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C'est la fin d'un règne pour Régis Labeaume

Régis Labeaume a annoncé qu'il ne solliciterait pas un 5e mandat en novembre.

Régis Labeaume a annoncé qu'il ne solliciterait pas un 5e mandat en novembre.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Le maire de Québec remettra les clés de l'hôtel de ville en novembre prochain, après presque 14 ans à la mairie.

Mon temps est fait et j'aspire à une autre vie, a laissé tomber M. Labeaume

C'est l'usure du temps, au fil de quatre mandats marqués par la réalisation de plusieurs grands projets, qui aura eu raison de M. Labeaume, qui a soufflé ses 65 ans dimanche.

Accession

Régis Labeaume avait été élu une première fois en décembre 2007. Il avait remporté l'élection partielle à la suite de la mort subite de la mairesse Andrée P. Boucher. Parti bon dernier dans les sondages, avec à peine 5 % des intentions de vote, il avait remporté l'élection avec 59 % des voix.

Il allait créer son parti, Équipe Labeaume, en vue de l'élection générale de 2009. Il a été élu trois fois par la suite, toujours avec une équipe majoritaire.

Le maire Régis Labeaume lors du cocktail de financement d'Équipe Labeaume à l'automne 2016.

Le maire Régis Labeaume lors du cocktail de financement d'Équipe Labeaume à l'automne 2016 (archives)

Photo : Radio-Canada

Fierté

Ses premières années à la mairie ont été influencées par son désir de redonner une fierté aux habitants de Québec. L'approche des célébrations du 400e de la ville de Québec lui a donné une première occasion de dévoiler son style autoritaire.

À peine élu, il confie à Daniel Gélinas, directeur général du Festival d'été, le mandat de sauver l'événement, qui ne va nulle part.

Porté par le succès des fêtes, le maire se lance dans d'autres projets d'envergure. Il crée les grands événements pour animer la ville. Il accorde plus de financement au Festival d'été et au Carnaval, par exemple. Il ajoute des événements au calendrier comme Bordeaux fête le vin et le Festival d'opéra.

Le sport n'est pas en reste. Il réussit à attirer dans la ville des compétitions internationales, dont font partie le Grand Prix cycliste et le Tour de ski.

Amphithéâtre

Ce qui va cristalliser cette envie de grandeur, c'est la construction d'un nouvel amphithéâtre. Enjeu électoral de l'année 2009, Régis Labeaume réussit à galvaniser les citoyens de Québec en faisant miroiter le retour d'une équipe de la Ligue nationale de hockey (LNH).

Le maire, qui a besoin de 400 M$, va réussir un coup de maître en convainquant le gouvernement du Québec de payer la moitié de la facture et en confiant la gestion de l'infrastructure au groupe Québecor.

La première pelletée de terre a lieu en 2012, après une crise politique au sein du gouvernement péquiste et une contestation devant les tribunaux.

Plus de cinq ans après son ouverture, le Centre Vidéotron n'a pas rempli ses promesses. La Ville renonce chaque année à percevoir le loyer, faute de revenus suffisants, et aucune équipe de la LNH n'y joue.

Régis Labeaume va aussi flirter pendant plusieurs années avec l'idée de présenter à Québec des Jeux olympiques d'hiver. Il va officiellement enterrer son projet en 2016.

Les quatre hommes se tiennent la main en signe d'alliance. À l'arrière, on aperçoit la glace de la patinoire de hockey ainsi que les estrades vides.

Philippe Couillard, Pierre Dion, Régis Labeaume et Sam Hamad lors de l'inauguration officielle du Centre Vidéotron, le 8 septembre 2015. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Réseau structurant

À peine l'amphithéâtre inauguré que le maire se lance dans l'autre grand projet de son administration : doter la Ville de Québec d'un réseau de transport structurant.

Entre 2010 et 2018, le projet aura pris plusieurs formes. Régis Labeaume rêve d'abord d'un tramway. Le gouvernement libéral de Philippe Couillard traverse alors une période d'austérité. Le maire est contraint de revoir son projet à la baisse. L'idée de mettre en place un SRB, un service rapide par bus, en partenariat avec la Ville de Lévis, prend forme.

Après l'abandon du projet par son partenaire, le maire de Québec se retrouve sans projet à présenter à la population en vue de la campagne électorale de 2017, qui approche à grands pas.

Quelques semaines après avoir remporté son élection avec une majorité de 55 %, le maire Labeaume reçoit le signal qu'il attendait. Le premier ministre Couillard lui demande de remettre son projet de tramway sur les rails.

