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Bataillon de soldats noirs victimes de racisme : des excuses et après?

Des hommes en tenue militaire posent pour une photo.

Les membres du 2e Bataillon ont été confinés à des tâches manuelles.

Photo : Musée de Windsor

Radio-Canada

La semaine dernière, le ministre de la Défense du Canada a annoncé que le gouvernement allait présenter des excuses pour le traitement subi par les membres du 2e Bataillon de construction.

Cette unité essentiellement composée d’hommes noirs a servi durant la Première Guerre mondiale.

L'annonce était attendue depuis belle lurette, selon Doroth Wright Wallace, présidente de la Chatham-Kent Black Historical Society, dont le père et les oncles faisaient partie du bataillon en questions.

Il a fallu du temps et je suis si heureuse de pouvoir être encore en vie pour le voir. J'ai espéré que cela aurait lieu lorsque l’un des vétérans qui a vécu jusqu’à 100 ans [...] pourrait encore les entendre, explique-t-elle.

Le 2e Bataillon de construction était composé de plus de 600 hommes noirs enrôlés dans l’armée canadienne en 1916 pour aller servir le pays en France. Cette participation à l'effort de guerre avait été obtenue après maintes revendications, la possibilité de servir le Canada leur ayant été initialement refusée en raison de la couleur de leur peau.

Près d'une centaine de ces hommes était originaire de Windsor, dans le Sud-Ouest de l'Ontario.

Une femme avec un manteau d'automne et des lunettes fumées pose dignement devant la caméra.

Elise Harding-Davis travaille depuis des années à la reconnaissance du patrimoine des Noirs dans le Sud-Ouest de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / CBC/Meg Roberts

Des héros oubliés

Une fois engagés, les membres de ce bataillon se sont vus confier des tâches de construction telles que creuser des tranchées, faire des travaux routiers, poser des barbelés et enterrer des morts dans des conditions dangereuses.

Une fois qu’ils y étaient [sur le champ de bataille] on leur a donné des pelles et des pioches, et cela vous dit déjà qu’ils n'étaient là que pour le travail manuel.

Une citation de :Dorothy Wright Wallace, présidente de la Chatham-Kent Black Historical Society

Aucun d’eux n'a été autorisé à porter une arme.

Les hommes du 2e Bataillon étaient soumis à des conditions de vie médiocres par rapport à leurs compatriotes blancs, tout en s'acquittant de leurs tâches sans les moyens de se défendre convenablement

Une citation de :Elise Harding-Davis, consultante en patrimoine afro-canadien

Pour Elise Harding-Davis, consultante en patrimoine afro-canadien et ancienne conservatrice du Amherstburg Freedom Museum, même à leur retour ces hommes n'ont reçu que peu d’accolades et de remerciements.

Peu ont reçu des pensions d’anciens combattants. [...] Tandis que de nombreux Blancs qui revenaient sont devenus des enseignants ou ont été intégrés au sein du gouvernement, cela n’a pas été le cas pour les Noirs. Quelques-uns ont reçu des médailles, mais une médaille ne vous permet pas de nourrir votre famille, précise-t-elle.

Une femme est assise sur un canapé avec des écouteurs. Elle répond à des questions.

Barbara Porter souhaite que la mémoire des héros du 2e Bataillon soit préservée.

Photo : CBC News

Le grand-père et les oncles de Barbara Porter faisaient aussi partie du bataillon. Elle est aujourd’hui la vice-présidente du Amherstburg Freedom Museum. Elle s’est donné pour mission de retrouver d’autres descendants afin de reconstituer ensemble l’histoire des leurs. Elle travaille ainsi depuis quatre ans avec d’autres membres du musée pour établir la liste des personnes du Sud-Ouest de l’Ontario enrôlées dans le 2e Bataillon.

J’aimerais voir ces hommes traités comme les héros qu’ils étaient, explique-t-elle.

Au-delà des excuses

Elise Harding-Davis et Barbara Porter accueillent favorablement les excuses du gouvernement fédéral, même si, l'une comme l'autre, elles les jugent tardives.

Les personnes qui auraient le plus apprécié ces excuses sont mortes. Il y a eu quatre ou cinq autres unités d’hommes noirs qui se sont portés volontaires pour se battre pour le pays. Est-ce qu’ils vont eux aussi recevoir des excuses? se demande toutefois Mme Harding-Davis.

J’espère qu’il ne s’agit pas d’un stratagème politique et j’espère qu’il s’agit vraiment d’une forme de justice réparatrice, peut-être plus de personnes noires dans des rôles de premier plan de l’armée?

Une citation de :Elise Harding-Davis

De son côté, Barbara Porter s'attend à une prise de conscience encore plus profonde des autorités.

Je pense que nous devrions non seulement nous excuser de ce qui est arrivé à ces hommes ainsi que le fait qu’ils ont été traités comme des citoyens de seconde classe, le gouvernement devrait également chercher à s’excuser auprès de toutes les personnes noires - en ce qui concerne l’esclavage, nous devons commencer à guérir ce pays, ajoute-t-elle.

Le gouvernement fédéral n’a pas précisé quand ni où les excuses seront présentées.

Avec les informations de CBC

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