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Un bunker datant de la guerre froide sera démantelé

Un bunker de North Bay, dans le nord de l'Ontario, pourrait entreposer des millions d'archives si le projet de la Canadian Broadcast Museum Foundation va de l'avant.

Une fois les tunnels nord et sud fermés, le bunker pouvait accueillir jusqu'à 400 personnes sous terre pendant plus d’un mois.

Photo : Civil Defence Museum

Les Forces armées canadiennes étudient la manière dont sera démantelé un bunker antiatomique situé à North Bay, dans le Nord de l'Ontario. Il avait été construit à plus de 180 mètres sous terre.

Pourtant, l'aspect patrimonial et unique de l'infrastructure construite lors de la guerre froide suscite l’intérêt de nombreuses personnes au cours des dernières années.

La structure souterraine pouvait accueillir jusqu'à 400 personnes en cas de bombardement nucléaire.

Son démantèlement s'annonce complexe en raison des questions de sécurité qu'il soulève et de la taille colossale du bâtiment, selon les Forces armées canadiennes.

À cela s'ajoute des problèmes environnementaux : le bunker est situé à côté du lac Trout, une réserve d'eau potable de la ville de North Bay.

Le commandant de la 22e escadre de North Bay, Mark Lachapelle, assure que toutes les mesures seront prises afin de conserver la qualité et la sécurité de l’eau.

Un lieu de mémoire

C’est un peu nostalgique pour moi. J’ai commencé ma carrière dans ce complexe en 2003. Mais c’est important de continuer le processus de démantèlement, affirme le commandant Lachapelle.

Le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) a construit seulement deux centres de commandement souterrains : un à Cheyenne Mountain dans le Colorado et un autre à North Bay.

L'installation nord-ontarienne a été spécialement conçue pour résister à une explosion nucléaire de 4 mégatonnes, soit 267 fois plus puissante que la bombe larguée à Hiroshima.

Des personnes sont en réunion.

Le Canada était la première ligne de la défense aérienne de l'Amérique du Nord. Si la guerre froide devenait «chaude», il était crucial de s'assurer que les opérations de défense aérienne se poursuivraient aussi longtemps que possible. (Archives)

Photo : Canadian Civil Defence Museum

Le coût d’exploitation de la bâtisse à son minimum s’élève aujourd'hui à deux millions $ par an, d'après les Forces armées.

C’est un lieu de mémoire, mais qui par son ampleur et son caractère unique pourra difficilement être sauvé, regrette Marie LeBel, professeure à l'Université de Hearst et historienne.

Ce bâtiment démontre la place de North Bay au cœur de la défense nationale, notamment lors de la guerre froide qui opposait l'Union soviétique et les alliés des États-Unis, selon la professeure d’histoire.

Ce lieu chargé d’histoire témoigne également de la paranoïa de l’époque. Il ne faut pas faire disparaître ces lieux, plaide Mme LeBel.

L'historienne cite en exemple le Diefenbunker à Ottawa, devenu un musée en 1998. Le bunker, achevé en 1962, devait servir à abriter les dirigeants militaires et gouvernementaux du Canada en cas d'attaque nucléaire.

La guerre froide, c’est une guerre qui n’a pas eu lieu, mais il y avait de la peur, de la terreur. North Bay était finalement au cœur d’un conflit secret.

Une citation de :Marie LeBel, professeure à l'Université de Hearst et historienne

Si jamais dans cet équilibre de terreur [au cours de la guerre froide] quelqu’un avait appuyé sur le bouton de la bombe nucléaire, North Bay possédait un centre où l’on pouvait y survivre un laps de temps, explique Marie LeBel.

Une fois les tunnels nord et sud fermés, le bunker pouvait accueillir des centaines de personnes sous terre pendant plus d’un mois.

Un des tunnels menant au bunker.

L'accès au complexe se fait par un tunnel nord de 2012 mètres de long depuis la base aérienne et par un tunnel sud de 960 mètres de long depuis la ville. (Archives)

Photo : Canadian Civil Defence Museum

Pour préserver cet édifice, la professeure d’histoire suggère un financement commun entre les États-Unis et le Canada.

À l'époque, les États-Unis avaient financé les deux tiers du bâtiment, dont la facture totale s'élevait à 51 millions $.

C’est une mémoire nord-américaine de la guerre, [...] une page d’histoire qui a marqué les générations, abonde Marie LeBel.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le ministère du Patrimoine canadien n'avait pas répondu aux questions de Radio-Canada.

Questions de sécurité

Selon les Forces armées canadiennes, la vente du bâtiment à une autre organisation ne peut pas être effectuée pour des raisons de sécurité.

Le bâtiment est sur la base militaire de NORAD, à l’endroit de nos opérations qui sont délicates, explique, le commandant de North Bay, Mark Lachapelle.

Un musée est d’ailleurs déjà installé sur la base militaire de North Bay, rappelle M. Lachapelle.

Une femme tape sur un ordinateur.

À son apogée, environ 700 militaires et civils canadiens et américains travaillaient dans le bunker. (Archives)

Photo : Canadian Civil Defence Museum / Civil Defence Museum

Les premiers superordinateurs utilisés à l’époque dans le bunker ont été transférés depuis plusieurs années dans cet espace muséal, où sont également disposées des images d’archives.

On pourrait le reconstituer en petits morceaux, comme dans certains musées, mais ça ne montrera jamais l’ampleur de la peur et de la paranoïa qui existait entre 1949 et 1989, observe l’historienne Marie LeBel.

Une deuxième vie

Casinos, musées, espace de stockage d’archives de films… De nombreuses personnes étaient intéressées par un investissement dans la structure au cours des dernières années.

Quand j’étais maire de North Bay, une énorme compagnie voulait dépenser des millions de dollars pour transformer cet espace souterrain en un centre de stockage de données, rappelle le député provincial de Nipissing, Vic Fedeli.

Le démantèlement de cette structure signifiera la fin d’une époque et d’opportunités futures dont la communauté et des gens d'ailleurs parlent depuis plusieurs décennies.

Une citation de :Vic Fedeli, député provincial du Nipissing

À l’époque où la municipalité de North Bay s’intéressait à l’achat du bunker, le gouvernement fédéral estimait les coûts de démantèlement à plus de 100 millions $, affirme l’élu.

Deux hommes contrôlent des tableaux de bord.

Les opérations de défense aérienne ont officiellement débuté dans le bunker le 1er octobre 1963 et se sont poursuivies 24 heures sur 24 pendant 43 ans. (Archives)

Photo : Canadian Civil Defence Museum

La conseillère municipale de North Bay, Johanne Brousseau, rappelle qu’en 2019, la Ville a approché le ministère de la Défense nationale à la demande de citoyens qui voulaient faire un musée dans le bunker nord-ontarien.

Une lettre nous est parvenue en disant que le terrain n’était pas à vendre. Même pour commencer une conversation, ça s’est arrêté là, se remémore Johanne Brousseau.

NORAD est une organisation militaire binationale fondée en 1958 par le Canada et les États-Unis pour surveiller et défendre l'espace aérien de l'Amérique du Nord ainsi que des régions maritimes.

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