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Déchets nucléaires de Chalk River : les élus d'Ottawa préoccupés

Pendant plus de huit heures, la Ville a entendu mardi des dizaines de résidents inquiets, tandis que les agences nucléaires ont tenté de rassurer.

Les installations nucléaires de Chalk River situées en bordure de l'eau.

Les installations nucléaires de Chalk River vues de la rivière des Outaouais (archives)

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Radio-Canada

La Ville d’Ottawa souhaite que l’entreprise qui gère le site d’élimination des déchets nucléaires de Chalk River fasse plus pour protéger la rivière des Outaouais. Elle lui demande également de refuser d’accueillir les déchets de l’extérieur de l’Ontario, si son projet va de l’avant.

Mais les élus qui siègent sur le Comité permanent de la protection de l’environnement, de l’eau et de la gestion des déchets ne vont pas jusqu’à s’opposer complètement aux deux projets des Laboratoires Nucléaires Canadiens : construire un monticule artificiel pour y entreposer les déchets radioactifs situé à moins d'un kilomètre de la rivière des Outaouais et mettre au tombeau le réacteur nucléaire de démonstration de Rolphton et ses composantes nucléaires dans une structure remplie de coulis et de béton à moins de 200 mètres de la même rivière.

Le débat à propos des déchets nucléaires en amont d’Ottawa a débuté en 2016. Plusieurs personnes avaient alors tiré la sonnette d’alarme à propos de ces projets d’enfouissement de déchets nucléaires à proximité de la principale source d’eau potable de la Ville d’Ottawa.

Le Comité fait part de ses préoccupations

La conseillère Theresa Kavanagh avait encouragé ses collègues du conseil municipal à participer au débat de mardi, expliquant que sa préoccupation sur cette question datait d’avant même son élection de 2018.

La conseillère du quartier Baie avait, dans un premier temps, signifié son opposition au projet, invitant ses collègues à adopter une motion en ce sens.

Elle s’est finalement ralliée à une déclaration du Comité expliquant les préoccupations de la Ville.

Ottawa s’inquiète notamment de l’importation de déchets radioactifs provenant de l’extérieur de la province et demande l’accès rapide aux données de surveillance, ainsi qu’un système d’alerte rapide en cas de déversement ou de rejet dans la rivière.

Les conseillers souhaitent également que le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, lance une évaluation régionale sur les projets d’enfouissement des déchets radioactifs dans la région d’Ottawa.

Nous devons surveiller de près ce qui se passe, a insisté Mme Kavanagh.

Theresa Kavanagh en entrevue alors que des gens remplissent des sacs de sable derrière elle.

La conseillère municipale du quartier Baie, Theresa Kavanagh (archives)

Photo : Radio-Canada

Énergie atomique du Canada limitée (EACL) explique que le nouveau site d’enfouissement de Chalk River pourrait gérer jusqu’à un million de mètres cubes de déchets solides faiblement radioactifs, principalement issus d’édifices datant de 1940 à 1960 et qui doivent être démolis.

La Société de la couronne, qui compte seulement 43 employés, gère également de petites quantités de déchets dans d’autres sites, mais la majorité, soit 95%, se trouve déjà au site de Chalk River.

Si le gouvernement fédéral reste propriétaire de cette installation, il en a transféré la gestion au secteur privé en 2015. Un consortium, baptisé l’Alliance nationale pour l’énergie du Canada (ANEC), dont SNC-Lavalin détient 50% des parts, a obtenu un contrat longue durée par l'entremise de ses Laboratoires nucléaires canadiens (LNC).

Mieux que le statu quo, selon les fonctionnaires municipaux

Le personnel de la Ville responsable de l'approvisionnement en eau potable a indiqué que les projets proposés par les LNC demeurent préférables au statu quo.

En principe, nous estimons que l'installation technique, avec son traitement des eaux usées, offre une meilleure protection de la rivière, a déclaré Ian Douglas, ingénieur responsable de la qualité de l'eau à la Ville d’Ottawa.

Pendant 25 ans, la Ville a effectué des tests, chaque semaine, de la radioactivité de l'eau de la rivière et n'a constaté que de petites quantités d'isotope radioactif tritium, bien en dessous des niveaux tolérés pour l'eau potable. Un déversement a eu lieu en 1988, a rappelé M. Douglas, et des niveaux plus élevés ont été enregistrés dans les années 1970 et 1980.

Les risques que Chalk River ferait porter [sur l'eau potable], en particulier sur la base des antécédents, sont, je pense, faibles pour la santé de nos résidents, a déclaré l’ingénieur de la Ville aux conseillers.

Des déchets pour des milliers d’années

Un avis que ne partagent pas les opposants aux projets.

Le stockage des déchets à proximité de la surface terrestre, dans une zone sujette aux tremblements de terre et à proximité d'une rivière, ne pourrait être une solution durable à long terme, ont-ils déclaré.

C'est vraiment une décharge, et une installation de type décharge n'est pas du tout appropriée pour ce type de déchets, a souligné Ole Hendrickson.

Mme Hendrickson faisait partie d’une de la trentaine de délégations publiques venues se faire entendre par le Comité, mardi.

Beaucoup d’entre elles ont dit ne pas avoir confiance en la capacité de surveillance de l'organisme de réglementation fédéral, la Commission canadienne de sûreté nucléaire, lui trouvant trop d’accointances avec les LNC.

Les délégations publiques ont suggéré d’étudier d'autres options et de ne surtout pas se précipiter, rappelant que le gouvernement fédéral met actuellement à jour sa politique d'élimination des déchets radioactifs.

On ne parle pas ici des prochaines élections ni du siècle prochain, on parle des milliers d’années à venir, a déclaré Gordon Edwards, président et cofondateur de l’organisme sans but lucratif, Regroupement pour la surveillance du nucléaire.

Les pyramides d'Égypte n'ont que 5 000 ans. Ces déchets dureront bien, bien plus longtemps que cela.

Une citation de :Gordon Edwards, président et cofondateur du Regroupement pour la surveillance du nucléaire

Les agences nucléaires tentent de rassurer

Le propriétaire, l'exploitant et le régulateur du site nucléaire ont répondu pendant des heures à des questions techniques sur le stockage nucléaire et l’avenir de ces projets.

La directrice du site de déchets des LNC, Meggan Vickerd, a déclaré qu'il était erroné de comparer le projet à une décharge municipale, étant donné le haut niveau de conception nécessité par un tel projet.

Les LNC développent des prototypes afin que ces installations puissent résister à un tremblement de terre, une inondation ou être habitables si une génération future souhaitait s'y établir, a-t-elle déclaré.

Mme Vickerd a également indiqué que les employés des LNC vivent et travaillent dans la région, et que l'entreprise souhaite elle aussi protéger la rivière des Outaouais.

Le site de Chalk River a été étudié sous tous les angles et fonctionne en toute sécurité, a ajouté Haidy Tadros, directrice générale de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

Elle se fie aux 500 experts de la Commission, dont le seul mandat est d'approuver uniquement des projets sécuritaires pour le public canadien.

Vice-président d'EACL, Shannon Quinn a, quant à elle, expliqué que le gouvernement fédéral dispose d’un passif de huit milliards de dollars de déchets radioactifs, que ces projets pourraient permettre de régler.

Qui est vraiment responsable de ces sites? Qui est responsable de ces déchets? La réponse est EACL, a déclaré Mme Quinn.

Avec les informations de Kate Porter

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