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L’enjeu de la francophonie à peine effleuré au Yukon en période électorale

Façade d'un édifice décoré d'une murale.

L'Association franco-yukonnaise s'assure à chaque campagne électorale de sonder les partis sur des enjeux de la francophonie.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Les partis politiques ont tour à tour publié leur plateforme électorale cette semaine, mais très peu d’attention a été portée aux enjeux de la francophonie du Yukon.

Le Parti libéral a traduit en français le sommaire de ses propositions, alors que le Nouveau Parti démocratique a énoncé une série de mesures comme celle d’assurer un accès aux services gouvernementaux en français ou de créer des programmes d’éducation à l’Université du Yukon.

Le Parti du Yukon n’a fait aucune mention de la francophonie dans son programme. Mais dans un communiqué envoyé le 1er avril, le parti s'engage à dédier un siège du conseil d'administration de l'Université du Yukon à un francophone.

Comme à son habitude, l'Association franco-yukonnaise (AFY) a soumis un questionnaire directement aux partis en plus de demander une rencontre, demande acceptée par chacun des chefs de parti.

La directrice générale, Isabelle Salesse, affirme que, somme toute, les réponses et l'engagement des partis sont positifs.

Il n’y a aucun parti qui n’a pas répondu à nos questions ou qui a refusé de nous rencontrer. Donc, ça déjà, c’est très positif, et on va construire là-dessus, peu importe le gouvernement qui va passer le 12 avril.

Une citation de :Isabelle Salesse, directrice générale, AFY
Isabelle Salesse devant la réception d'un édifice.

La directrice générale de l'Association franco-yukonnaise, Isabelle Salesse, affirme que les trois partis se sont montrés ouverts aux questions évoquées.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Soins de santé en français : la grande priorité

De tous les sujets abordés, c’est surtout celui de la création d’une clinique de soins de santé bilingues qui tient le plus à cœur aux représentants de la francophonie.

Annoncé l’été dernier par le gouvernement sortant, le projet est inclus dans le budget territorial, qui n’a pas été adopté, avec un financement de plus de 1 million de dollars dans le prochain exercice financier.

À la question de savoir si les partis s’engagent à poursuivre le projet d’une clinique, tous ont répondu par l’affirmative.

Pour nous, c’est rassurant. C’est quelque chose qu’on a, qu’on peut garder, peu importe quel sera le parti, on va revenir à la charge avec ça, si jamais il y avait des ratés ou quoi que ce soit […] Avoir la garantie par écrit que tout le monde s’engage avec ça.

Immigration francophone

L'autre dossier avancé dans les questions soumises aux partis concerne l’immigration francophone, principalement, explique Isabelle Salesse, l’appui financier accordé aux organismes francophones pour le recrutement à l’étranger de main-d'œuvre francophone.

Une question qui préoccupe tout particulièrement la Garderie du petit cheval blanc, dont certaines employées sont arrivées par le biais de ces initiatives.

Des enfants et une éducatrice assis sur de petites chaises en bois à une table, mangent.

Le recrutement de personnel à la Garderie du petit cheval blanc est un défi de taille.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

La directrice de la garderie, Jocelyne Isabelle, explique que, une fois arrivées, les nouvelles recrues font face à d'autres obstacles administratifs qui mériteraient d’être revus.

[Il faudrait] faciliter les démarches des gens une fois qu'ils sont rendus ici. [...] Quand les employés sont ici et veulent poursuivre leurs démarches, c’est beaucoup de frais pour les permis, pour les examens médicaux, les examens de langues, et les documents à remplir sont vraiment lourds.

Sur cette question, les trois partis s'engagent à collaborer avec la communauté. Le Parti libéral entend dévoiler une stratégie en immigration élaborée en consultation avec la communauté francophone. Le Nouveau Parti démocratique veut réviser les cibles d’immigration francophone au Yukon en partenariat avec le programme territorial de candidature à l’immigration. Le Parti du Yukon propose d’étudier, avec la communauté, les façons d’attirer davantage d’immigrants au territoire.

Consultez tous nos contenus sur les élections 2021 au Yukon.

Peu de communications en français

Des trois partis, seul le NPD a répondu aux questions de l’Association en français. Isabelle Salesse note que la documentation ou l’affichage n’a fait aucune place au français.

Des affiches électorales près d'une artère routière.

La circonscription Porter Creek Centre comprend le quartier résidentiel Whistle Bend où se déroule la majeure partie de la construction résidentielle des dernières années à Whitehorse.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Considérant qu'il y a des francophones qui travaillent dans les partis, ç’aurait été apprécié qu’il y ait un peu plus français visible dans la campagne électorale; cependant, ce n’est pas le cas. C’est à améliorer pour les prochaines élections.

La communauté francophone n’a par ailleurs jamais eu de député francophone élu à l'Assemblée législative, bien que, souligne la Mme Salesse, certains s’y soient déjà exprimés dans la langue de Molière. C’est le cas notamment de la chef néo-démocrate bilingue Kate White.

Un député francophone nécessaire?

C’est pas parce qu’on n’a pas essayé, lance Jean-François Deslauriers, candidat néo-démocrate en 2011. Ça me surprend beaucoup parce que les francophones, je pense qu'on n'est pas mal politique, surtout hors Québec [parce qu'il] faut lutter pour faire reconnaître nos droits linguistiques, alors c'est un peu décevant.

Florine Leblanc, candidate libérale en 1996, était l’une des premières francophones à se présenter dans des élections territoriales. Elle affirme que c'était une façon pour elle de mettre à l'avant-plan la justice des femmes et la francophonie, deux causes qu'elle avait à cœur.

Photo d'archives de Florine Leblanc.

Présidente fondatrice du groupe Les EssentiElles, Florine Leblanc voulait comme candidate aux élections territoriales de 1996, faire avancer les enjeux de la justice pour les femmes et de la francophonie.

Photo : Florine Leblanc

Le noyau des gens franco-yukonnais est très politisé au niveau plus communautaire. Quand tu vas dans la grosse piscine, tu dilues un peu ton message, tu dilues un peu ta capacité de représenter ton monde, puis, moi, je peux comprendre que les gens ne veuillent pas nécessairement aller jouer dans cette grosse piscine-là, affirme-t-elle.

L'Acadienne, de retour dans sa région natale, se souvient que l'expérience lui avait fait voir l’envers du décor en politique. J’étais là pour gagner des votes francophones. On s’est un peu servi de moi, pis je l’ai réalisé par après, mais en même temps, ça nous a mis de l’avant comme francophonie dans des enjeux [auxquels] on n'aurait peut-être pas eu accès.

Jean-François Deslauriers rappelle qu’en tant que membre d’un caucus il faut faire attention de ne pas être perçu comme étant là seulement pour la francophonie. Toutefois, dit-il, avoir quelqu’un qui vient de la francophonie, ce serait un avantage parce que c’est quelqu’un qui pourrait parler au nom de la communauté.

Selon Isabelle Salesse, il ne fait aucun doute que les intérêts de la francophonie au sein du gouvernement territorial seraient mieux servis par un représentant à la Chambre.

Ce serait certainement le meilleur moyen, encore que là [il] faudrait trouver un francophone qui a envie d’être là pour représenter les intérêts de la communauté francophone. [...] J’ai bon espoir que, oui, un jour on aura des francophones, mais il y a définitivement des francophiles dans tous les partis et ça, ça n’a pas toujours été le cas. Donc, déjà, c’est un plus, conclut-elle.

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