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L’OVNI de l’aéroport Montréal-Trudeau est un canular

Les images vues des centaines de milliers de fois ont été produites dans le cadre d’un projet scolaire portant sur les fausses nouvelles.

Des lumières survolent l'aéroport Montréal-Trudeau. Le mot FAUX est superposé sur l'image.

Cette fausse vidéo a été vue plus de 600 000 fois sur Facebook.

Photo : Capture d'écran YouTube

Des vidéos et des photos virales d’un prétendu OVNI survolant l’aéroport international Montréal-Trudeau ont été vues des centaines de milliers de fois dans les derniers jours, en plus d’attirer l’attention d’ufologues à l’international. Or, elles sont le fruit de montages d’une professionnelle de l’animation 3D produits pour le compte d’étudiants de l'École polytechnique de Montréal, qui ne s’attendaient pas à faire autant de bruit sur les réseaux sociaux.

J’ai vu au moins trois pages qui disent qu’elles ont filmé ça elles-mêmes, et il y a du monde qui est convaincu qu’ils les ont vues, raconte Arnaud, l’un des étudiants derrière le projet. Il a demandé qu’on taise son nom de famille afin de ne pas nuire à son emploi.

On a tellement appris de choses dans les 24 dernières heures, sur comment tout ça peut devenir aussi incontrôlable, sur la rapidité avec laquelle les gens s’accaparent la nouvelle et à quel point ça peut être dommageable s’il y a de mauvaises intentions derrière, ajoute-t-il, se disant plus que surpris de l’ampleur qu’a prise son canular.

Trois photos de points de lumière dans le ciel à différents endroits à Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Quelques-unes des fausses photos d'OVNI partagées sur Facebook par Arnaud et son équipe.

Photo : Captures d'écran Facebook

Créer un monstre

Des images de trois lumières flottant dans le ciel de Dorval se sont mises à circuler sur Facebook mardi soir. La version la plus virale de la vidéo, partagée sur le profil d’un internaute québécois, a depuis été visionnée plus de 600 000 fois.

Vu au-dessus de l'aéroport de Dorval à Montréal, pompiers partout et l'aéroport est interdit d'accès (selon la description originale du vidéo qu'on m'a envoyé). J'ai eu le temps d'enregistrer (screenrecord) la vidéo avant qu'elle se fasse "delete" par le compte initial. Jugez par vous-mêmes, peut-on lire dans le message accompagnant la publication.

Dans la section commentaires, des internautes débattent – parfois sur un ton polémique – de l’authenticité de la vidéo.

L’Aéroport international Montréal-Trudeau a pourtant démenti l’histoire sur sa page Facebook, mercredi après-midi (Nouvelle fenêtre), soutenant que certains éléments ne tenaient pas la route. On y expliquait notamment qu’il n’y a pas eu de déploiement de pompiers à l’aéroport le 30 mars et qu’il n’y avait pas non plus de neige sur le sol, alors qu'on en voit sur la vidéo. La publication a été partagée moins de 600 fois en date de vendredi matin.

Tout cela est parti d’une vidéo YouTube téléversée par Arnaud et son équipe sur la chaîne Espresso News, un faux média qu’ils ont créé de toute pièce. Les étudiants ont également créé une page Facebook du même nom, sur laquelle ils ont diffusé un faux article sur le sujet ainsi qu’un lien vers la vidéo. Ils ont ensuite partagé les publications d’Espresso News sur leurs propres profils en plus de publier eux-mêmes des photos de l’OVNI. Un faux profil au nom de Rita Edwards a aussi servi à propager les images.

Une photo d'un faux article disant que l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau a été forcé d'annuler plusieurs vols en raison de plusieurs mystérieux objets lumineux volant dans son espace aérien.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La fausse nouvelle diffusée par Espresso News sur Facebook.

Photo : Capture d'écran Facebook

En moins de deux heures, Facebook a désactivé la page Espresso News ainsi que le compte de Rita Edwards. La vidéo avait alors été partagée moins d’une centaine de fois, selon Arnaud.

Je suis vraiment impressionné de la vitesse avec laquelle Facebook a arrêté tout ça. Mais comme on avait mis la vidéo sur YouTube et qu’elle est restée en ligne, elle a continué à circuler et à vivre par elle-même, explique-t-il.

Avec plus de 75 000 vues en date de vendredi matin, la vidéo YouTube a entre autres été partagée par deux stations de radio britanno-colombiennes ainsi que sur des pages Facebook d’ufologie anglophones, hispanophones, francophones et italiennes.

Une capture d'écran d'une publication Facebook de l'ufologue mexicain Pedro Ramirez.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'ufologue mexicain Pedro Ramirez a partagé la vidéo sur son compte Facebook. « 30 mars 2021, c'est le moment de croire », peut-on lire dans la publication.

Photo : Capture d'écran Facebook

Travail de fin de session

Cette opération de diffusion de fausse nouvelle a été menée dans le cadre d’un travail de fin de session pour le cours Introduction à la cybercriminalité de Polytechnique Montréal, dispensé par le professeur Stéphane Lapointe.

On a des évaluations pratico-pratiques où les étudiants doivent poser des gestes bien concrets en fonction de ce qu’on leur a enseigné, explique M. Lapointe en entrevue.

Le travail de session consiste à étudier un phénomène web en faisant l’observation participante. Les équipes peuvent plancher sur le sujet de leur choix – les arnaques amoureuses, par exemple – et en tirer leurs constats. L’équipe d’Arnaud a choisi les fausses nouvelles.

Trois lumières flottent au-dessus d'un champ enneigé dans le ciel.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Capture d'écran de la seconde vidéo de l'OVNI diffusée sur les réseaux sociaux.

Photo : Capture d'écran

L’étudiant et son professeur disent avoir fait preuve de prudence dans leur choix de la fausse nouvelle à produire dans le cadre du projet.

Il n’y a rien de politique ou de religieux là-dedans, et rien de compromettant pour quelqu’un, estime Arnaud. Mais je vois maintenant que ça commence à devenir un peu politique sur les réseaux sociaux, ce qui est dommage.

Arnaud dit d’ailleurs qu’il prévoyait mettre en ligne un démenti de la vidéo le lendemain de sa diffusion, mais qu’il ne sait pas comment s’y prendre de manière efficace, puisqu’il s’attendait à ce que celle-ci soit visionnée par seulement une poignée de gens dans son entourage.

À la lumière des conséquences inattendues de la diffusion de cette fausse nouvelle, Stéphane Lapointe dit qu’il aura une réflexion dans le futur si une autre équipe s’intéresse à un sujet comme ça.

Ils sont peut-être un peu victimes de leur succès, dans le sens qu’il y a différentes qualités de fausses nouvelles. La vidéo que j’ai écoutée, je l’ai trouvée accrocheuse et bien faite. Ce n’était pas de ce calibre-là quand des étudiants ont fait des projets semblables dans le passé. En voulant bien faire l’exercice et en voulant que ce soit un succès, ils ont peut-être trop bien fait, finalement, analyse M. Lapointe.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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