•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des hôpitaux ont envisagé de recruter des travailleurs non qualifiés en bloc opératoire

Face au mécontentement qu'a suscité cette annonce auprès des employés et des syndicats, le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal a indiqué qu'il tenterait de trouver une solution « convenant à tous ».

Deux personnes marchent près de l'entrée de l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Les problèmes de pénurie de main-d'œuvre sont criants dans le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, particulièrement à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

La pénurie de main-d'œuvre au sein du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal est telle que deux hôpitaux ont envisagé recruter des personnes non qualifiées pour travailler en bloc opératoire.

Mais cette proposition a eu tôt fait de susciter la grogne au sein des employés et de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui s'est fait présenter le projet jeudi en fin d'après-midi.

Pour pallier le manque de ressources, notamment des infirmières et des infirmières auxiliaires, les gestionnaires du CIUSSS ont décidé de mettre sur pied un projet-pilote afin d'embaucher des personnes n'ayant pas de formation spécifique en santé pour travailler dans les hôpitaux Maisonneuve-Rosemont et Santa Cabrini.

Pour devenir « assistant technique » – un poste qui n'existe nulle part ailleurs au Québec, selon la FIQ –, les candidats ont simplement besoin d'un diplôme d'études secondaires. L'appel de candidatures a été affiché en ligne cette semaine, explique Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Est-de-l'Île-de-Montréal (FIQ SPS ESTIM).

Au terme d'une formation de huit semaines, ces nouveaux venus devront, entre autres, « assister » les professionnels de la santé, s'occuper des patients et stériliser les équipements, selon Montreal Gazette, qui a rapporté l'histoire en premier.

C'est quelqu'un qui va être dédié à faire tout ce qu'on lui demande, mais qui n'inclut pas tous les actes qui sont réservés [aux professionnels]. Donc, il ne pourra pas être imputable de rien, résume M. Cloutier, qui juge l'idée « beaucoup trop risquée ».

Qu'une personne non qualifiée puisse occuper un rôle qui revient habituellement à des professionnels en soins est inacceptable, d'autant plus dans un milieu aussi névralgique que le bloc opératoire, insiste-t-il.

Selon lui, réduire les problèmes de pénurie de main-d'œuvre ne peut se faire au détriment de la qualité des soins reçus par les patients.

Des hôpitaux ont considéré recruter des travailleurs non-qualifiés en bloc opératoire

Bien plus que « passer des outils »

En proposant de recruter une main d'œuvre inexpérimentée, le CIUSSS démontre que le rôle de l'infirmière est fort mal compris, estime pour sa part Pierre-David Gagné, infirmier clinicien.

M. Gagné, qui travaille comme assistant au bloc opératoire de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, rappelle que les tâches qui lui incombent vont au-delà de « passer des outils ».

On fait de l'assistance chirurgicale, on prépare des solutions médicamenteuses, on fait des soins de plaies, on positionne le patient, énumère-t-il.

Avant d'être en mesure d'accomplir toutes ces tâches, poursuit-il, il faut compter entre 6 à 9 mois de formation afin de bien comprendre toutes les spécialités du bloc opératoire. Et ce, même pour ceux qui possèdent une formation de base, comme un diplôme d'études collégiales (DEC) en soins infirmiers, précise-t-il.

Certaines infirmières sont aussi appelées à superviser des activités en bloc opératoire, souligne de son côté Denis Cloutier. D’où l’importance que les gens qui sont autour du patient […] lors de l'opération soient dûment formés.

Une page sur laquelle on peut lire : Formation académique : Doit détenir un diplôme de secondaire V (...).

Le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal a proposé de recruter des travailleurs sans expérience à qui il offrirait une formation de 8 semaines. Le prérequis : un diplôme de secondaire 5.

Photo : Radio-Canada

Le CIUSSS mènera des consultations

Après avoir essuyé des critiques, le CIUSSS a déclaré samedi qu'il entendait former des « groupes de discussion » pour sonder ses employés au cours des prochaines semaines et ultimement trouver une proposition convenant à tous.

La solution doit être réfléchie avec les différentes équipes de nos blocs opératoires, a indiqué une porte-parole du CIUSSS, Valérie Lafleur, sans toutefois confirmer que le projet-pilote était définitivement écarté.

Sachant que la pénurie de main-d'œuvre ne se résorbera pas d’ici les prochains mois et qu'il faudra permettre aux patients d'être opérés dans des délais raisonnables, a-t-elle ajouté, il est nécessaire de s’ouvrir à de nouvelles façons de faire.

Pour Denis Cloutier, la solution passe notamment par des incitatifs qui permettront de ramener les professionnels de la santé dans les hôpitaux où les problèmes de recrutement sont les plus criants.

Le président de la FIQ SPS ESTIM raconte que des démissions dans le réseau de l'Est-de-l'Île surviennent toutes les semaines. Nombreux sont ceux qui finissent par partir, fatigués de subir les inconvénients de la pénurie de main-d'œuvre, dont le temps supplémentaire obligatoire, dit-il.

Il y a un exode massif des travailleurs vers des cliniques privées et des milieux où la pénurie est moins sévère, témoigne aussi Pierre-David Gagné. À l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, on a perdu 35 % de nos effectifs en soins infirmiers, illustre-t-il.

« L'hôpital est dans une espèce de sable mouvant où les gens peinent à respirer. »

— Une citation de  Pierre-David Gagné, infirmier clinicien à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont

Bien qu'il soit « louable » que le CIUSSS tente de résoudre le problème, la solution doit toutefois passer par l'intervention du gouvernement, croit-il.

Québec ne donne aucun autre outil à nos gestionnaires pour nous permettre d'attirer et de garder des gens, déplore M. Gagné.

Avec des informations de Julie Émond

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !