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Chronique

Les Cowboys Fringants et leur année pandémique invraisemblable

Des musiciens et une musicienne tenant chacun leur instrument chantent, assis dans un boisé en automne.

Le film «L'Amérique pleure», qui met en scène les membres du groupe Les Cowboys Fringants, pourra bientôt être vu dans les salles de cinéma qui sont ouvertes.

Photo : La Tribu

L’Amérique pleure, la chanson. L’Amérique pleure, le film. Entre les deux : une pandémie qui dure. À distance, Les Cowboys Fringants expliquent et commentent cette aventure musicale qui est devenue cinématographique au cours d’une année de grands bouleversements.

Prudents, Les Cowboys Fringants? Plutôt, oui. On peut voir les quatre membres dans le même plan de notre vidéoconférence, mercredi après-midi. Le groupe s’est réuni dans les locaux montréalais de La Tribu, mais Karl Tremblay et Marie-Annick Lépine (le couple) sont du côté droit de la grande table de conférence, tandis que Jean-François Pauzé et Jérôme Dupras sont à gauche, mais aux extrémités.

Après avoir fait l’objet d’une diffusion web payante durant quelques semaines en décembre et au début de l’année, L’Amérique pleure sera à l’affiche à compter du 9 avril dans les salles de cinéma du Québec qui resteront ouvertes... L’idée derrière ce film est-elle une résultante de la pandémie ou était-elle dans leurs plans bien avant?

C’est un projet que Claude [Larivée], notre gérant, avait en tête depuis plusieurs années : réaliser un film musical avec nous, souligne Marie-Annick Lépine. Ce n’est pas un projet qui est apparu avec la pandémie, mais il a pu être réalisé parce que notre tournée d’automne a été annulée.

Offrir une qualité visuelle en temps de Zoom

Contrairement à nombre d’artistes qui ont privilégié les concerts virtuels, Les Cowboys Fringants ont été plutôt discrets sur le web en 2020. Hasard ou décision réfléchie? 

« On a fait un ou deux Facebook Live avec des moyens assez rudimentaires, mais ce n’est pas quelque chose qui nous faisait tant triper, jouer devant personne, assure Jean-François Pauzé. On s’est dit : "Tant qu’à faire quelque chose, essayons de faire quelque chose pour se démarquer, de faire quelque chose de différent." L’idée du film s’est alors cristallisée. On allait aussi à contre-courant en offrant quelque chose d’une grande qualité visuelle en une période où il se fait des trucs, visuellement, assez moches avec les Zoom et les spectacles virtuels. »

Diffusée un peu avant la parution de l’album Les antipodes en octobre 2019, L’Amérique pleure, la chanson, offrait un panorama cru, lucide et révélateur d’une certaine Amérique. Elle a eu une influence sur le concept du film et sur le répertoire proposé, poursuit Jean-François Pauzé.

Il estime qu’il y avait une filiation naturelle avec la chanson à succès et l’objectif du film. On voulait dépeindre le Québec dans toute sa splendeur, avec son climat, ses villages parfois moins beaux, comme on l’a vu depuis 25 ans sur la route. C’est certain qu’avec le fil conducteur [de cette chanson], il y a moins d’humour. Les chansons humoristiques ont été assez rapidement évacuées du processus, dit-il.

Si tu viens voir Les Cowboys, tu n’entendrais pas nécessairement toutes ces chansons-là le même soir, ajoute Marie-Annick Lépine. Il y a beaucoup de ballades. Il y a une place réservée à des chansons plus douces, plus lentes… Toutes des chansons que l’on ne ferait pas dans le même spectacle. Mais on trouvait qu’elles avaient un fil conducteur par rapport au thème abordé.

Il y avait aussi une volonté de puiser dans le répertoire, renchérit Jérôme Dupras. On ne voulait pas juste offrir des chansons récentes. On voulait couvrir nos 25 ans de tournées à travers les pièces choisies dans le film.

Une citation de :Jérôme Dupras

Champs, clairières et sous-bois

Les paysages du Québec défilent dans la lentille du réalisateur Louis-Philippe Eno : Les Cowboys Fringants nous amènent autour d’un feu de camp (Banlieue), dans des sous-bois (Droit devant), dans une clairière (Octobre), dans un champ de blé (Toune d’automne), dans un resto (Pub Royal) ou dans une ferme (Les étoiles filantes), et aussi au sommet d’une petite colline (Plus rien) dans une scène qui fait penser à la pochette du disque Waiting for the Sun, des Doors.

Sept musiciens et musiciennes sont debout sur une colline de verdure et jouent de la musique.

Dans le film «L'Amérique pleure», les paysages du Québec défilent dans la lentille du réalisateur Louis-Philippe Eno alors que Les Cowboys Fringants nous amènent dans les différents racoins de leur répertoire musical.

Photo : La Tribu

Avec un répertoire puisé de Motel Capri (2000) jusqu’à la nouvelle chanson lancée en décembre 2020 (Sous-sol), on survole deux décennies de parcours discographique. Il y a des mélodies accrocheuses, des arrangements riches, un soupçon de mélancolie et un certain vague à l’âme qui fait presque penser à de la résignation dans En berne, interprétée dans un tempo bien plus lent que dans sa version studio d’origine. 

