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La mobilisation s’intensifie pour la protection des forêts anciennes en C.-B.

Le gouvernement affirme mener des consultations pour réformer le régime actuel d'exploitation forestière.

Un arbre géant vu d'en bas.

Un sapin de Douglas au parc Lighthouse, à West Vancouver.

Photo : Radio-Canada

La pression s’accentue sur le gouvernement de la Colombie-Britannique pour qu’il protège une plus grande partie de ce qui reste des forêts anciennes emblématiques de la province, qui constituent des réservoirs importants de carbone et des puits de biodiversité.

Les manifestations se sont multipliées au cours des dernières semaines, notamment à Vancouver et à Victoria.

Des groupes écologistes et le Parti vert de la Colombie-Britannique accusent le Nouveau Parti démocratique (NPD) de John Horgan, au pouvoir depuis 2017, de trop tarder à mettre en œuvre les recommandations contenues dans un rapport indépendant sur l’avenir des forêts anciennes, A New Future for Old Forests , remis au gouvernement il y a un an.

Rendu public il y a plus de six mois, celui-ci appelle à faire du maintien de la santé des écosystèmes et de la biodiversité la priorité absolue d’un nouveau régime d’exploitation forestière réformé en profondeur.

Lors de la campagne électorale de l’automne dernier, remportée par le NPD, le premier ministre, John Horgan, s’était engagé à implanter les recommandations de ce rapport.

Mais il n'y a pas grand-chose qui a été fait depuis, déplore la consultante en foresterie Rachel Holt.

Les données nous montrent qu'il reste environ 415 000 hectares de ces grandes forêts, celles auxquelles les gens pensent lorsqu’ils ont en tête les forêts anciennes de la Colombie-Britannique, dit-elle.

Ces forêts constituent à l'heure actuelle moins de 1 % du couvert forestier total de la province (57 millions d’hectares), selon ses calculs et ceux de deux autres chercheurs, publiés en juin 2020. Une proportion qui, selon elle, démontre l’urgence d’agir.

Des troncs d'arbres abattus, dont certains très gros, jonchent le sol, vus du ciel.

Une coupe à blanc dans la vallée Nahmint, sur l'île de Vancouver. Un sapin de Douglas géant se trouve au sol.

Photo : TJ Watt

Suspendre l’exploitation dans les forêts à risque

L’une des recommandations phares du rapport remis au gouvernement est de suspendre immédiatement la coupe des forêts anciennes dans les écosystèmes qui risquent des pertes irréversibles de biodiversité, le temps de mener une réforme complète du régime d'exploitation forestière.

Depuis sa publication, Victoria affirme avoir cessé l’exploitation forestière dans neuf zones totalisant 353 000 hectares, principalement sur l’île de Vancouver. L’ex-ministre des forêts Doug Donaldson en a fait l’annonce au mois de septembre, une dizaine de jours avant le déclenchement des élections provinciales.

Mais seule une petite partie de 3800 hectares, selon Rachel Holt, est réellement constituée de forêts anciennes productives, c’est-à-dire où peuvent pousser de grands arbres, qui n’étaient pas déjà protégées.

Une recommandation [du rapport sur l’avenir des forêts anciennes] est d’arrêter d’induire le public en erreur, se désole la consultante. Et la première annonce qu’ils font en réaction à ces recommandations est de continuer avec cette rhétorique qui ne dit pas honnêtement ce qui se passe.

Des montagnes couvertes de forêts.

La vallée de Fairy Creek, près de Port Renfrew, est l'une des dernières forêts anciennes encore intactes dans le sud de l'île de Vancouver, en dehors des parcs. Des opposants tentent d'empêcher son abattage par la compagnie Teal Jones.

Photo : TJ Watt/Ancient Forest Alliance

Pas d’échéancier au gouvernement

La ministre des Forêts, Katrine Conroy, ne donne pas d’échéancier pour la protection d’autres secteurs à risque.

Ce que nous devons faire, maintenant, c’est de nous assurer que nous avons des discussions de gouvernement à gouvernement avec les Premières Nations à propos des zones où l’exploitation pourrait éventuellement être reportée, a-t-elle affirmé lors d’un point de presse, le 25 mars.

