.

Helmut Oberlander demandait du temps pour bien se préparer malgré les inconvénients de la pandémie et de sa santé, mais la Commission avait refusé en décembre 2020 de reporter l'audience du 8 février 2021 sur son éventuelle expulsion.

Le ministre de l'Immigration, vêtu d'un veston et d'une cravate, parle dans un micro devant des drapeaux du Canada.

Le ministre fédéral de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Helmut Oberlander faisait valoir devant la Cour fédérale que la nouvelle révision judiciaire qu'il demandait ne pouvait lui être accordée après son audience sur son extradition, puisqu'elle deviendrait nulle et non avenue.

La défense d'Oberlander soutenait que les droits de son client inscrits dans la Charte seraient violés s'il n'obtenait pas un sursis et que le stress que cela créerait aurait des conséquences fâcheuses sur sa santé.

Il avait donc obtenu un sursis temporaire. Sa défense avait alors déposé deux mois plus tard la requête sur l'arrêt définitif des procédures contre le résidant de Waterloo. Sans succès.

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