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Archives

Camionner de Rouyn-Noranda à Montréal au début des années 80

Deux camions de marque Kenworth dans un stationnement.

Le camion, véhicule pour certains et mode de vie pour ceux qui ont choisi le métier de routier.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La route 117 qui traverse la réserve faunique La Vérendrye exige une grande attention de la part des automobilistes comme des camionneurs. Un long reportage tiré de nos archives nous raconte ce trajet du point de vue des routiers.

À l’émission Reflets d’un pays du 28 août 1981, l’animateur Serge Cossette s’intéresse au métier de camionneur.

En Abitibi-Témiscamingue, plusieurs types de travailleurs sont habitués à franchir de longues distances durant une journée de travail.

Cela dit, il existe deux types de camionneurs : ceux qui livrent des marchandises à un client dans les limites d’une ville et ceux qui se rendent d’un entrepôt à l’autre.

Le second groupe retient l’attention de Serge Cossette. L’espace d’une journée, il suit le routier Roland Tremblay le long de son trajet Rouyn-Montréal en camion.

Je m'en vais m'accrocher, annonce le camionneur une fois l’inspection de son véhicule complétée.

Reflets d'un pays, 28 août 1981

Qu'est-ce qui peut donc attirer les gens vers le métier exigeant de camionneur?

Tu as ça dans le sang, explique Roland Tremblay à Serge Cossette, lui qui a commencé à rêver à ce métier alors qu’il était enfant. À onze ans, il conduisait pour la première fois un camion avec l’aide de son beau-frère.

Camionner pour une grosse compagnie de Rouyn offre un bon salaire et de bons véhicules, mais si tu n'aimes pas ça, oublie ça, lui confie le routier.

Conduire un camion demande une attention de tous les instants et une grande confiance. Sans compter que tu n’es jamais chez vous.

Le pire temps sur la route l'hiver, c'est l'automne : d’octobre à fin décembre.

Une citation de :Le camionneur Roland Tremblay

Juste le fait de franchir à tout coup le parc de La Vérendrye exige une certaine vocation du camionneur.

Il est néanmoins plus facile de traverser le parc dans les années 80, confirment les collègues de Roland Tremblay. L’hiver, la voirie s’occupe désormais d’épandre du sel sur la route 117.

Auparavant, il fallait se servir de chaînes en cas de besoin, explique le camionneur Gérard Gagnon.

« Quand on partait dans ce temps-là, on savait à quelle l'heure on partait, mais on ne savait pas à quelle heure on arrivait à l'autre bout », illustre le camionneur Adrien Ouellet. « C'était une aventure à tous les voyages. »

En 1981, la route Rouyn-Montréal se fait en 10 à 12 heures plutôt que les 15 à 17 heures que le camionneur devait prévoir anciennement.

Reflets d'un pays, 28 août 1981

Ça prend toute une résistance pour être camionneur, nous confirme Serge Bouchard dans ce second segment du reportage.

L’anthropologue a écrit une thèse sur les routiers qu’il a accompagnés pendant deux années dans leurs déplacements.

Chauffer un camion, explique-t-il, c’est plus qu’un emploi, c’est un métier, un mode de vie.

Un bon chauffeur a le sens de l'équilibre avec sa machine.

Une citation de :L'anthropologue Serge Bouchard

Le reportage de Serge Cossette nous laisse d’ailleurs voir certaines habitudes des routiers qui forment ensemble une communauté.

Sur le bord de la trail à vaches, surnom donné à la route du parc de La Vérendrye, des restaurants accueillent des touristes l’été et des camionneurs tout au long de l’année.

Pour la serveuse Sylvie Bouthillier, les camionneurs ne sont pas seulement des clients réguliers, mais des amis qui aiment jaser et flâner.

Les camionneurs s’assoient souvent ensemble pour se détendre le temps d’un repas. Ils aiment nous réveiller. Ils sont assez grouillants, souligne Sylvie Bouthillier qui connaît par cœur leurs préférences.

Une fois dans leur camion, les routiers communiquent également entre eux à l’aide de radios « CB ». Un outil indispensable, affirme le routier Roland Tremblay.

Les « CB » leur permettent de se prévenir des dangers sur la route, mais aussi de se divertir entre collègues, de tirer du sommeil l’un d’entre eux.

Parler, jaser, chanter, je peux faire n'importe quoi en même temps. Je suis chez nous.

Une citation de :Le camionneur Roland Tremblay

La famille qui reste à la maison est celle qui souffre le plus de ce mode de vie. On ne se voit pratiquement pas, témoigne Roland Tremblay.

Le camionneur, d’un autre côté, n’est jamais vraiment seul. Deux, trois camions se suivent souvent pour se soutenir et s’entraider.

On ne laisse jamais un autre camionneur tout seul sur le chemin, confirme un collègue venu aider Roland Tremblay avec une crevaison. On se dépanne entre camionneurs, peu importe le nom de la compagnie qui apparaît sur le véhicule.

La conduite d'un camion demande une très haute compétence technique, affirme l’anthropologue Serge Bouchard, qui décrit les camionneurs comme des artistes de l’embrayage.

En ce début d’années 80, le trajet Rouyn-Montréal s’allège pour les camionneurs qui coopèrent entre eux et qui peuvent compter sur un meilleur entretien de la route 117.

L’anthropologue redoute cependant l’arrivée de l’embrayage automatique dans les camions.

Ça va tuer beaucoup l'identité des camionneurs qui sont capables de jouer avec ces systèmes de vitesse là de façon merveilleuse, conclut Serge Bouchard en 1981.

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