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Pas de stockage de déchets nucléaires au Labrador, dit Andrew Furey

Andrew Furey.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrew Furey, affirme avoir été approché l'été dernier par Jean Chrétien qui lui demandait son avis sur ce projet.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

À la suite de la révélation par Enquête d’un projet de site de stockage de déchets nucléaires de pays étrangers au Labrador pour lequel l’ex-premier ministre du Canada Jean Chrétien a joué un rôle de conseiller, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrew Furey, a déclaré jeudi que ce projet ne verra pas le jour.

Dans un communiqué publié en journée, le chef du gouvernement terre-neuvien confirme que l’ex-premier ministre Chrétien, qui travaille aujourd’hui pour le cabinet d’avocats Dentons, l’avait mis au courant de ce projet l’été dernier, au cours d’une conversation téléphonique.

Zéro possibilité [...] Il n'y a pas de tel plan pour Terre-Neuve-et-Labrador.

Une citation de :Andrew Furey, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador

M. Furey, qui était alors candidat dans la course à la direction du Parti libéral de sa province, assure qu’il a clairement exprimé à M. Chrétien son désaccord avec ce projet.

Selon ce qu'a appris l'émission Enquête, un groupe d’hommes d'affaires liés à des partenaires japonais, pour lequel le cabinet d’avocats Dentons agissait à titre d’expert-conseil, projetait d’ouvrir un site souterrain d’enfouissement de déchets nucléaires dans le sous-sol du Labrador, dont le granit sec serait idéal pour y creuser un dépôt en profondeur.

Le projet prévoyait le stockage non seulement de déchets nucléaires issus du Canada, mais également de déchets en provenance de pays étrangers.

Jean Chrétien

Regardez l’entrevue accordée à l’émission Enquête par Jean Chrétien sur ce projet de stockage de déchets nucléaires diffusée jeudi soir sur les ondes d'ICI Télé.

L’ex-premier ministre de Terre-Neuve-Labrador Dwight Ball affirme avoir été approché lui aussi par Jean Chrétien à ce sujet lorsqu’il était encore en fonction, entre 2015 et 2020.

M. Ball s’est toutefois défendu d’être en faveur d'un tel plan, et ce, malgré le fait que son chef de cabinet, Greg Mercer, avait déjà fait du lobbying pour Terravault, l’entreprise qui mène le projet de site de stockage de déchets radioactifs.

Au cours d'une brève conversation, l'ancien premier ministre Jean Chrétien m'a demandé mon avis sur ce que je pensais de l'idée de stocker des déchets nucléaires au Labrador, relate M. Ball dans un communiqué.

Je lui ai répondu rapidement qu'en tant que premier ministre, mon gouvernement n'était pas intéressé à entamer des discussions avec ses clients sur cette question. Je n'ai pas eu d'autres discussions à ce sujet, ajoute Dwight Ball.

Portrait de Dwight Ball.

Dwight Ball, ancien premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, a quitté son poste et déclenché une course à la direction du Parti libéral de la province en 2020.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

La députée de Torngat Mountains au Labrador, Lela Evans, a évoqué ces liens qui unissent l’ex-premier ministre Dwight Ball et Greg Mercer, ancien lobbyiste pour Terravault, et estime que l'histoire n'est pas nouvelle.

C'est une histoire qui ne veut pas mourir, dit Mme Evans. En 2017, les plans de Terravault pour stocker des déchets nucléaires [au Labrador] avaient été ébruités. Ce qui nous avait alarmés était que Dwight Ball avait fait de Greg Mercer, qui avait été lobbyiste pour cette entreprise, son chef de cabinet.

La députée est par ailleurs convaincue qu’il n’y a aucun appui à ce projet de la part de la population labradorienne. Le milieu de vie des peuples autochtones du Labrador est déjà contaminé par des produits laissés par l’armée canadienne (Nouvelle fenêtre) et celle des États-Unis, a-t-elle déploré.

Les Inuit du Labrador n'en savaient rien

De son côté, le gouvernement du Nunatsiavut, qui représente les Inuit du Labrador, a déploré n'avoir jamais été consulté par qui que ce soit sur ce projet pour le moins controversé.

Le gouvernement du Nunatsiavut n'est pas au courant des plans proposés pour l'élimination des déchets nucléaires au Labrador, et a été surpris d'en apprendre l'existence par les médias.

Une citation de :Extrait d’un communiqué du gouvernement du Nunatsiavut

Selon les représentants inuit du Labrador, l'Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Labrador, protégé par la Constitution, définit clairement les droits et les titres des Inuit au Nunatsiavut.

Ce qui signifie, rappellent-ils, que les gouvernements provinciaux autant que le fédéral ont l’obligation légale de consulter les Inuit avant de mettre en place de tels projets.

Le gouvernement du Nunatsiavut affirme qu’il travaille actuellement à recueillir davantage d’informations sur cette affaire auprès du gouvernement fédéral et de celui de Terre-Neuve-Labrador.

Le député néo-démocrate de Labrador-Ouest, Jordan Brown, a pour sa part exhorté le gouvernement d’Andrew Furey à interdire tout simplement toute forme d’entreposage de déchets nucléaires au Labrador.

Levée de boucliers à Ottawa

Au cabinet de Justin Trudeau, on répond que le premier ministre n’a pas été contacté par Jean Chrétien au sujet de ce projet de site de stockage.

Le ministre fédéral des Ressources naturelles, qui est originaire de Terre-Neuve, ne montre d’ailleurs aucun enthousiasme à ce sujet. Notre gouvernement n'envisage pas d'importer des déchets nucléaires d'autres pays au Labrador [...] ou ailleurs au Canada, écrit Seamus O’Regan.

Du côté de l’opposition, on s’inquiète d’un possible lobbyisme caché auprès du premier ministre. On doit éclaircir l’influence de Jean Chrétien. De quelle façon utilise-t-il ses contacts pour influencer les décisions du gouvernement? a notamment demandé le député conservateur de Charlesbourg—Haute-Sainte-Charles, Pierre Paul-Hus.

Tout ça semble se faire derrière des portes closes avec un ancien premier ministre qui ne se rappelle pas qu’il a écrit des courriels ou qu’il a écrit des lettres ou qu’il en a reçues, a pour sa part déploré le député néo-démocrate de Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, en évoquant les nombreux impacts d’un tel projet. Il devrait y avoir un processus public et transparent, a-t-il soutenu.

Au Bloc québécois, on s’inquiète du transport de matières hautement radioactives. C’est un projet qui va faire transiter des poubelles par bateau, a dénoncé la députée de Repentigny, Monique Pauzé, qui est également porte-parole bloquiste en matière d’environnement.

Commençons par nous occuper des déchets qu'on a ici avant d'en importer d'ailleurs, et de faire promener des déchets nucléaires proches des côtes.

Avec les informations de Marie-Maude Denis, Laurence Martin, Josée Basque et Patrick Butler

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