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La stratégie de vaccination doit changer immédiatement, selon un expert

Zain Chagla est assis à son bureau et sourit.

Le Dr Zain Chagla est médecin spécialiste des maladies infectieuses.

Photo : CBC/Radio-Canada / Craig Chivers

De plus en plus de voix s’élèvent pour demander une révision de la stratégie ontarienne face à la pandémie. De la vaccination - son déploiement et sa distribution - au confinement en passant par les considérations politiques, le Dr Zain Chagla offre son opinion sur la situation dans la province.

Le Dr Chagla est médecin en maladies infectieuses à l’hôpital St. Joe's de Hamilton ainsi que professeur agrégé à l'Université McMaster. Selon lui, chacun des éléments de la réponse provinciale à la crise sanitaire mérite une révision attentive.

Q : Dr Chagla, plusieurs experts demandent que les membres de la population active qui doivent se rendre au travail chaque jour deviennent éligibles à la vaccination dans la province dès maintenant. Qu’en pensez-vous?

R : Avec la COVID-19, les études suggèrent que l’âge semble être le plus grand facteur de risque de mort. C’était donc tout naturel, au début, d’adopter une stratégie de vaccination basée sur l’âge. Or, [...] les personnes âgées de 65 ou 70 ans ne se déplacent pas beaucoup et ne transmettent pas particulièrement la maladie. [...] On se retrouve dans une situation où nous avons fait un bon travail pour vacciner les personnes plus âgées et leurs donneurs de soins, mais cette stratégie n’a eu aucun impact sur la transmission dans la communauté.

Or, si l’espoir est de ralentir la transmission communautaire, il va falloir penser à vacciner ceux qui sont le plus à risque de contracter la maladie - pas nécessairement seulement ceux qui vont en mourir.

Donc, si on devait tracer une ligne entre les deux stratégies, je pense que 65 ans, c’est la ligne.

C’est maintenant. Vaccinons les gens qui sont à risque de contracter la maladie et de la transmettre. Et ce sont les gens qui doivent aller travailler chaque jour, entre autres.

Q : Pourquoi n’utilisons-nous pas une stratégie de vaccination basée sur celle utilisée pour enrayer l’épidémie de fièvre d’Ebola, la vaccination en anneau?

R : Pour que cette stratégie soit efficace, il faut réussir à vacciner [tous les contacts d’une personne] qui contracte la maladie. Or, nous avons tellement de transmission communautaire…

Cependant une stratégie géographique - basée sur les codes postaux, peut-être - serait très efficace. Idéalement, nous irions dans des zones à haute transmission, et nous vaccinerions tout le monde dans cette zone. On pourrait procéder par code postal, et faire des blitz de vaccination au porte-à-porte.

Q : Est-ce que ça signifie que, pour vous, les dernières mesures de confinement seront inefficaces?

R : Si on résume, pour les régions de Toronto et de Peel, ces nouvelles mesures de confinement signifient que les terrasses des restos et des bars doivent fermer [elles étaient ouvertes du 20 au 2 avril, NDLR]. Pour ces deux régions, les nouvelles règles ne changent rien d’autre.

[...] Ce ne sont pas les terrasses des bars et des restaurants qui sont responsables des hauts taux de transmission qu’on voit présentement. Ce sont les lieux de travail à haut risque. Il semble d’ailleurs que les écoles, malheureusement, en font de plus en plus partie.

Je ne crois pas que les mesures imposées en ce moment vont mener à une décroissance de la transmission.

Q : Donc si je comprends bien, d’après-vous, les terrasses devraient être ouvertes?

Il y avait peut-être un peu de transmission [sur les terrasses] mais elle n’explique pas les 3000 cas quotidiens dans la province.

Pensez-y : est-ce que c’est mieux d’être installé sur une terrasse, en respectant une distanciation physique, et où il y a un traçage des contacts à l’entrée, ou de pousser les gens vers une réunion à l’intérieur autour d’une table de cuisine?

Dans le contexte actuel, pourquoi ne pas permettre des activités à faible risque, comme les terrasses? Ou encore des activités à l’extérieur où plus de cinq personnes peuvent se rassembler et observer les règles?

[...] Donner quelque chose aux résidents pour qu’ils aient un peu de répit dans un environnement à faible risque n’est pas à négliger.

Q : Pensez-vous que le gouvernement ontarien fait un bon travail pour distribuer et injecter les vaccins rapidement après les avoir reçus du gouvernement fédéral?

Il y a beaucoup de questions de logistique. Il faut comprendre que s’il y a, par exemple, un million de doses dans les frigos, ça ne veut pas dire que ces doses-là n’ont pas été attribuées à quelqu’un.

Ceci étant dit, si les centres de vaccination sont vides - et certaines cliniques dans mon coin, à Hamilton, avaient des plages horaires de vides dimanche - c’est très inquiétant. Il faut faire quelque chose.

Q : Pensez-vous que nous devrions ouvrir des centres de vaccination ouverts 24 heures sur 24, 7 jours par semaine comme aux États-Unis? Devrions-nous songer à mobiliser l’armée pour accélérer le pas?

R : [...] Il manque de doses pour songer à de tels plans. [...] Puisque le nombre de doses est limité, il faut s’assurer que les doses sont distribuées aux bonnes personnes, celles qui sont le plus à risque de contracter la maladie et de la transmettre.

Q : Certaines personnes suggèrent que l’âge typique de la personne qui vote pour le Parti progressiste-conservateur est de plus de 60 ans. Est-ce que Doug Ford va à la chasse aux votes en leur offrant le vaccin en priorité?

Il y a beaucoup de voix qui se font entendre en ce moment. Certaines personnes ne sont pas bien représentées dans le groupe de travail décisionnel de la province. Certaines voix ne s’y font pas entendre. Et c’est à nous, médecins, de militer pour ces gens, pour les travailleurs essentiels, pour tous ceux qui sont à risque.

Q : Devrions-nous simplement passer à la 2e phase de la stratégie de vaccination (Nouvelle fenêtre) dès maintenant?

R : Oui. Absolument!

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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