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La construction résidentielle plongée dans une tourmente qui risque de perdurer

Un travailleur debout sur la structure d'une maison en construction.

Un travailleur de la construction sur un chantier résidentiel.

Photo : CBC

Au Québec, le secteur de la construction résidentielle est sous pression. La demande est forte, mais les entrepreneurs doivent composer avec la hausse des prix, le manque de matériaux et la pénurie de main d'œuvre. Il s’agit d’un véritable casse-tête qui va durer encore plusieurs mois.

Le prix du bois d'œuvre monte en flèche depuis le printemps 2020, mais c'est aussi le cas pour d'autres matériaux de base comme l’aluminium ou l'acier.

Cette situation est une source d'inquiétude pour Alain Turgeon, copropriétaire d'une entreprise de construction située en Estrie et spécialisée dans les portes et fenêtres.

J'ai une augmentation de 5 % demain et j'en ai déjà eu une en début d'année. Une année standard, il y en a une et on passe l'année comme ça. Quand on fait une soumission, on va garantir nos prix pour 30 jours. Il y en a qui garantissent leur prix pour deux jours maintenant.

Mais son principal souci demeure les difficultés d'approvisionnement en matériaux. Par conséquent, M. Turgeon est obligé de faire patienter ses clients.

En général, on a des délais entre 3 et 8 semaines, là, c'est plus entre 6 et 16 semaines. Il y a même des produits dont j'ai même pas de date [de disponibilité], explique-t-il.

Ainsi, son carnet de commandes est déjà rempli jusqu'en novembre.

Quand tu cédules six mois à l'avance, c'est très difficile de savoir ce qui va arriver, que ce soit côté humain ou température. On va peut-être commencer des jobs, pas le finir, se faire payer partiellement, parfois étirer. Ce sera pas facile, ça va être stressant. J'ai des fournisseurs qui ne répondent plus au téléphone. Ils ne peuvent pas parler à tout le monde, c'est vraiment fou, témoigne M. Turgeon.

De leur côté, les distributeurs de matériaux font leur possible pour servir les entrepreneurs, mais c'est de plus en plus difficile, comme l'explique Michel Arseneault, propriétaire d'une cour à bois à Montréal.

Le plus gros stress est toujours de dire non aux clients. Ils veulent réserver leur stock, réserver leur prix, ils veulent être sûrs que dans trois mois, ils vont avoir du stock, mais nous on ne peut pas garder le stock des semaines et des semaines. On est obligé de dire : revenez nous voir dans un mois, sachant très bien que la situation ne se sera pas améliorée.

Une citation de :Michel Arseneault, propriétaire d'une cour à bois à Montréal

Je garantis qu'il va y avoir des pénuries, dont le bois traité, le cèdre, le gypse, la laine, donc il y a beaucoup de produits qui vont manquer. On va juste être obligé de dire : il n'y en a plus. Ils vont être obligés de remettre leur projet à plus tard, l'année prochaine. On va faire ce qu'on peut avec ce qu'on a, prévoit-il.

Pour écouter le reportage de Vincent Rességuier diffusé à L'heure du monde, sur ICI Première, cliquez ici

Des hausses de prix jusqu'à 25 %

Le prix de certains produits a triplé depuis un an, mais Michel Arseneault assure que les bénéfices ne vont pas dans ses poches.

Le chiffre d'affaires augmente parce que la demande est démesurée et les prix ont augmenté, mais la marge est de plus en plus petite. On ne fait pas plus d'argent, mais je suis sûr qu'il y a quelqu'un, quelque part, qui s'en fait pas mal, plaide-t-il.

Et il pense qu'au final, la facture est absorbée par le consommateur.

Un homme transporte des palettes de bois.

Pour remédier à la pénurie de bois d'œuvre, l'APCHQ demande au gouvernement québécois de favoriser une plus grande exploitation de la forêt.

Photo : La Presse canadienne / JACQUES BOISSINOT

Un entrepreneur, qui a demandé l'anonymat, reconnaît qu'il a mis ses clients à contribution.

Ça s'explique à un client. C'est facile de dire : c'est pas nous, on avait prévu ça il y a un an, mais avec le contexte, il y a un bond de 15 % à 25 %. Comme ici, ma cliente, elle paye le prix que ça vaut. Point final, dit-il. Cependant cet entrepreneur doit composer avec les réactions négatives de quelques clients.

Ils sont en crise parce que le chantier a duré très longtemps, entre autres, à cause de la pandémie. Je suis la balise qui a créé ça, mais c'est pas moi qui ai fait ça. On essaie d'être psychologue, on n'a pas le choix.

La pression sur les entrepreneurs, c'est d'abord et avant tout de servir le client, selon attentes et délais convenus, mais le risque est élevé.

Pénurie de bois d’œuvre

Pour François Bernier, vice-président de l'Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec, le mot d’ordre est d’être extrêmement transparent et extrêmement prévoyant, de part et d’autre. Les consommateurs ont leurs attentes. Les entrepreneurs doivent aviser et trouver la meilleure solution possible.

Il ne voit pas la situation s'améliorer avant l'année prochaine.

Depuis la fermeture de l'économie en mars dernier, les usines qui nous approvisionnent n'ont jamais pu se remettre, jamais. On est dans une situation d'incapacité dans la chaîne de production, indique M. Bernier.

Et pour remédier à la pénurie de bois d'œuvre, il demande au gouvernement québécois de favoriser une plus grande exploitation de la forêt.

Il faut amener au marché davantage de bois. C'est pas juste le 2 par 4, c'est aussi toute la chaîne intermédiaire qui fait des poutrelles, des fermes de toit. Tous ces agents manquent de matériaux. C'est notre ressource, il vaut mieux l'exploiter et rapidement, plaide-t-il.

Le Québec récolte annuellement près de 30 millions de mètres cubes de bois dans les forêts publiques et privées. Le gouvernement veut augmenter ce volume de 15 % d'ici 5 ans.

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