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Achat local : vérifiez les prix!

Se rendre compte qu’on a payé son achat deux, même trois fois plus cher qu’ailleurs n'a rien de réjouissant. C’est ce qui vous attend si vous ne faites pas attention. Plusieurs consommateurs ont témoigné à La facture de leur frustration après avoir constaté des écarts de prix importants pour un même produit.

Achat en ligne

Sonia Tremblay présente les paquets contenant les deux robes reçues.

Photo : Radio-Canada

François Sanche

Sur Facebook, Sarah-Jeanne Parent-Laliberté a été attirée par une publicité sur un produit de plus en plus populaire : la culotte menstruelle. « J'ai vu la publicité sur le site de Facebook, je me suis intéressée et je me suis dit que ça a l'air d'être une compagnie locale; je cherchais à avoir des produits menstruels écologiques. » Sans plus de vérification, elle a commandé un lot de cinq paires de culottes à 64 $ sur le site Internet Ellza. Le prix lui semblait d’autant plus alléchant que le produit était en rabais.

Sauf que le délai de livraison lui a semblé particulièrement long pour un produit local.

Et je vois sur mon traçage électronique de Postes Canada que le colis est à Vancouver, donc clairement, le produit vient d'Asie , remarque-t-elle.

Satisfaite néanmoins du produit, elle a voulu en racheter, mais cette fois, en faisant quelques recherches au préalable. Surprise! Elle a trouvé le même produit à 2 $ sur AliExpress. 

Sarah-Jeanne Parent-Laliberté, cliente

Sarah-Jeanne Parent-Laliberté

Photo : Radio-Canada

Je me suis vraiment sentie trahie avec cet achat, surtout parce que ce sont des produits essentiels.

Une citation de :Sarah-Jeanne Parent-Laliberté

Selon toute vraisemblance, la boutique en ligne Ellza, qui n’a pas répondu à nos demandes d’explications, fait de la livraison directe, du dropshipping, deux mots qu'il faudrait retenir. Autrement dit, elle vend des produits qu’elle n’a pas en stock.

La livraison directe est légale

La livraison directe est un modèle d'affaires tout à fait légal, dont bien des consommateurs ne sont cependant pas toujours conscients.

Sylvain Amoros, professeur associé en Commerce électronique à HEC, en explique ainsi le fonctionnement. Le marchand, lui, n'a pas le produit. Il n'expédie pas ce produit; il va se tourner vers un grossiste, dit-il. Et c'est donc lui qui conclura la transaction en livrant directement le produit au consommateur.

Mais comme le consommateur a fait la transaction avec le marchand, poursuit-il, il ne sait pas nécessairement que le produit qu'il reçoit vient d'un autre marchand.

Cette pratique, aussi vieille que le commerce, est légale. Mais elle peut étonner le consommateur qui, comme Sarah-Jeanne, croyait faire affaire à une boutique en ligne locale.

N'importe qui qui achète les culottes sur le site d'Ellza pourrait très bien le faire sur AliExpress de la même façon et, donc, payer beaucoup moins cher pour le même produit.

Une citation de :Sarah-Jeanne Parent-Laliberté

Plus que jamais, il est important de comparer les prix, mais selon Sylvain Amoros, il est normal qu’un intermédiaire demande plus cher pour un produit puisqu’il doit assumer ses propres frais d’exploitation. Toutefois, dans la mesure où cet intermédiaire offre une valeur ajoutée, le consommateur sera prêt à payer.

Je ferai une métaphore avec les agences de voyages, illustre M. Amoros. On sait que si on va acheter son billet d'avion directement au transporteur, on va payer moins cher. Néanmoins, en tant que consommateur, si on décide de passer par une agence de voyages, on sait qu'il y a une valeur ajoutée qui va être créée. Avoir des billets, un autre billet plus rapidement, avoir un autre hôtel plus rapidement si votre commande est annulée.

La revente de produits sur le web

Au-delà de la livraison directe, plusieurs boutiques en ligne font de la revente traditionnelle : elles commandent des produits qu’elles expédient par la suite à leurs clients. Mais avec Internet, les consommateurs peuvent découvrir plus facilement d’où viennent les produits. Les revendre devient donc plus périlleux.

Sonia Tremblay, dont le compte Instagram sur le thème des personnes Taille Plus est suivi par 20 000 abonnées, a remarqué la présence accrue d'intermédiaires annonçant leurs produits sur les réseaux sociaux.

Sonia Tremblay

Sonia Tremblay

Photo : Radio-Canada

Une abonnée a parlé du fait qu'une boutique vendait des vêtements beaucoup plus cher sous une bannière québécoise, puis finalement, les vêtements, elle les avait retrouvés sur un autre site à l'international.

Une citation de :Sonia Tremblay

En effet, on retrouve les mêmes vêtements dans la boutique en ligne Emma-Rose que sur la plateforme chinoise Shein, mais pas au même prix. Par exemple, une robe affichée à 19 $ (livraison incluse) chez Shein est vendue 78 $ (plus 12,99 $ de livraison) dans la boutique en ligne québécoise.

Constat

Nous avons commandé les deux robes. Après les avoir toutes deux reçues, leurs étiquettes sont toutefois différentes et, dans le paquet de la boutique Emma-Rose, de petites attentions ont été ajoutées : un couvre-visage et un rabais de 10 $ pour un prochain achat. Mais les robes sont identiques, ce qui a choqué Sonia Tremblay.

Si c'était des designers québécois, si c'était fait au Québec, c'est différent. On paye quand il y a une redevance québécoise dans un produit. Mais ici, on parle de l'importation exacte du même produit, déplore-t-elle. Je n’ai pas l'impression que je redonne à la communauté québécoise en achetant plus cher.

