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Une tarification potentielle controversée sur la rivière Bonaventure

Carolann Gravel-Tremblay faisant du canot sur la rivière Bonaventure (courtoisie).

La rivière Bonaventure est l’un des principaux attraits touristiques de la Gaspésie (archives).

Photo : Courtoisie : Carolann Gravel-Tremblay

Radio-Canada

Une nouvelle stratégie déposée au ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP), qui comprend notamment une tarification pour les usagers récréatifs qui souhaiteront faire la descente de la mythique rivière gaspésienne, suscite la controverse. Cime Aventures, qui opère sur le cours d'eau, soutient que les mesures contenues dans ce plan sont inconstitutionnelles.

Une douzaine de partenaires se sont réunis à cinq reprises, depuis décembre 2020, afin d’élaborer un plan de match ayant pour but de faciliter la cohabitation sur le cours d'eau, tout en le protégeant.

Des représentants d’entreprises touristiques, d’associations de propriétaires riverains, du monde municipal et d’organismes environnementaux y ont notamment contribué. La ZEC de la rivière Bonaventure a déposé ce plan à la fin du mois de mars.

S'il est approuvé par le MFFP, plusieurs nouvelles règles pourraient donc être en vigueur dès cet été sur la rivière. C’est d’ailleurs la ZEC de la rivière Bonaventure qui serait mandatée de les appliquer.

Les activités demeureront permises sur la rivière Bonaventure; le nombre d’usagers quotidiens pour la descente autonome ou commerciale sera néanmoins limité. La ZEC ne dévoile pas, pour le moment, dans quelle proportion. Selon l'entreprise récréotouristique Cime Aventures, on parlerait néanmoins d'une diminution de 75 %.

La descente de la rivière ferait aussi l’objet d’une nouvelle tarification pour tous les usagers, qu’ils soient résidents locaux ou touristes. Le plan prévoit en effet que l’achat d’un laissez-passer familial saisonnier (60 $ pour deux adultes et tous leurs enfants) ou d’un laissez-passer journalier pour les dix ans et plus (12 $) sera obligatoire.

Des canoteurs sur la Bonaventure

La rivière Bonaventure : un élément important du territoire de la municipalité de Bonaventure

Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/Léa Beauchesne

Ces montants sont, selon le président du conseil d’administration de la ZEC de la rivière Bonaventure André Hébert, comparables à ceux qui peuvent être appliqués par les ZEC terrestres. Si le ministère [de la Forêt, de la Faune et des Parcs] trouve des fonds […] pour pallier les dépenses de notre budget, on va les prendre et ça ne coûtera rien pour les citoyens pour accéder à la rivière, nuance André Hébert, qui rappelle que le plan n’est pas coulé dans le béton et qu'il sera évolutif.

Les profits engendrés seraient investis pour l’embauche de personnel dédié à la sensibilisation et à l’entretien des berges. Le budget prévoit un total de huit employés pour la saison estivale. L’aménagement d’aires d’arrêt le long du cours d’eau est également prévu.

Par ailleurs, le document prévoit aussi que l’enregistrement à l’un des points d’entrée de la ZEC sera nécessaire, sauf pour les baigneurs. La baignade sera par ailleurs interdite à proximité de certaines fosses à saumons. Les détails de ce plan, baptisé Plan global de cohabitation pour la rivière Bonaventure, seront dévoilés la semaine prochaine par la ZEC.

Cime Aventures conteste

Cime Aventures, qui propose des descentes sur la rivière Bonaventure, a demandé un avis juridique en la matière. Selon la directrice générale Élodie Brideau, le document de 39 pages défend que le plan déposé par la ZEC au MFFP est inconstitutionnel. Le droit à la navigation constitue, rappelle-t-elle, une compétence fédérale.

Il y a un avocat qui est là-dessus actuellement. Le MFFP va recevoir une lettre de notre avocat les sommant de ne pas approuver le [plan] tel que présenté. Si le MFFP décide d'entériner le [plan] tel que présenté, ils vont recevoir une lettre de poursuite, assure la gestionnaire.

Une femme porte ses cheveux en toque et est habillée d'une chemise en jeans.

Élodie Brideau est directrice générale chez Cime Aventures (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Mme Brideau fait valoir que son entreprise négocie de bonne foi depuis 20 ans avec la ZEC quant aux modalités d’utilisation de la rivière Bonaventure. Pour elle, l’organisation, gérée par l’Association des pêcheurs sportifs de la Bonaventure, utilise l’excuse des débordements qu’on a connus en Gaspésie en 2020 pour […] reprendre l’exclusivité de l’accès au territoire pour les pêcheurs.

La directrice s’oppose d’ailleurs farouchement à l’imposition d’un tarif au public pour la descente. La rivière Bonaventure est l’une de nos richesses dans la Baie-des-Chaleurs et l’argent ne doit pas être un frein pour pouvoir accéder au territoire. C’est un pas de recul. Pour moi, c’est socialement inacceptable, fait-elle valoir.

Le plan global, pour nous, c’est la goutte qui fait déborder le vase.

Une citation de :Élodie Brideau, directrice générale de Cime Aventures

L’entrepreneure convient que des investissements sont nécessaires afin que les usagers soient accueillis adéquatement et de façon responsable. Selon Élodie Brideau, c’est à Cime Aventures et à la ZEC de la rivière Bonaventure d’assumer les dépenses qui permettront une utilisation durable ainsi que la protection du cours d’eau.

Cime Aventures s'est retirée du comité multipartite à l'origine du plan le 17 mars dernier, le jugeant partial et biaisé.

Le défi de la cohabitation

Les problèmes de cohabitation entre pêcheurs, baigneurs, propriétaires riverains et canotiers, déjà présents auparavant, se sont exacerbés avec le fort achalandage touristique enregistré l’été dernier, ce qui a poussé la ZEC de la rivière Bonaventure à agir.

Les gens campaient un petit peu partout sur la rivière Bonaventure, il y avait beaucoup de papier de toilette qui traînait pas mal partout. […] Il y a plus de 100 personnes qui ont une résidence sur la rivière Bonaventure et il y a eu beaucoup de dérangement au niveau de la quiétude, résume le président du conseil d’administration de la ZEC de la rivière Bonaventure, André Hébert.

La rivière Bonaventure, en 2020, avait l’air plus d’un aqua parc que de l’une des plus belles rivières au monde!

Une citation de :André Hébert, président du conseil d’administration de la ZEC de la rivière Bonaventure

La ZEC estime que le plan permettra de mieux protéger la rivière, tout en bonifiant l’expérience des usagers. L’organisation est néanmoins consciente qu’il s’agit d’un sujet sensible. La Ville de Bonaventure a également pris acte de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux à la suite de la médiatisation du dossier.

Le maire de Bonaventure, Roch Audet

Le maire de Bonaventure, Roch Audet (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Ça comporte certains irritants, on en est conscients. Il y a une activité économique importante, mais il y a aussi une richesse collective à préserver, fait valoir le maire de Bonaventure, Roch Audet. L’élu estime que le plan élaboré semble correspondre à des orientations qui sont nobles.

Un dossier à suivre

L’assemblée générale annuelle de la ZEC de la rivière Bonaventure aura lieu le 27 avril prochain. Le plan global adopté par son conseil d’administration le 22 mars dernier sera présenté aux membres à cette occasion.

Un vote portant exclusivement sur la question de l’enregistrement des usagers aura aussi lieu lors de cette rencontre virtuelle. Quant au plan, il fera également l’objet d’une rencontre citoyenne au cours du mois d'avril. La date exacte de l'événement n'était pas connue au moment d'écrire ces lignes.

Un texte de Roxanne Langlois

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