Belle analyse! Ce n’est pas nécessairement voulu, assure Jean-François Pauzé, en parlant du classique de l’album Break syndical. Parce que cinq minutes avant de l’enregistrer, on ne l’avait jamais répétée comme ça… On a décidé de l’essayer de même et c’est ça que ça a donné.

On avait le désir de présenter un film, mais pas avec des versions identiques à celles sur disque, note Marie-Annick Lépine. En berne est parmi celles où ça paraît le plus. Mais le fait d’avoir présenté Sous-sol, que personne ne connaissait, juste nous quatre, c’était une nouveauté pour le public. Et aussi L’Amérique pleure, un peu plus lente, sur le bord du feu, avec JF qui ne joue même pas de la guitare… On est loin de la version d’origine; on est dans un autre cadre.

Assis dans ton salon, ce n’est pas comme dans un concert. Je pense qu’on voit beaucoup la complicité entre les quatre membres du groupe. Ça se ressent beaucoup dans le film. Il y a quelque chose d’humain et de chaleureux là-dedans.

Une citation de :Marie-Annick Lépine

On voit très bien aussi pendant Toune d’automne que c’était un lendemain de veille, souligne Jean-François Pauzé. C’était très tôt le matin! dit-il en riant.

Pas moins de 27 000 foyers ont acheté un accès pour voir le film durant le temps des Fêtes. La présentation dans les salles de cinéma était-elle prévue d’emblée?

L’idée était là dès le départ, assure Jérôme Dupras, mais les cinémas étaient fermés. Ça faisait donc partie du plan de diffusion du film. On saisit maintenant un peu l’occasion créée par l’ouverture des cinémas. Il n’y a pas de blockbuster hollywoodien; c’est un peu la raison qui explique qu’il est diffusé aussi largement.

Peur pour la relève

Les musiciennes et musiciens ont été frappés de plein fouet par la pandémie et ce n’est pas demain que nous aurons droit à des concerts sans aucune forme de distanciation. Les Cowboys Fringants sont-ils inquiets pour leur industrie qui a déjà vu un certain nombre de leurs acolytes se chercher du boulot ailleurs?

Il va y avoir des années difficiles, comme l’a été la dernière année, pense Jérôme Dupras. Il y a des gens qui se sont trouvé d’autres emplois. C’est dommage, parce que ce sont des expertises, des talents, des réseaux qui vont être déconstruits. Tout comme la relève…

Lorsque ça va repartir, autant ici qu’ailleurs, les places vont être occupées par des artistes que tout le monde connaît, autant des artistes du Québec que de l’international. Les tournées des Red Hot Chili Peppers, de Beyoncé et d’autres ont été retardées. Et il va y avoir une fragilité économique. Tout ça, ça pénalise la relève.

L’absence de la scène

Mais de quoi sera faite la suite? Peut-on penser que les concerts virtuels sont là pour rester dans l’écosystème musical des années 2020, du moins pour des événements spéciaux?

Le concert virtuel, moi, je n’y crois pas. La force du spectacle, du live, ça va toujours rester.

Une citation de :Jérôme Dupras

Moi, je pense qu’il y en a qui vont quand même continuer, note Karl Tremblay, qui s’inscrit quelque peu en faux contre l’opinion de son collègue. Si tu as un corpo à faire en Beauce et que [les gens qui embauchent] sont prêts à le faire en virtuel… Il y a des gens que je connais, présentement, [pour qui] c’est ça, les contrats qu’ils font. Quelque part, ça te permet même de faire plusieurs spectacles dans la même journée.

Et la génération plus jeune, celle qui regarde Twitch et toutes ces plateformes-là avec du monde qui regarde du monde faire des choses… Sûrement que de jeunes artistes vont y faire des spectacles, ajoute le chanteur. Nous, on est quand même de la vieille école. Ça fait 25 ans qu’on fait ça. On a connu la scène, tout le kit… Donc nous, non.

Même avec le film et le disque Les nuits de Repentigny qui vient de paraître, les membres des Cowboys ont eu du temps libre durant la pandémie, comme tout le monde. Jérôme s’occupe de sa famille, Jean-François travaille le bois, Marie-Annick écrit des chansons et a même songé à aller donner un coup de main au personnel enseignant. Karl joue au disque golf (golf avec des Frisbee) quand il n’est pas occupé à fermer et rouvrir – selon les consignes de la santé publique – le pub qu’il a ouvert avec des camarades en décembre 2019.

Les membres du groupe portent des tenues rétro et regardent l’objectif de la caméra.

Une des pochettes de l’album «Les nuits de Repentigny»

Photo : Bruno Destombes/Jump&Love/Les Cowboys Fringants

Mais comment Les Cowboys Fringants, qui donnent un grand nombre de concerts devant des foules monstres durant l’année, vivent l’absence des planches?

Moi, les spectacles me manquent, mais la tournée, ça ne me dérange pas présentement, dit Jean-François Pauzé.

Moi et Karl, on a hâte que ça recommence, assure Marie-Annick Lépine. On s’ennuie beaucoup. On aime vraiment être avec notre équipe, voir notre public et faire la fête avec lui. Le public, il fait partie du show. Les Cowboys, on trimballe le party, et dans la dernière année, il n’y a pas eu beaucoup de partys.

Les partys Zoom, ça a ses limites, conclut Karl Tremblay.

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