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La côte vue des airs.

Les taux d'oxygène dans les profondeurs du golfe, notamment dans celles de l'estuaire, continuent de s'abaisser (archives).

Photo : Radio-Canada / Nicolas Pelletier

Il y a moitié moins d’oxygène dans les profondeurs de l’estuaire que dans les années 70. Ce changement a des impacts importants sur l’ensemble de l’écosystème du fleuve Saint-Laurent.

En 2020, les biologistes de l’Institut Maurice-Lamontagne ont noté un taux de seulement 15 % d’oxygène à 300 mètres de profondeur dans l’estuaire.

On n'avait jamais observé de taux aussi bas. C’était 20 % au début des années 2000.

C’est une situation assez alarmante, particulièrement dans l’estuaire.

Une citation de :Marjolaine Blais, biologiste à l'Institut Maurice-Lamontagne

Peu d’espèces peuvent survivre dans un environnement où il y a si peu d’oxygène, poursuit la biologiste. Les espèces comme la morue ou le loup atlantique vont fuir les zones profondes de l’estuaire parce qu’il n’y a pas assez d'oxygène pour leur permettre de survivre.

Un poisson et un crabe patientent près de petites roches.

Une scène observée au fond du fleuve Saint-Laurent

Photo : Patrick Bourgeois

Ce manque d’oxygène dans certains secteurs du golfe a donc un impact direct sur la distribution des espèces dans l’estuaire et le golfe. Ça vient réduire l’espace qu’elles sont en mesure d’occuper dans le Saint-Laurent. Si elles doivent toutes se concentrer au même endroit, ça se peut que la compétition devienne plus importante entre elles, relève la spécialiste.

Température de l'eau et conditions météorologiques

Plusieurs facteurs expliquent la diminution des taux d’oxygène dans l’eau du golfe. Marjolaine Blais en retient deux.

D’une part, les masses d’eau qui entrent dans le golfe par le détroit de Cabot et le plateau néo-écossais sont plus chaudes.

Les eaux du golfe Saint-Laurent se réchauffent et la quantité d’oxygène décroît.

D’autre part, les matières organiques sont de plus en plus abondantes en raison des tempêtes, de l’absence de glaces et des inondations plus fréquentes. Au fond, explique la biologiste, on a plein de micro-organismes, de bactéries qui vont venir dégrader ces matières. Les bactéries, ce sont des organismes vivants, ça consomme de l’oxygène. Plus on a d’apport en matières organiques, plus on risque de diminuer les quantités d’oxygène.

Une chaloupe sur un plan d'eau formé par le débordement du lac Saint-Pierre.

Les inondations printanières sont courantes au lac Saint-Pierre, situé en amont de l'estuaire.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Et ce n’est pas le seul changement observé par cette scientifique qui s’intéresse à la biochimie du fleuve.

À la base de la chaîne alimentaire

Les biomasses de phytoplancton et de zooplancton sont aussi en mutation. Tous ces changements s'enchaînent dans une boucle induite par les changements climatiques.

La floraison (ou bloom) phytoplanctonique est plus précoce dans la plupart des régions du golfe et la composition de ces microalgues semble se modifier, selon les prélèvements réalisés dans la vallée de Shédiac.

Les chercheurs observent aussi une hausse de la biomasse de phytoplancton à l’automne.

Illustration d'algues marines dans l'océan.

Le phytoplancton est à la base de la chaîne alimentaire marine.

Photo : getty images/istockphoto / slavadubrovin

L’augmentation de la biomasse végétale pourrait avoir un effet sur les taux d’oxygène. Cette biomasse supplémentaire est broutée par du zooplancton, qui produit des déchets métaboliques.

Ces déchets coulent vers le fond. Et ça, c’est de la matière organique, relève la biologiste, qui souhaiterait évaluer plus attentivement l'impact de ce phénomène.

Une mutation en profondeur

Dans le Saint-Laurent comme dans la plupart des océans, le zooplancton est principalement constitué de copépodes.

Le zooplancton est principalement constitué de copépodes, de minuscules crustacés mesurant parfois moins de 0,2 millimètre. Ceux du Saint-Laurent appartiennent à l’ordre des calanoides, le plus répandu dans les océans. Il y en a d'innombrables espèces. C'est la base du plancton marin.

Le type de copépodes qu’on trouve dans la biomasse du Saint-Laurent est aussi en train de changer.

Il y a davantage de petits copépodes et moins de gros. Pour un gros prédateur, fait valoir Marjolaine Blais, dépenser son énergie pour attraper un petit copépode plutôt que pour en attraper un gros, ce n’est pas pareil. Il va falloir qu’il en mange beaucoup plus pour obtenir la même quantité d’énergie.

Les scientifiques ont noté que l'état physiologique et le succès reproducteur de poissons de fourrage comme le maquereau, le capelan ou le hareng sont influencés par l’abondance des copépodes. Ces constats montrent que ce qui se passe dans l’assemblage du zooplancton a des répercussions ailleurs dans la chaîne alimentaire.

Un bateau à quai.

Au cours d'une mission en mer, les scientifiques prennent des échantillons sur près de 90 sites différents dans l'estuaire du Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

L’analyse des conditions biochimiques dans le golfe du Saint-Laurent en 2019 et 2020 par la biologiste Marjolaine Blais, de l’Institut Maurice-Lamontagne, résulte d’un échantillonnage réalisé en partie dans le cadre du Programme de monitorage de la zone atlantique (PMZA).

Ce programme permet de recueillir périodiquement des échantillons sur des transects répartis partout dans le golfe et l'estuaire du Saint-Laurent avec deux stations fixes, l'une à Rimouski et l'autre dans la vallée de Shédiac.

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