Le changement de gouvernement au Québec à l'automne 2018 vient considérablement compliquer le projet. Le financement du réseau structurant, le tracé et la desserte des banlieues vont ralentir le démarrage du projet.

Le conseil des ministres donne finalement le feu vert au projet en avril 2021.

Régis Labeaume a pris la parole lors de la deuxième séance de consultation sur le projet de transport structurant.

Régis Labeaume lors d'une séance de consultation sur le projet de transport structurant. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Finances

Une des fiertés du maire de Québec aura été d'avoir remis les finances de la Ville en ordre. Au tournant des années 2010, il a fait adopter un cadre financier qui inclut une politique de gestion de la dette. Dix ans plus tard, le maire estime que ce geste porte ses fruits. La politique a permis de donner à la Ville une certaine prévisibilité.

Les fonds de prévoyance qui ont été mis en place ont permis à la Ville de Québec de faire face à l'imprévu. La gestion de la pandémie de COVID-19 a été un test pour les finances de la Ville. La première année de la crise sanitaire a même permis de dégager un surplus budgétaire.

La dette de la Ville ne diminue pas aussi rapidement que le maire l'avait d'abord anticipé, mais malgré des investissements records, elle ne monte pas.

La Ville de Québec est passée d'une des villes les plus endettées à l'une des villes les moins endettées.

Langue de bois

Dans les premières années de son mandat, le maire de Québec n'a pas la langue de bois. Il ne se considère pas comme un politicien. Il a son style bien à lui. Son franc parlé va cependant lui causer parfois des ennuis.

Sa formule les fourreurs du système, pour parler des fonctionnaires municipaux, lui vaudra une poursuite en diffamation. Il y en aura d'autres, déposées contre lui, surtout dans les premières années de son mandat.

Il sera à couteaux tirés avec les maires de l'agglomération. Les quotes-parts imposées aux villes défusionnées feront l'objet d'une contestation judiciaire. Les villes réclament près de 40 millions de dollars à la Ville de Québec.

Il y aura aussi une poursuite des villes de Lac-Beauport et de Stoneham dans le dossier de l'eau potable.

Le maire a connu des ratés avec certains projets. L'embauche de Clotaire Rapaille pour découvrir le code de Québec aura fait couler beaucoup d'encre.

Vivre ensemble

Le dernier mandat du maire aura été marqué par un événement sans précédent. Le 29 janvier 2017, six personnes sont tuées et 14 autres blessées à la grande mosquée de Québec. Un choc innommable pour la ville et ses citoyens.

En réaction, le maire va commencer un dialogue entre les différentes communautés. Cette initiative va déboucher sur un principe du vivre-ensemble et l'embauche d'une experte-conseil en diversité, équité et inclusion. Régis Labeaume se donnait le mandat de combattre le racisme dans les prochaines années. Il regrette de ne pas s'être intéressé à la question plus tôt.

L'attaque du Vieux-Québec, le 31 octobre 2020, aura aussi laissé des traces.

Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec, où s'est produit l'attentat, entouré du premier ministre Philippe Couillard et du maire de Québec, Régis Labeaume.

Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec, où s'est produit l'attentat, entouré du premier ministre Philippe Couillard et du maire de Québec, Régis Labeaume (archives)

Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Santé

Le maire n'aura pas mené que des batailles à l'hôtel de ville. Sa vie personnelle aussi a été bouleversée dans les dernières années.

À l'automne 2018, un examen de routine permet de détecter un cancer de la prostate. Le diagnostic est confirmé dans les premières semaines de l'année suivante. Pour la première fois depuis son accession à la mairie, il doit prendre une pause.

Il ne restera à la maison que quelques semaines seulement. L'opération qu'il subit est une réussite. Le maire est en rémission.

Durant son absence, il continue de suivre de près les affaires de la Ville. C'est l'époque où le financement du réseau structurant est remis en question. En toute discrétion, il négocie une sortie de crise avec la mairesse de Montréal.

Quelques mois plus tard, il doit accompagner son père, qui est atteint du cancer à son tour. Le maire devient proche aidant.

Appui

Le maire quitte la vie politique alors qu'il a encore des appuis solides. Les résultats des plus récents sondages démontrent qu'il a encore la faveur d'environ 50 % des électeurs de la ville de Québec.

Lorsqu'il quittera l'hôtel de ville, en novembre, il aura servi durant 14 ans.

En fait de longévité à la tête de la ville, il est troisième dans l'histoire de Québec. Il arrive tout juste derrière Lucien Borne et Jean-Paul L'Allier, qui auront fait respectivement 15 ans et 16 ans à la mairie.

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