Qu’est-ce qui justifie un aussi grand écart de prix? La propriétaire d’Emma-Rose, Valérie Guillemette, explique qu’elle offre une valeur ajoutée justifiant amplement son prix : sa boutique présente une sélection de produits qu’elle a personnellement testés et son service à la clientèle est supérieur à celui d’une plateforme internationale : Emma-Rose échange tous les vêtements gratuitement, même les sous-vêtements, en plus de prodiguer des conseils à ses clientes. J’ai beaucoup de clientes très satisfaites, ajoute-t-elle.

Un peu de magasinage nous a permis de constater d’autres différences importantes entre des boutiques en ligne locales et internationales :

Robe licorne :

  • Boutique Québec Jouet : 33,95 $

  • Wish : 11 $

Bracelet magnétique pour bricoleur de la marque Highever :

  • Amazon : 21,98 $ (plus 4,18 $ de frais de livraison le cas échéant)

  • acheterquebec.com : 55 $

Atomiseur désinfectant à nanoparticules, grande portée de la marque Healthy Lifestyle :

  • Masquébec : 169,95 $ (sans les taxes, livraison incluse)

  • Alibaba : 74,49 $ (livraison incluse)

Appelé à réagir à nos constatations, le président d’Acheter Québec, Stéphane Ouellette, explique qu’il n’a aucun contrôle sur les prix, puisque acheterquebec.com est une plateforme hébergeant des vendeurs indépendants. Selon lui, il est toujours important de magasiner, surtout pour les produits qui viennent de Chine; par contre, acheterquebec.com offre de nombreux vrais produits locaux qui valent le détour.

La vendeuse indépendante Judith Claude nous a répondu qu'elle a un petit entrepôt. Elle fait venir ses produits de Chine ou d’Europe et elle doit engager des frais. Mme Claude nous souligne qu’elle ne comprend pas comment Amazon peut vendre son bracelet magnétique à 21,98 $.

Pour sa part, Masquébec nous a fait valoir que l'avantage de faire affaire avec Masquébec est de [soutenir] une entreprise locale, qui offre un service à la clientèle hors pair et qui redonne à la communauté.

De plus, l'entreprise met les consommateurs en garde, avertissant que les produits que l'on peut trouver sur Amazon ne sont pas nécessairement les mêmes. Il existe une panoplie de produits similaires, utilisant les mêmes photos, qui ne sont pas nécessairement de qualité.

Nous sommes une petite entreprise de Montréal n'ayant aucun moyen de compétitionner avec le géant qu'est Amazon, que ce soit au niveau de la logistique, de l'entreposage, de la main-d'œuvre et du transport, ajoute-t-elle. Nous n'avons donc pas le choix de faire venir les produits par avion, ce qui est beaucoup plus coûteux.

Et nous n’avons eu aucune réponse de la part de la Boutique Québec Jouet.

Sylvain Amoros, professeur associé en commerce électronique, HEC.

Sylvain Amoros, professeur associé en commerce électronique, HEC

Photo : Radio-Canada

Un achat local ou pas?

Conclusion : que ce soit de la revente de produits ou de la livraison directe, c’est au consommateur de déterminer si la valeur ajoutée liée à l’achat local compense le prix plus élevé. Et bien qu’une entreprise soit québécoise, il n'est pas simple de déterminer s’il s'agit ou non d’un achat local.

Dans le cas des robes achetées par La facture, Sylvain Amoros est plutôt catégorique.

Si on essaie de répondre à la question "est-ce un achat local?" La réponse est non, parce que dans ce cas-ci, le produit est fait en Chine.

Pour cet expert, il faut néanmoins tenir compte du fait que si l’entreprise est incorporée au Québec, il y a des taxes qui sont payées au Québec.

Sarah-Jeanne et Sonia Tremblay veulent favoriser l’achat local, mais pas à n’importe quel prix. Lorsque l’écart de prix est très important, elles doutent que leur achat en vaille la peine.

Quand on regarde la pratique de la livraison directe, je me dis : que ce soit quelqu’un à Montréal, que ce soit quelqu’un à Boston, ou que ce soit en Australie, j'aurais le même produit. Je ne considère pas que j'ai encouragé le commerce local.

Une citation de :Sarah-Jeanne Parent-Laliberté

Pour bien magasiner

Quelques trucs peuvent vous aider le consommateur à faire de bons choix. M. Amoros propose de taper le nom du produit dans un moteur de recherche comme Google. Les différents sites qui offrent le produit sortiront.

Sarah-Jeanne propose sinon de faire comme elle a fait, soit sa propre enquête sur les produits que l'on souhaite acheter et, surtout, ne pas hésiter à faire plus de recherche, donc à ne pas acheter sur le premier site trouvé.

Sonia Tremblay suggère quant à elle de s'assurer que le prix du produit est relativement conforme à ce que le produit vaut.

La meilleure façon, c'est de poser des questions à la boutique, fait-elle valoir. On peut leur écrire et leur demander d'où viennent les produits ou qui est le fournisseur. On peut aussi prendre des photos du produit sur le site, faire une recherche Google par image pour voir si le produit ne se retrouve pas sur d'autres sites.

C'est souvent comme ça qu'on se rend compte des différences de prix phénoménales qu'on peut trouver pour la même image.

Une citation de :Sonia Tremblay

Le reportage du journaliste-animateur François Sanche, de la journaliste à la recherche Melissa Pelletier et de la réalisatrice Stéphanie Desforges sera diffusé ce soir à 19 h 30 à l’émission La facture.

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