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La victime d’Edgar Fruitier se vide le cœur

Edgar Fruitier marche dans le palais de justice de Longueuil entouré d'avocats.

Edgar Fruitier photographié au palais de justice de Longueuil le 9 octobre 2020

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pendant que la poursuite demandait six mois de prison pour Edgar Fruitier, l'homme qui a été agressé sexuellement par le comédien dans les années 1970 s'est vidé le coeur devant le tribunal en s'adressant directement à son assaillant, mercredi.

J’ai eu peur, je me suis senti sale pendant des années, a déclaré Jean-René Tétreault d'un ton calme, en fixant Edgar Fruitier dans les yeux, au palais de justice de Longueuil.

L’homme de 62 ans a attendu une quarantaine d’années pour porter plainte contre son ancien voisin, celui qu’il considérait comme un grand frère et un héros.

Il avait 15 ans la première fois que M. Fruitier a touché ses parties génitales, par-dessus ses vêtements, à son chalet d'Eastman en 1974. La scène s'est reproduite deux fois en 1976 à la résidence de Brossard du mélomane.

Mercredi, dans une démarche exceptionnelle, M. Tétreault a demandé au tribunal de lever l’ordonnance qui empêchait de révéler son identité publiquement afin d’encourager d’autres victimes à dénoncer le plus tôt possible les agressions subies.

Celui qui est devenu capitaine de bateau affirme avoir traîné de lourdes séquelles de ces agressions. Pendant des années, il a craint de reproduire les gestes de son agresseur envers ses propres fils. Vous m’avez volé ma liberté de faire des câlins à mes enfants, a-t-il lancé à Edgar Fruitier, la gorge nouée.

Après s'être longtemps senti coupable, M. Tétreault est soulagé d'avoir enfin brisé le silence. Je tourne la page. J’ai encore de bonnes années devant moi. Je repars à neuf avec en moins un cancer interne, a déclaré M. Tétreault, en soulignant qu’il aurait aimé qu'Edgar Fruitier s'excuse. Je n’ai plus honte, je n’ai plus peur de vous. Je me sens propre, a-t-il dit à son agresseur, la tête haute.

Six mois de prison demandés

Edgar Fruitier, 90 ans, est demeuré impassible et n'a pas baissé le regard alors que sa victime le confrontait.

La poursuite demande au juge Marc Bisson de la Cour du Québec d'imposer une peine de six mois d'incarcération au nonagénaire reconnu coupable de deux chefs d'accusation d'attentat à la pudeur.

Le lien de confiance entre l'agresseur et sa victime, la vulnérabilité de l'adolescent, la répétition des gestes de M. Fruitier de même que les nombreuses conséquences du crime sur le plaignant militent en faveur d'une peine d'incarcération, selon la procureure aux poursuites criminelles et pénales Erin Kavanagh.

Elle a maintes fois cité l'arrêt Friesen de la Cour suprême, rendu il y a un an, qui demande aux tribunaux d'imposer des peines plus sévères aux agresseurs d'enfants. Les crimes de M. Fruitier n'ont rien de banal, selon elle.

Dans l'arrêt Friesen, la Cour suprême dit qu'il n'y a pas de minimisation quand on parle d'infractions sexuelles sur un enfant. Il n'y a rien de plus grave sur l'échelle de la violence a expliqué Me Kavanagh.

Edgar Fruitier pense avoir rendu service à sa victime

M. Fruitier, depuis deux ans et demi, il est terré dans le sous-sol de sa maison, a témoigné Jean Gobeil, le voisin d'Edgar Fruitier. Il a perdu ses contrats et ne va plus dans des activités culturelles, comme s'il était en prison.

Jean Gobeil, un avocat à la retraite, s'est décrit comme un aidant naturel pour le comédien à la santé extrêmement fragile qui habite seul et se déplace habituellement avec une canne. C’est un homme extrêmement diminué physiquement et anéanti psychologiquement, a-t-il décrit.

Selon M. Gobeil, Edgar Frutier ne se souvient pas d'avoir agressé Jean-René Tétreault. Je lui ai rendu service, j’ai tenté de l’aider, lui aurait dit M. Fruitier.

La défense veut éviter la prison

La société n’a pas besoin d’être protégée de M. Fruitier. [...] Les chances de récidive sont inexistantes. Alors, pourquoi prononcer une peine d’incarcération? a demandé au tribunal l'avocat de la défense Robert Polnicky.

Il a minimisé les crimes de son client en soulignant qu'il n'avait jamais mis la main dans le pantalon de la victime. Ça durait deux à trois secondes. Ça a toujours été un frôlement sur le pantalon, a-t-il insisté.

Me Polnicky s'est longuement attardé sur l'âge avancé d'Edgar Fruitier pour lui éviter la prison. Le tribunal est à même de constater la déchéance physique de M. Fruitier.

Il demande une sentence suspendue pour son client et une probation. Cela signifie qu'Edgar Fruitier serait en liberté avec des conditions à respecter.

L'homme de théâtre n'a jamais pris la parole devant le tribunal depuis le début du procès.

Le juge Marc Bisson prononcera la peine le 30 juin.

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