Il faut nous assurer, si nous soutenons les forêts anciennes dans la province, que nous soutenions aussi les travailleurs et les communautés qui dépendent de l’industrie forestière, a-t-elle ajouté.

Dans la province, 140 communautés sont concernées, affirme le directeur général de la Truck Luggers Association, Bob Brash, un regroupement d’entreprises du secteur de la foresterie.

Beaucoup de personnes dépendent du succès de l’industrie forestière, et l’abattage de forêts anciennes en fait partie, dit-il, ajoutant que près de 40 000 emplois sont liés à ce type de forêts.

Les forêts anciennes constituent environ le quart des zones forestières exploitées en Colombie-Britannique, selon le Conseil de l'industrie forestière de la Colombie-Britannique (COFI).

Un ouvrier transporte une longue planche de bois.

Selon le Conseil de l'industrie forestière de la Colombie-Britannique, qui représente les intérêts de l'industrie forestière, 38 000 emplois seraient liés à l'exploitation des forêts anciennes.

Photo : Radio-Canada

Une modernisation qui s’impose?

Dans l’intérêt des travailleurs et de l’économie, la province aurait avantage à accélérer sa réforme du régime forestier, croit Nicole Rycroft, directrice générale de l’organisme sans but lucratif Canopée.

De concert avec de grandes marques, comme Lululemon ou encore la maison d’édition Scholastic, soucieuses de présenter une image plus verte, l’organisation tente de convaincre les gouvernements et les entreprises forestières de changer leurs pratiques et de faire de l’exploitation de la forêt une industrie plus durable.

Sous la pression des consommateurs et de pays étrangers, les acheteurs de bois et de pâte à papier se détourneront de plus en plus des forêts anciennes, affirme Mme Rycroft.

Le monde change, et très vite, affirme-t-elle. Les produits qui viennent de forêts riches en carbone et en biodiversité sont de moins en moins tolérés sur le marché.

Une personne marche sur un tronc d'arbre couché au sol.

Un thuya géant abattu dans le sud-ouest de l'île de Vancouver. Un quart des forêts anciennes restantes sont protégées, selon Rachel Holt.

Photo : TJ Watt/Ancient Forest Alliance

Une fois disparues, c’est pour toujours

Les forêts anciennes, souvent vieilles de plusieurs centaines d’années, sont irremplaçables, explique l’étudiant en doctorat à la Faculté de foresterie de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) Ira Sutherland.

Une fois qu’elles sont disparues, elles sont pas mal disparues pour toujours, dit-il. Elles peuvent se rétablir, mais cela n’arrivera ni de mon vivant ni de celui de mes petits-enfants.

Non seulement elles sont riches en biodiversité, car elles offrent des niches écologiques diverses et parfois uniques – des espèces menacées comme le guillemot marbré ou la chouette tachetée font leur nid dans les grands arbres –, mais les forêts anciennes filtrent l’eau, résistent mieux aux feux de forêt que les forêts secondaires, ont une valeur culturelle importante pour plusieurs Premières Nations et, surtout, sont un formidable réservoir de carbone.

La coupe des arbres a le potentiel d’être carboneutre, oui, mais sur des centaines d’années, explique Rachel Holt. Or nous savons que nous avons 10 ans pour régler le problème [des gaz à effet de serre].

Élargir aux forêts la taxation carbone

Selon la professeure d’écologie forestière à l'UBCSuzanne Simard, la valeur des forêts est généralement sous-estimée et vue de manière unidimensionnelle.

Nous ne donnons une valeur qu’au bois, dit-elle. Mais que dire de l’importance d’avoir de l’eau pure? D’avoir de l’air propre? De pouvoir maîtriser les changements climatiques?

Elle appelle notamment les gouvernements à prendre en compte les forêts dans leurs régimes de tarification du carbone.

Le bas d'un énorme arbre dans une forêt.

Ce thuya géant est le plus haut du parc Stanley, à Vancouver.

Photo : Radio-Canada

Si on mettait un prix sur l’abattage des forêts anciennes, qui stockent une grande quantité de CO2, cela forcerait les entreprises à se tourner vers les forêts plus jeunes.

De toute façon, elles n’auront au bout du compte plus le choix de le faire, pense Rachel Holt.

C'est très peu, 415 000 hectares [de forêts anciennes], dit-elle. Si notre industrie en dépend, nous avons déjà un gros problème.

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